Cela fait quelques mois que le marché des écouteurs intra-auriculaires est attaqué par des bestioles hybrides, dans des gammes de prix où les appareils entièrement munis d’armatures équilibrées faisaient la loi. Dans le secteur très concurrentiel des +/- 300€, ce sont deux modèles qui font désormais office d’épouvantail : Les Fidue A83 et les FLC […]

[Comparatif] Fidue A83 vs. FLC Technologies FLC8

Cela fait quelques mois que le marché des écouteurs intra-auriculaires est attaqué par des bestioles hybrides, dans des gammes de prix où les appareils entièrement munis d’armatures équilibrées faisaient la loi. Dans le secteur très concurrentiel des +/- 300€, ce sont deux modèles qui font désormais office d’épouvantail : Les Fidue A83 et les FLC Technologies FLC8

Pour mieux comprendre l’origine de l’engouement autour des hybrides et pour départager les deux compétiteurs, je vous propose un comparatif entre les deux. Il ne pourra en rester qu’un…

Préambule

Avant toute chose, je tiens à remercier slimongi d’avoir bien voulu me laisser les Fidue A83 en prêt pendant deux semaines, alors même qu’il venait de les acheter à mrRIZbaby et qu’il n’avait pas encore eu l’occasion de poser une oreille dessus ! Sans sa générosité et sa confiance, ce comparatif n’aurait pas existé.

Les occasions font le laron

Dès que j’ai appris que mrRIZbaby mettait en vente ses A83, j’ai sauté sur l’occasion pour les soumettre à un comparatif avec sa nouvelle acquisition, celle qui lui a justement fait lâcher les Fidue — et qui sont aussi mes chouchous actuels : les FLC8 de FLC Technology.

Avant que je jette mon dévolu sur les FLC8, c’étaient les A83 qui avaient longuement retenu mon attention, notamment par l’estime que leur portait (et que leur porte encore, à ma connaissance) notre camarade Space Cowboy, fin connaisseur du monde des écouteurs intra-auriculaires de milieu de gamme et de haut de gamme. Leur technologie m’intriguait également car je n’avais pas encore eu l’opportunité de goûter aux performances permises par l’hybridation des drivers qui, en associant un driver dynamique (pour les basses) à des transducteurs à armature (pour les médiums et les aigus), tente de concilier dans une seule coque le meilleur des deux mondes. Je songeais donc sérieusement à m’en procurer une paire… jusqu’à ce que le fameux testeur |joker|, qui sévit notamment sur le forum audiophile anglo-saxon Head-Fi, sorte sur son site, The Headphone List, un retour dithyrambique sur des intras dont personne ou presque n’avait encore entendu parler : les FLC8. Voyant qu’il leur attribuait, pour le son, une des toutes meilleures notes parmi les modèles universels — meilleure encore que celle qu’il avait décernée auparavant aux Fidue A83 —, j’ai eu comme une illumination et, sur un coup de tête que je ne regrette toujours pas aujourd’hui, je m’en suis procuré une paire.

A83 & FLC8 A83 & FLC8
A83 & FLC8 A83 & FLC8

Les FLC8 et les A83 partagent la même technologie en embarquant un driver dynamique pour les basses (un micro-driver dynamique pour les FLC Technologies) et deux transducteurs à armature (des très classiques TWFK de chez Knowles pour les FLC8) pour le rendu des médiums et des aigus. Autre point commun entre ces deux intras : leur prix, qui oscille entre 250 et 300 € fdpin (actuellement 295 € environ pour les FLC8 et 272 € pour les A83).

Il est à noter, en passant, que les FLC8 sont aujourd’hui commercialisés sous une nouvelle appellation : les FLC8S. De l’aveu même de Forrest Wei, le patron de FLC Technology, cette nouvelle version ne diffère de la précédente que par l’emballage et le câble, semblant de meilleure qualité.

Port, occlusion… et réglage de la sonorité

En d’autres termes, moins français : fit, seal et tuning.
Les deux premiers ne m’ont jamais posé problème avec les FLC8, à un détail près : la longueur de leur canule sur laquelle les embouts ont tendance à glisser, ce qui empêche certains d’entre eux de remplir leur rôle (par exemple en mettant un frein à l’insertion profonde des Spinfit ou en masquant les micro-dépressions à l’intérieur des Spiral Dot de JVC). J’ai remédié à ce défaut en enfilant un joint torique en silicone à la base de la canule de ces intras.

embouts FLC8 canule FLC8

Le fit des A83 m’a causé beaucoup plus de soucis, notamment à cause de leurs coques plus volumineuses que celles des FLC8, de leurs canules plus courtes et de leur câble que je trouve personnellement mal conçu. Epais et lourd, ce dernier a non seulement tendance à s’emmêler mais présente en outre une longueur insuffisante entre les écouteurs et le séparateur, ce qui amène ce dernier à exercer une pression désagréable sur la glotte. Enfin sa partie semi-rigide — celle dite « à mémoire de forme » — a tendance à tirer sur les coques, au risque de les faire tomber de l’oreille… Il se peut que l’agacement que je n’ai jamais manqué d’éprouver au moment de remettre ces intras ait joué en leur défaveur dans mon jugement de leur restitution (et je ne constate pas sans frémir que le nouveau câble des FLC8S semble présenter bien des similitudes avec celui des Fidue…).

