Test des 1964Q, edition 3 !

1964 est connu, et reconnu, dans le monde de l’intra comme un constructeur américain de qualité faisant des tarifs bien moins prohibitifs que celui de ses concurrents. En effet, quand l’on voit le prix des différents modèles l’on se demande si les autres fabricants ne nous prendraient pas pour des vaches à lait. Si la question ne se pose pas telle quelle ici, il convient de replacer ces intra-auriculaires dans leur contexte tarifaire, c’est-à-dire celui des 525$ qu’ils valent pour quatre transducteurs à armature équilibrée, soit la tranche tarifaire de nombreux intra-auriculaires universels multi-transducteurs, dont le fameux Westone 4. Je ne ferai pas de commentaire concernant le confort, ayant à ma disposition le modèle universalisé gracieusement prêté par Nano et prochainement disponible sur http://audiogarden.fr/.
Je tiens à souligner, pour en avoir vu maintenant trois paires, que la qualité de fabrication de 1964 est exemplaire. Aucune bulle, aucune difformité. Le test est effectué avec des embouts en mousse de la marque Comply, d’un confort et d’une isolation supérieure à la moyenne des embouts, toutefois, si l’isolation est supérieure à celle de moulés à coque creuse, le niveau du confort est pour sa part en deçà, attendez vous donc à un confort incomparable. Comme disent les possesseurs de 4ai ou de 3ai, on ne sent pas ces intra-auriculaires construits à la main, le confort est excellent, mais les moulés restent une expérience d’un cran au dessus. Les mousses Comply et les embouts en silicone gardent une propriété extensive que l’acrylique n’a pas, d’où l’extrême confort des moulés. L’écriture de ce retour s’est faite sur la base d’écoutes sur Studio V (merci Zutperman de me permettre de m’en servir malgré sa vente), mais aussi sur smartphone android, en l’occurrence un HTC One X. La signature de cet intra est assez particulière ; vous vous doutez qu’il y a des basses, de réputation, mais il y a aussi des aigus, d’une acuité pour moi au moins égale à celle des basses. Si cet intra n’est pas équilibré, les voix ne sont pas en reste et c’est là pour moi l’apanage d’un intra qui est de qualité. Aucune sonorité n’est délaissée, mais toutes ne sont gonflées comme l’est le grave. En plus de cela, la séparation des instruments et leur précision est redoutable. C’est ce qui a suscité en premier mon attention. L’on peut très aisément se concentrer sur n’importe lequel des instruments. C’est d’ailleurs ce qui donne sa musicalité, son entraînement. C’est surprenant, et cela se note autant sur des registres graves que sur des registres aigus. Les cymbales s’entendent perceptiblement, comme la basse ou la grosse caisse, sans jamais baver. L’on fixe son attention sur le rythme procuré par les instruments de fond et l’on se laisse emporter. Et c’est là l’autre grande qualité de cet intra : avoir un grave proéminent en gardant un contrôle hallucinant. Comme si une force obscure maîtrisait son extension, le grave est très profond et se mesure dans sa richesse expressive et son respect des autres registres. Un tel grave ne peut avoir d’incidence sur le naturel de l’exercice musical, sans pour autant que celui-ci ne sonne pas d’une excellente façon. Je m’amuse beaucoup à son écoute, parfois bien plus qu’avec les EM4 de chez Earsonics qui est configuré de la même façon (3 voies, 4 transducteurs, 2 pour le bas du spectre, 1 pour les médiums, 1 pour les aigus), mais tout ne sonne pas juste.
Je l’ai particulièrement remarqué sur les voix graves, avec celles-ci je n’ai pas affaire aux mêmes artistes qu’avec les EM4. Les aigus sont présents, détaillés, parfois manquant de douceur, mais toujours avec précision, positionnement, extension. Ce qui n’est pas le cas des voix, qui parfois sont en léger retrait, pouvant sonner sibilantes selon la source, et manquant encore plus de naturel lorsqu’elles sont graves. Tout cela s’accompagne d’une suavité qui a le mérite d’apporter un réel plaisir d’écoute que l’on souhaite prolonger sur tous les genres. Je lui préfère donc les voix masculines aux voix féminines, ce qui ne correspond pas à mes goûts musicaux. Le tout est accompagné d’une texture mettant en avant la tridimensionalité des instruments et des voix propre aux intra-auriculaires et casques d’un certain niveau de gamme. Pour finir, en comparant avec l’intra à 890€ qu’est l’EM4, le 1964Q pâtissent d’un manque d’aération et d’une scène sonore élargie afin de faire vivre tout cela dans une spatialisation précise, étendue et profonde. J’aurais tendance à croire que ce genre de caractéristiques ne correspond pas à la volonté des musiciens dans l’usage des retours de scène intra-auriculaires. Je concède ainsi que les EM4 ont de quoi déboussoler si l’on n’est pas concentré sur l’écoute, mais il est considéré par Earsonics comme un intra pour mélomane et non pour professionnel.