A83 in situ FLC8 in situ

A cause de leur fit précaire, les A83 m’ont obligé à choisir des embouts d’une taille supérieure à celle qui me convient d’ordinaire : du L au lieu du M. J’obtenais le meilleur seal avec des clones à deux balles de Sony Hybrid, à l’ailette un peu plus large et au toucher plus « gras » que les originaux.

Sur les FLC8, j’ai gardé ma configuration habituelle : petit joint torique et embouts Spiral Dot de JVC en taille M. Cette combinaison me permet une insertion semi-profonde, c’est-à-dire consistant en l’intromission du seul embout dans le conduit auditif, tandis qu’avec les A83, le seal se faisait uniquement à l’entrée dudit conduit — sans pénétration donc, ce qui est toujours plus safe mais finalement moins jouissif… Je doute cependant que cela ait eu un effet significativement négatif sur le rendu de ces intras.

Les FLC8, comme on le sait, ont la particularité d’offrir en théorie pas moins de 36 variations de leur restitution sonore. Dans la pratique, j’en suis venu à n’en privilégier qu’une seule : bouchon rouge, tube transparent et canule dorée (soit infra-basses + / graves – / médiums + / aigus =), car c’est celle qui me paraît fournir la restitution la plus respectueuse du signal d’origine, avec le minimum de lacunes fréquentielles et de distorsion. On peut néanmoins concevoir cette modularité de la signature des FLC8 comme un avantage non négligeable de ces intras sur les A83 dont le rendu — avec ses éventuels défauts — ne peut être semblablement amendé.

Source

Ma source pour ce comparatif a été unique : il s’agit de mon combo iBasso DX50 couplé à un amplificateur nomade BG8DX MX, les deux étant reliés par un LOD ultra court de JDS Labs.

Le BG8DX MX est un ampli dont le circuit est calqué sur celui de l’Objective 2 conçu par le trublion objectiviste du milieu audiophile international, NwAvGuy. Le BG8DX MX, fabriqué et vendu exclusivement en Chine (pour l’instant du moins) en est une déclinaison offrant des dimensions plus réduites et une autonomie supérieure — une version plus nomade, en somme.

DX50 + BG8DX MX

D’origine, cet ampli est équipé de trois amplis-op amovibles (qui sont ceux choisis initialement par NwAvGuy lui-même) : un JRC2068D à l’étage de gain et deux JRC4556AD à l’étage de sortie. Après de multiples essais, je leur ai finalement préféré un LM833P et deux LME49860NA, trio qui me paraît mieux égaliser le spectre du signal amplifié (notamment en disciplinant l’articulation hauts-médiums/aigus et en renforçant le bas-médium) et améliorer la résolution de sa scène, aussi bien latéralement, par un surcroît d’aération, qu’en profondeur, en renforçant la netteté de l’étagement des plans — le tout au service d’une restitution plus « neutre », plus claire et plus transparente encore.

Protocole et play-list

La comparaison de ces deux paires d’intras a été réalisée sur deux semaines, la première étant consacrée à l’audition de chaque paire sur des albums entiers codés en WAV ou en format sans perte (FLAC et APE essentiellement).

Trois albums surtout – que j’aime beaucoup et réécoute très souvent – m’ont permis de m’accoutumer à la personnalité acoustique des Fidue A83 qui m’était jusqu’alors inconnue :

Stalker

Rich & Lustmord, Stalker: de la dark ambient, idéale pour tester le rendu des plus bas registres ainsi que la spatialisation.

Lhassa

Lhasa de Sela, Lhasa: du folk-blues enregistré en studio de manière assez frontale qui permet de vérifier l’étagement des registres, leur séparation et les transitions de l’un à l’autre, le rendu des voix et des instruments acoustiques, les qualités des timbres et, plus subjectivement, la capacité de transmission de l’émotion…

Hawk House

Hawk House, A Little More Elbow Room: du hip-hop électro-soul à la production faussement désinvolte et très maîtrisée qui met à l’épreuve la dynamique des systèmes d’écoute, leur gestion des attaques et du groove notamment, ainsi que la cohérence de leur signature…

Cette série d’immersions au long cours a donné lieu à quelques prises de notes d’ordre général et m’a surtout appris à me méfier des réactions épidermiques que pouvait parfois susciter chez moi le rendu des A83, notamment comparé à celui des FLC8. Elle m’a donc permis d’« assainir le terrain » pour la comparaison qui allait suivre.
Celle-ci s’est déroulée au cours de la semaine suivante et a consisté en un parcours calme et patient des cinquante titres de ma liste de lecture de test — d’abord au hasard, ensuite de manière plus intentionnelle, pour bien jauger les performances de chaque paire d’intras dans tel ou tel secteur spécifique. Tous ces morceaux sont encodés dans des formats sans perte (APE et FLAC).

Je ne cite ici que les pistes de cette liste évoquées dans le présent comparatif (Nom de l’artiste – Album – Piste. Titre)

  • A Perfect Circle – Thirteenth Step – 01. The Package
  • Eels – Daisies Of The Galaxy – 05. Daisies Of The Galaxy
  • Grant Lee Buffalo – Mighty Joe Moon – 02. Mockingbirds
  • HARVEY P. J. – Stories From The City, Stories From The Sea – 04. One Line
  • HARVEY P. J. – Stories From The City, Stories From The Sea – 10. This Is Love
  • Karma To Burn – Karma To Burn – 04. Mt. Penetrator
  • KOWALSKI Alexander – Changes – 04. Start Chasing
  • Living Colour – Stain – 08. Nothingness
  • Mouse On Mars – Autoditacker – 02. Juju
  • Nickelback – Silver Side Up – 06. Hollywood
  • Nirvana – Unplugged In New York – 06. Dumb
  • Nostromo – Ecce Lex – 03. Still Born Prophet
  • Organic Audio – Lovelight – 01. Touch The Sky
  • Ozark Henry – The Sailor Not The Sea – 01. La Donna È Mobile
  • Ozark Henry – The Sailor Not The Sea – 02. Indian Summer
  • Pixies – Surfer Rosa – 07. Where Is My Mind
  • Plastikman – Consumed – 10. Consumed
  • RICH Robert & Lustmord – Stalker – 01. Elemental Trigger
  • RICH Robert & Lustmord – Stalker – 02. Synergistic Perceptions
  • Sinch – Sinch – 09.The Silent Acquiescence of Millions
  • Spacek – Curvatia – 04. Sexy Curvatia
  • STILETTO Gianni – Kognitive Devide – 01. Reality Port 23
  • Swell – Whenever You’re Ready – 06. In The Morning
  • TCHICAI John & REK Vitold – Satisfaction – 02. Hullo
  • Transwave – Phototropic – 02. Byron Bay
  • Vista Le Vie – A Futuristic Family Film – 07. Kids With Gloves

Premières impressions

C’est sur une piste d’un genre aussi populaire que peu « audiophile » que le hasard m’a amené à effectuer une première comparaison entre les Fidue A83 et les FLC8 : le rock FM de Nickelback.

Tout de suite, j’ai été frappé par le rendu apparemment plus congestionné et plus tubulaire des FLC8 sur ce morceau.

Sur ce type de musique produite et masterisée en vue d’une diffusion essentiellement radiophonique et télévisuelle (d’où l’appellation du genre auquel elle appartient), la dynamique est très tassée (ça sonne fort tout le temps, même pendant les passages moins intenses) et l’accent est mis sur les fréquences les plus perceptibles via des systèmes d’écoute aussi médiocres qu’un poste FM ou qu’une télé, à savoir les mid-basses (vers 100-150 Hz) et le bas des aigus (vers 2- 3 kHz).

Les Fidue A83 se sont révélés beaucoup plus performants que les FLC8 pour rendre ce genre de morceau « dans son jus », comme s’ils étaient plus à l’aise sur les productions fortement compressées et/ou lourdement filtrées de la musique populaire actuelle. La question, bien sûr, est de savoir si c’est réellement un avantage… et non pas plutôt un défaut qui, à l’occasion, comme ici, peut se trouver servir un signal d’un type un peu particulier.

De façon plus générale, en continuant ma navigation au hasard dans ma play-list, et après cette première impression très favorable que m’avaient laissée les A83, j’ai fini par me rendre compte que les Fidue offraient en fait un rendu reconstruit — flatteur dans certains cas (comme avec le « Hollywood » de Nickelback) et déformant dans d’autres —, alors que les FLC8, quoique manquant comparativement de brillant et d’aération, présentaient une restitution sans doute plus « naturelle » ou plus « fidèle ».

Je n’ai pas tardé à m’apercevoir par ailleurs que les A83, bien qu’ayant une sonorité plus claire et aussi plus percutante que celle des FLC8, étaient curieusement moins résolvants, aussi bien dans l’espace, avec un étagement des plans moins net, que dans le temps à cause d’une certaine lenteur de leur rendu.