Le 1964Q est en revanche un intra pour professionnel, qui convient tout à fait à un usage de mélomane. J’ai remarqué une certaine sensibilité à la source, passant d’un Clip+ à un Angora, puis à un Studio V et de temps à autre à un HTC One X. Cela se ressent particulièrement dans la maîtrise du grave, du naturel et de la séparation. Le 1964Q joue ses meilleures cartes sur une source digne de ce nom, donc les smartphones sont pour moi à oublier (il faut toutefois que j’essaye cela sur un iPhone), il manque d’une amplification propre et mesurée. Le Studio V est le baladeur m’ayant le plus convaincu, maîtrisant le grave, aérant un peu la scène sonore et offrant plus d’extension (ressenti notamment sur la profondeur). Je n’ai aucun mal à croire que le CK4 puisse être le meilleur ami des 1964Q. En asséchant ses basses et en clarifiant la scène sonore cet intra doit être épanoui. Sur quels genres ai-je essayé le 1964Q ?
D’abord des pistes avec des basses, car en retrouvant le 1964Q j’en ai profité pour faire une cure de basses, ils m’avaient en effet laissé cette excellente impression sur la dub lors de ma rencontre de Bouh et de Poka. Puis des genres sur lesquels l’EM4 excelle, afin de me faire une idée des qualités du 1964Q ; du jazz, de la trip hop et de l’ambient, mais aussi du rock acoustique et du rap français. Je demande à ce que les fadas de métal m’excusent, étant un genre des plus complexes et discriminants, je n’ai pas eu le courage de m’embarquer dans un véritable décorticage (malgré mon écoute de Lateralus de Tool). Sur aucun genre le 1964Q ne m’a véritablement déçu, il arrive en permanence à tirer son épingle du jeu en balançant une de ses qualités pour sauver les autres. Quand ce n’est pas l’entrain, c’est la précision, le détail, la profondeur des basses. Voici quelques albums écoutés afin de vous permettre de me situer musicalement en plus de matériellement.

Jazz

Avishaï Cohen (Seven Seas, 2011) : manque d’aération sans que cela casse le plaisir d’écoute, les cymbales s’entendent avec détail, la contre basse d’Avishaï Cohen s’entend mieux que les autres instruments, mais le piano reste bien perceptible.

The Bad Plus (album éponyme, aussi appelé Motel, sorti 2001) : quelle entrain ! La contrebasse joue au dessus, mais ça ne perturbe l’harmonie de l’ensemble. John Surman & Jack Dejohnette (The amazing adventures of Simon Simon ) : c’est un intra plus sensible que l’EM4 et le souffle du Studio V est ici plus audible. Il y a certains détails que je n’avais jamais remarqués avec l’EM4, malgré leur présence. C’est l’acuité et la précision du 1964Q qui les a faits ressortir.

Return To Forever (The Romantic Warrior 1976) : sur le premier titre le 1964Q est limité par sa spatialisation et son positionnement des effets sonores. Mais tout de suite sur Sorceress j’apprécie son grave suave et texturé, quelle vie il donne à ce registre !

Romano Sclavis Texier (African Flashback 2005) : le groupe qui passe le mieux avec le 1964Q. Ça manque encore d’aération à mon goût, mais bon, l’excellente séparation des instruments rattrape ce point.

Rock

Ben Harper (Diamonds on the inside 2003) : et bim, grosse claque sur la voix de Ben Harper, précise et détaillées, je m’attendais à ce que ce soit la basse qui m’impressionne, mais non. Cet album est pour moi une perle, le 1964Q retransmet l’atmosphère de ce magnifique enregistrement. Tout est audible dans les paroles de Ben Harper, c’est un excellent point. La guitare pourrait toutefois avoir plus de détails, les cordes pourrait sonner encore plus réellement.

Fink (Acoustic Soul 2006) : encore une fois je suis impressionné par la place que prend la voix. Le grave claque du plus bel effet, mais la basse prend une place derrière qui devient omniprésente et a du mal à se détacher des autres instruments. Dommage, quand il y a peu d’instruments à jouer tout se passe bien, quand ça commence à augmenter le message est un peu plus brouillon. Toute proportion gardée, je ne parle pas du brouillon fait par des Westone 1.

Pink Floyd (The Wall 1979) : pas besoin de présenter cet album, écouté en gapless, ce fût une véritable démonstration des 1964Q. Encore une fois, des détails, beaucoup de détails, un entrain très musical, mais un manque d’aération qui ça s’accélère et que les plans se superposent.