Enfin, dernier constat au terme de cette première session d’écoute : alors que j’ai souvent tendance à oublier les FLC8 dans mes oreilles, les A83 en venaient toujours à me gêner, non seulement par leur port assez inconfortable et la difficulté connexe d’obtenir avec eux un seal satisfaisant, mais aussi et surtout à cause des paradoxes d’une signature à la fois dynamique et confuse, percutante mais à la spatialisation moins « réaliste ». Bref, la violence brouillonne et un peu artificielle des Fidue me fatiguait par comparaison avec la douceur méticuleuse des FLC8.
Question de goûts personnels ? Pas seulement, comme nous allons maintenant le voir plus en détail…

Analyse sectorielle

Soundstage

La scène sonore des FLC8 et celle des A83 ont peu ou prou la même largeur (même si au départ celle des Fidue semble plus étendue sur les côtés) et offrent la même cohérence, sans « trou » dans le panoramique ni flottement dans la localisation latérale des sources : c’est déjà une belle performance de la part de ces deux paires d’intras (quand bien même on serait en droit de l’attendre de systèmes d’écoute somme toute assez onéreux…). Peut-être les A83 affirment-ils sur certains titres plutôt « touffus » une meilleure résolution latérale que celle des FLC8, mais leur supériorité en ce domaine m’a paru tout juste perceptible et peut-être plus due à la clarté générale de leur signature qu’à une distribution plus fine des interventions sonores dans le panoramique.

Les axes du soundstage par rapport à l'auditeur
Les axes du soundstage par rapport à l’auditeur

Il m’a semblé également (du moins au départ) que les FLC8 et les A83 présentaient le même niveau de compétence dans la restitution de la dimension verticale des espaces d’enregistrement ou de production et que tous deux étaient aussi précis dans le placement des sources sur l’axe des y que réalistes dans le rendu des extensions en hauteur — même si, encore une fois, les A83 m’ont paru au premier abord légèrement plus performants en ce domaine. En fait, c’est sur un titre en particulier que j’ai trouvé la hauteur de l’espace du signal plus peut-être plus perceptible sur les Fidue que sur les FLC8 : l’« Elemental Trigger », première piste de Stalker, le chef-d’œuvre dark ambient de Robert Rich et Lustmord.

Ce morceau m’a été particulièrement utile à plus d’un titre, notamment en me permettant d’approfondir ma perception du soundstage de chacune des deux paires d’intras. Il commence par le déferlement d’une vague sonore qui semble ouvrir un volume acoustique considérable et véhiculer une impression de grande profondeur dont les FLC8 rendent compte assez fidèlement, au contraire des Fidue qui peinent manifestement à retranscrire cette dimension. Du coup, cette expansion inaugurale du track de Rich et Lustmord se traduit surtout, chez ces derniers, dans sa composante verticale. Celle-ci est également présente dans le rendu des FLC8 mais intégrée dans une scène plus sphérique, plus enveloppante et, de ce fait même, elle y est moins mise en avant et peut-être moins immédiatement perceptible.

Car c’est là la plus grosse différence entre le soundstage des A83 et celui des FLC8 : ces derniers ont une scène beaucoup plus creusée que celle des Fidue — y compris sur les côtés. Cela s’entend nettement sur le « Daisies ot the Galaxy » des Eels, à l’apparition du violon (à 48’’ du début environ) : celui-ci sonne à droite et loin en arrière sur les FLC8, tandis que sur les A83, il a l’air seulement situé à droite, sans paraître émis d’une position aussi reculée que sur les FLC Technology.

Les FLC8 ont un soundstage réellement profond, capable d’une vraie « 3D », alors que celui des Fidue paraît trop souvent se déployer artificiellement. Les productions qui mélangent des réverbérations très distinctes les uns des autres (tel le « Nothingness » de Living Colour) ou encore les titres enregistrés en public comme le « Dumb » de Nirvana le mettent particulièrement en évidence : la profondeur de la scène des A83, du moins quand elle est perceptible, paraît seulement la résultante d’une réverbération — d’un effet, en un mot — tandis que celle du soundstage des FLC8 semble une qualité intrinsèque de l’étagement des plans sur l’axe des z, une caractéristique structurelle de la spatialisation de ces intras.

En fait, trop souvent, les A83 donnent l’impression de projeter les sources vers l’avant, comme sur un écran. Cela nuit au rendu des extensions naturelles des sons qui s’en trouvent écourtées, notamment sur les morceaux acoustiques (tels que ceux précités ou encore l’« In The Morning » de Swell — que vous pouvez écouter plus bas), mais aussi dans la restitution des genres électroniques qui pratiquent des figures compositionnelles complexes (comme le contrepoint ou le canon) mettant en jeu une pluralité de sources aux spectres relativement similaires. Je pense par exemple à la trance de Goa : sur les A83, le « Byron Bay » de Transwave voit ainsi sa profondeur comme « écrasée » vers l’avant, ce qui nuit à l’étagement des plans et, par contrecoup, à la lisibilité du signal ce dernier perdant en clarté et en détail ; les arpèges de synthés, presque tous situés dans les médiums, ont plus tendance à se fondre les uns dans les autres sur ces intras que sur les FLC8.

Et je veux voir une sorte de preuve a contrario du manque de profondeur de la scène des Fidue dans le fait qu’il se remarque moins sur les morceaux mixés de façon très frontale, comme le « Still Born Prophet » de Nostromo !

Ce défaut relatif de la scène des A83, comparée à celle des FLC8, n’affecte pas que le rendu volumétrique des Fidue : sur les meilleures productions, celles qui ont la spatialisation la plus soignée et la mieux pensée (c’est-à-dire ajustée non seulement pour obtenir le signal le plus clair possible mais aussi pour générer une ambiance précise), c’est le rendu de l’ensemble du morceau qui en pâtit. Ainsi, les A83 ont beau donner du « La Donna È Mobile » d’Ozark Henry (que vous pouvez écouter plus bas) une interprétation déjà magnifique de retenue et de présence à la fois, toute en pudeur et en plaisir, les FLC8 en proposent une « mise en espace » encore plus fidèle et savoureuse grâce à leur faculté de restitution de la profondeur depuis toutes les positions sur l’axe des x, du centre jusqu’aux extrémités latérales. A l’inverse, la compression frontale de la scène des A83 leur fait louper l’ambiance particulière, à la fois intime et vaste comme un cauchemar, du « Kids With Gloves » de Vista le Vie dont elle appauvrit assez considérablement le message, le vidant de ses menaces sous-jacentes.

Le soundstage des FLC8 arrive ainsi à me faire sentir une vastitude qui n’est pas simplement la qualité d’une impression spatiale mais aussi la tonalité psychologique particulière d’un morceau — le message derrière le signal, donc.

Enfin, si parfois, ainsi que je l’ai rapporté plus haut, sur des musiques très spatialisées comme la dark ambient de Rich et Lustmord, les FLC8 donnent le sentiment d’escamoter la hauteur dans un rendu volumétrique plus global, sur des morceaux eux-mêmes assez dépourvus d’effet de profondeur, tels que « The Silent Acquiescence of Millions » de Sinch, la capacité à retranscrire la verticalité (tant en terme d’amplitude que de positionnement) semble nettement plus l’apanage des FLC8 que des Fidue. Sur ce titre, cela se remarque particulièrement à l’occasion du premier passage au refrain (vers 1’15’’) : l’expansion spatiale amenée à ce moment-là par les réverbérations grandit la scène dans toutes les dimensions frontales sur les FLC8, sur les côtés comme en hauteur, tandis que sur les A83, l’épanouissement du soundstage donne l’impression de s’effectuer quasi uniquement de part et d’autre du milieu de la scène, suivant le seul axe latéral.

Réponse fréquentielle

Courbe de réponse en fréquence A83 (source : Innerfidelity)
Courbe de réponse en fréquence A83 (source : Innerfidelity)
Courbe de réponse en fréquence FLC8 avec les bouchons transparents, les tubes transparents et la canule dorée — soit en infras - / basses - / médiums + / aigus = (source : Innerfidelity)
Courbe de réponse en fréquence FLC8 (source : Innerfidelity)

Au vu des graphes, on serait tenté de dire que les A83 ont un spectre plutôt en V et descendant avec un effacement assez marqué des médiums — soit tout le contraire des FLC8 qui, pour leur part, semblent présenter un équilibre légèrement montant tout en faisant la part belle au milieu du spectre. Et, de fait, une écoute rapide suffit à confirmer les hypothèses inspirées par les graphes : les A83 ont bel et bien une signature en V, les extrémités de leur réponse fréquentielle étant nettement plus accentuées que sa partie médiane. Tout aussi frappante, à l’oreille, est la disjonction corrélative des registres dans le rendu des Fidue : graves, médiums et aigus semblent y sonner chacun de son côté, avec sa coloration et sa dynamique propres, et cela à cause d’un manque de présence et de définition des registres de transition, bas-médiums (vers 200-300 Hz) et hauts-médiums (vers 2 kHz).

Nous reviendrons là-dessus plus tard mais d’emblée, avant même de procéder à une analyse plus fine des signatures respectives de ces intras, je tiens à préciser que la réponse fréquentielle en V ainsi que la disjonction des registres dans le rendu des Fidue ne sont pas forcément des désavantages.

Il est vrai que ce manque d’homogénéité du spectre et, surtout, la relative anémie des médiums peuvent nuire à la musicalité du rendu des A83 (et avoir notamment pour conséquence de casser la micro-dynamique des morceaux les plus groovy, comme le « Mt. Penetrator » du groupe de stoner Karma To Burn). Mais la mise en valeur des mid-basses et des aigus ainsi que la séparation nette et franche entre les différents intervalles fréquentiels se révèlent également des plus adaptées aux musiques compressées ou filtrées dont elles compensent le faible écart macro-dynamique ainsi que la relative étroitesse spectrale. C’est patent sur de la tech-disco comme celle du « Start Chasing » d’Alexander Kowalski que les Fidue arrivent à rendre avec beaucoup plus d’aisance, de clarté et de mordant que les FLC8 qui, par comparaison sur ce même morceau, sonnent presque congestionnés, voire artificiels ! La signature en V des A83 a également tendance à augmenter la présence et l’impact des sets de batterie — du moins au cours des premières écoutes.