Trip Hop / Ambient (allez, on mets tout dans le même sac :mrgreen: )

Cayetano (The Big Fall 2009) : grosse session de plaisir sur cette album qui nécessite des basses rapides et puissantes, de la précision sur tous les instruments qui sonnent dans l’aigu et une place pour les voix. Je m’amuse plus ici avec les 1964Q qu’avec les EM4, et oui, ça arrive…

Morcheeba (Big Calm 1998) : un album aérien exigeant sur le détail, la spatialisation et les voix féminine. Vous l’aurez compris, le 1964Q n’est pas taillé pour Morcheeba comme l’est l’EM4. Ça n’envoie pas du rêve, c’est même un peu mou par moment, dommage.

Com Truise (Galaktic Melt 2011) : cet album c’est un petit peu la révélation de ma fin d’année, j’en remercie DarkZenith, car j’ai au passage découvert le label Ghostly International. Bourré de micro-détails et de textures aussi différentes les unes que les autres, construit à la perfection, ce titre est un véritable révélateur des capacités d’un système d’écoute. Le 1964Q s’en sort très bien dessus, toutes les basses sont reproduites avec brio, les cymbales sonnent tout le temps et la plupart des détails sont présents et le tout est bien spatialisé, même si un coup d’aération dans l’ensemble aurait apporté une meilleure lisibilité du titre.

Rap français

MC Solaar (5ème As 2001) : j’accroche au beat arrière tout de suite, tout en faisant que les voix restent bien présentes, moins en face qu’avec les EM4. Le Studio V offre une vraie maîtrise au grave, très très appréciable sur du rap, les paroles étant ma priorité. « Lève-toi et rap » me donne moins de plaisir qu’avec les EM4, le médium est moins riche et donne une impression de prise de son dans une pièce vide et close. Certains pourront y voir « l’esprit du studio », ce n’est pas l’impression que ça m’en laisse.

IAM (L’école du micro d’argent 1997) : énorme basse ! Sur « Dangereux » c’est très gros, avec une maîtrise délirante ! A se demander comment l’on peut entendre aussi bien les voix avec une pareille basse sonnant à côté ! « Regarde » n’a pas tous ses détails pour me faire kiffer autant qu’avec l’EM4. Je comprends d’autant mieux quand DavidSylvian38 me dit que l’EM4 bénéficie d’une résolution au-dessus du lot.

Disiz La Peste (Poisson Rouge 2000) : j’ai pas envie de dire que Disiz La Peste n’est pas du même niveau musical qu’IAM ou MC Solaar, mais c’est pourtant ce que je pense. Et d’ailleurs le 1964Q me le dit aussi, c’est facile à jouer, y a pas beaucoup de sonorité, il s’en sort donc bien. Belle voix, beau beat, musical, l’intra convient bien au rap.

Dub

Dub Pistols (Worshipping the dollar, 2012) : la réverbération des voix sonne très artificielle, voire sibilante sur les sons en “S”. Les trompettes sonnent très hauts et ne sont pas des plus agréables à écouter. L’entrain du 1964Q et ses puissantes basses rattrapent ces défauts et font bouger la tête.

Flox (In Dub 2011) : Malgré la scène sonore réduite, Flox livre une performance très aérienne ! Basses puissantes et profondes, voix précise, effets latéraux sans rupture, c’est une sacrée performance et un grand plaisir !

Kanka (Dub Communication 2011) : J’ai l’impression de me balader dans le bas du spectre en permanence, Kanka nous offre ici une quantité de basses différentes qui permettent au 1964Q de s’exprimer avec régal. Profondes et étendues, sèches et claquantes, rapides ou longues, tout y est.

Panda Dub (Antilogy 2011) : une écoute super fun et très rythmée qui envoie du pâté ! J’aime la dub de cette façon, mais j’aurais voulu avoir plus d’espace sur certains titres (l’arbre de vie) pour que les réverbérations aient plus de profondeur. Rien de bien regrettable, là c’est plus une question de goût, ça passe aussi très bien sans.

Conclusion  La réputation des 1964Q sur le forum n’est pas usurpée, l’on en parle d’ailleurs pas assez. Mélomanes audiophiles à la recherche de l’équilibre, passez votre chemin. Pour les autres, à la recherche du détail, de la précision et de la séparation, tout en voulant un bas du spectre parfois texturé à l’extrême, le 1964Q peut être un intra des plus intéressants, encore plus compte tenu de son prix et de sa durée de vie, câble détachable et moulé à l’oreille de son possesseur. Je regretterais, plus que je ne qualifierais de défaut, les quelques sibilances sur les voix féminines et le manque d’aération couplé à une scène sonore qui pourrait être plus vaste. En bref, c’est plus une question de goûts personnels et d’acceptation de chacun que de défauts rédhibitoires comme l’on peut le voir pour d’autres intras. Ici, le 1964Q est un intra qui se rapproche clairement de l’excellence.

 

 

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