Cette sorte de coloration fréquentielle (et, par voie de conséquence, macro-dynamique) apportée par les Fidue les rend également plus indulgents que les FLC8 dans le traitement des pistes présentant des défauts de production et/ou d’enregistrement.

Inversement, toutefois, les FLC8, au spectre plus droit et nettement plus homogène, rendront mieux compte des qualités acoustiques et, notamment, de la pertinence des choix de traitements (effets, spatialisation, etc) des morceaux les mieux produits (tels ceux d’Ozark Henry par exemple — que vous pouvez écouter plus bas).

Graves

La différence la plus immédiatement perceptible entre les deux paires d’intras dans le rendu de ce registre est la plus grande franchise des attaques de la part des A83. Cela permet aux Fidue non seulement de mieux détourer les mid-basses d’un morceau electronica comme le « Juju » de Mouse On Mars mais aussi d’offrir plus d’impact aux infra-graves de la grosse caisse du « Daisies of the Galaxy », le bijou folk des Eels.

Maintenant, l’impact n’est pas tout et si les basses « claquent » plus sur les A83 elles y ont par ailleurs moins d’ampleur et de texture que sur les FLC8. Pour reprendre notre exemple précédent, la grosse caisse de fanfare du morceau des Eels sonne très creuse et quasi tubulaire sur les Fidue alors que, quoique moins percutante sur les FLC8, elle présente des extensions mieux filées sur ces intras, plus de grondement et aussi une structure acoustique plus audible (la fameuse « peau » dont la perception est tant prisée par certains audiophiles…).

Même constat dans le sous-registre supérieur : les mid-basses semblent plus denses sur les FLC8, en particulier dans la restitution des sections rythmiques de métal et de métal-prog. Dans « The Package » d’A Perfect Circle, notamment, où la basse est mixée très en avant et la batterie jouée (et produite) de façon aussi appuyée que contrôlée, avec une sauvagerie très maîtrisée, ce couple d’instruments qui marque implacablement la cadence est rendu par les FLC8 avec plus de corps et de détail à la fois — plus de réalisme, en un mot — que par les A83.

Au final, les graves sur les Fidue, aussi bien par un certain manque de précision que par des attaques trop marquées, donnent l’impression d’être tout simplement envahissants. Cela se remarque de façon assez nette sur les morceaux aux grooves les plus martelés et les plus fumeux à la fois, comme le stoner de Karma to Burn où les basses font comme une « bosse » dans le rendu des A83, tandis qu’elles sont bien plus fondues dans le reste du signal transmis par les FLC8. Cela peut être un avantage, ainsi que je l’ai laissé entendre plus haut, entre autres sur de l’électro-house comme celle d’Alexander Kowalski, mais ça n’en reste pas moins en soi une défaillance technique (du moins au regard de la prestation des FLC8).

Cette défaillance apparaît clairement pour ce qu’elle est dans le rendu de pistes aussi riches en graves et en infra-graves que pauvres en impact et en martèlement — tel « Synergistic Perceptions », la deuxième piste du Stalker de Rich et Lustmord, où la ligne mélodique est jouée par des notes de synthé aux attaques assez estompées qui descendent très bas, jusque dans le territoire des infra-graves. Les FLC8 suivent cette progression abyssale de la tonalité avec un très bon sens de l’articulation et de la texturation qui en véhicule toute la puissance hypnotique, la capacité d’ébranlement intime. L’effet de fascination auditive qu’est censée procurer cette chute lente dans les ténèbres du son et de la psyché est beaucoup moins efficacement porté par les A83 qui restituent la même ligne mélodique (en particulier à partir de 2’18’’) de façon plus agressive et plus « cotonneuse » en même temps, avec une imprécision qui va même en s’accentuant dans le rendu des notes les plus graves, à partir de 50 Hz et en-deçà.

Médiums

Le manque de corps dans le rendu des graves des A83 se retrouve malheureusement dans leur restitution des bas-médiums. C’est aussi gênant sur du rock « énervé » comme le grindcore de Nostromo que dans la restitution de voix assez rauques de genres plus sages — celle de la chanteuse folk P. J. Harvey, par exemple, dont les résonances propres, tour à tour caressantes et abrasives, sont mieux filées et respectées par les FLC8 que par les Fidue.

Au niveau des mid-médiums, ce n’est plus tant un problème d’ampleur ou d’extensions qui affecte le rendu des A83 qu’un certain manque de présence et ce sont les voix, encore une fois, qui en pâtissent le plus, les Fidue ayant tendance à leur donner une sonorité à la fois creuse et lointaine (par exemple dans le rendu du « Daisies of the Galaxy » des Eels ou encore dans celui de l’« Indian Summer » d’Ozark Henry) voire carrément métallique, ainsi que j’ai pu le constater dans leur interprétation du « Nothingness » de Living Color.

Alors, certes, la restitution des mid-médiums par les FLC8 manque comparativement de brillant et celle des A83, quoique en défaut de présence, n’est pas en panne de délicatesse, comme cela se remarque notamment sur les morceaux blues-folk aux productions les moins appuyées et les plus fidèles à l’esprit « garage » du genre — tel le « Mockingbirds » de Grant Lee Buffalo où le chanteur module avec maestria ses inflexions pour laisser transparaître tour à tour lassitude et cynisme, en un jeu subtil d’intonations et d’accentuations admirablement retranscrit par les Fidue — mais les FLC8, tout en faisant jeu égal avec eux en ce domaine, apportent en plus au timbre de ce type de « chanteur à texte » un surcroît de chaleur et même de caractère qui semble le rapprocher encore plus de l’auditeur et conférer au signal une ambiance de confession intime qui sied parfaitement au message.

En fait, les voix et les autres sources s’exprimant dans ce registre, comme les guitares par exemple, sont mieux tenues sur les FLC8 alors que, trop souvent, elles paraissent comme auréolées d’harmoniques désagréables sur les Fidue. Ainsi au début du morceau des Eels, les accords plaqués de guitare sont-ils moins « chatoyants » sur les FLC8 mais plus exacts, dotés d’une matité qui sonne finalement plus naturelle et assure à l’instrument une meilleure assise fréquentielle.

Ce problème de chatoiement excessif de la tonalité fondamentale se retrouve dans le traitement des hauts-médiums par les A83 qui les rendent plus acides que ceux des FLC8. Je veux personnellement y voir le symptôme ou l’effet d’un manque de définition de ce sous-registre de la part des Fidue. Si l’on me permet d’user d’une métaphore, je dirais que la clarté excessive des hauts-médiums sur les A83 provient d’une diffraction du signal, comme le montre la faculté des FLC8 de donner une meilleure attaque aux sources percussives jouant dans cet intervalle de fréquence, telle la caisse claire du set de batterie de « The Package » d’A Perfect Circle qui « claque » mieux, plus nettement et plus clairement à la fois, avec plus de « matière » aussi, sur les FLC Technology que sur les A83, alors même que ceux-ci ont, sur le reste du spectre, une meilleure macro-dynamique que les FLC8 (ainsi que nous le verrons dans le chapitre suivant).
Il y a peut-être là un problème de traitement de la transition entre les registres, d’une armature à l’autre, dans les Fidue, du moins comparativement aux FLC8 qui seraient ainsi dotés d’un crossover plus performant ou mieux conçu (le crossover étant le filtre, électrique ou mécanique, qui, dans un intra comportant plusieurs drivers à armature, permet d’affecter un intervalle de fréquences spécifique à chacun d’entre eux).

Aigus

Le déficit relatif en clarté des FLC8 dans le rendu des mid-médiums se retrouve dans celui des aigus, plus précis et avec des attaques plus franches sur les A83 — plus brillant en un mot, comme cela peut se vérifier par exemple sur le « Consumed » de Plastikman, au moment de l’apparition des cymbales électroniques (vers 1’40’’), cymbales dont le frémissement, d’abord à peine audible, se détache du martèlement assez grave de la section rythmique avec plus de netteté sur les Fidue que sur les FLC Technology.

Mais cette impression n’a pas duré au fil de ma play-list et, sur des morceaux moins en V et donc fréquentiellement plus riches, notamment en médiums — tels le « Mt. Penetrator » de Karma to Burn ou le « Byron Bay » de Transwave —, les aigus des A83 se sont montrés en fait bien plus acides et plus durs que ceux des FLC8 qui semblent mieux filer le haut du spectre et mieux le tenir tout à la fois, mieux le maîtriser, et cela, sans doute, parce qu’il s’intègre de manière plus homogène aux autres registres.

Sur des morceaux présentant les aigus de manière bien détachée, avec une répartition spectrale très distributive, comme le « Sexy Curvatia » de Spacek, les FLC8 paraissent ainsi mieux respecter les résonances et la textures propre des sources sonores intervenant dans les hauts registres, alors que les Fidue, sur ces mêmes morceaux, ont l’air de fonctionner a contrario de leur tendance à séparer les intervalles fréquentiels et de brouiller les limites séparant ces derniers, au point que, parfois, le bas du spectre donne l’impression d’en submerger le haut et les aigus de se retrouver comme noyés sous les graves.

Car c’est ici, sans doute, dans le rendu des aigus, que la distributivité du spectre des A83 se révèle pour ce qu’elle est vraiment : l’effet d’un manque — un défaut, donc, plus qu’une qualité (même si parfois elle peut se trouver servir le message musical, comme on l’a vu plus haut). Les A83 paient en l’occurrence le manque de corps de leurs bas-médiums, de présence de leurs mid-médiums et de définition de leurs hauts-médiums. C’est ce défaut de liant entre les registres de leur rendu qui vient pénaliser leurs aigus en leur prêtant une coloration plus maigre et moins bien assise fréquentiellement, plus crispée, plus étroite : bref, ils manquent de substance. Par comparaison, les FLC Technology apportent plus de matière à ce registre et semblent ainsi faire preuve dans sa restitution d’une plus grande finesse et d’une plus grande souplesse tout à la fois que les Fidue, cette supériorité se traduisant au final par le sentiment d’un rendu plus naturel des aigus de la part des FLC8 dans à peu près tous les genres, depuis le folk acoustique de Swell jusqu’à la trance de Transwave.

Dynamique

Macro-dynamique

Aucune des deux paires d’intras n’est un monstre de macro-dynamique ni ne déploie d’emphase particulière dans le rendu des sautes d’intensité sonore. Les A83 se révèlent toutefois relativement plus performants en ce domaine que les FLC8, en particulier sur le rock, mais sans ostentation excessive, avec au contraire beaucoup de naturel. Ils m’ont notamment épaté par leur restitution du « Where is My Mind ? » des Pixies, non seulement dans leur traitement de l’attaque de la section rythmique (vers 15’’), tout simplement juste, mais aussi dans le respect de l’équilibre un peu particulier qui, dans ce morceau, régit les rapports acoustiques entre les différentes pièces du set de batterie et met en avant une caisse claire un peu agressive. Cette frontalité du snare drum ainsi que l’âpreté de ses impacts, les A83 les restituent beaucoup mieux que les FLC8 qui en donnent un rendu moins mordant, plus fondu dans le reste du signal.

Les FLC Technology, comme nous le verrons dans le chapitre suivant, bénéficient d’une micro-dynamique réjouissante — d’une grande musicalité, si l’on préfère — mais cette qualité peut à l’occasion se révéler pour eux un désavantage en les privant d’un certain jaillissement, de cette dose de « claquant » qu’exige la restitution de certains morceaux particulièrement nerveux. C’est un peu le cas avec le morceau des Pixies ; ce l’est encore plus sur le grindcore de Nostromo où leur prestation m’a paru manquer de vie et d’attaque (même si elle est plus rapide que celle des A83, ainsi que nous le signalerons plus loin).

Le profil ADSR (Attack / Decay / Sustain / Release)
Le profil ADSR (Attack / Decay / Sustain / Release)

Maintenant, et curieusement, la supériorité des A83 en matière de macro-dynamique peut se renverser dans d’autres genres, voire dans certains sous-genres du rock. Je pense au métal-prog d’A Perfect Circle et, en particulier, à la détonation de la caisse claire de « The Package » à 4’54’’, juste avant la reprise du refrain, qui est beaucoup plus sèche et, surtout, mieux texturée sur les FLC8 que sur les Fidue. Peut-être cela tient-il à un meilleur respect du sustain par les FLC Technology qui viendrait comme compenser la relative mollesse de leur attack dans le profil ADSR… Toujours est-il que, sur ce morceau, ce sont les A83 qui se montrent un peu artificiels, un peu « courts » dans leur gestion des montées brusques de volume.

Micro-dynamique

Les FLC8 sont des intras qui swinguent. C’est une qualité évidente de leur rendu, même si celui-ci peut, au premier abord, paraître plus terne que celui des A83.

Que ce soit sur la tech-house-disco d’Organic Audio ou le stoner touffu de Karma to Burn, les FLC Technology donnent envie de bouger la tête et les pieds ! Sur ces mêmes tracks, les Fidue sonnent mous, comme en panne de cadencement. C’est particulièrement audible dans le rendu du « Touch The Sky » d’Organic Audio et notamment du drop jouissif vers 1’07’’ : les FLC8 en délivrent la montée puis la détente avec un sens du groove quasi-irréprochable alors que les Fidue semblent les priver de tension et de balancement.

Le même défaut relatif de scansion des A83 se retrouve dans leur rendu de la drum’n’bass agile et véloce de Gianni Stiletto (que vous pouvez écouter plus bas).

Maintenant, les performances macro-dynamiques des Fidue leur permettent de mieux marquer le tempo de certains morceaux nettement plus lents ou moins dansants, tels le « Mockinbirds » de Grant Lee Buffalo. Cependant, dès que le tempo s’accélère, ils perdent pied et tombent en défaut de groove. Il semblerait donc que cette défaillance provienne essentiellement de leur lenteur — car, comme nous le verrons au chapitre suivant, les FLC8 leur dament assez rudement le pion dans le secteur de la rapidité.

Dynamique relative

Très bons en macro-dynamique, nettement moins en matière de swing, les A83 se rattrapent par leur dynamique relative, c’est-à-dire par leur respect des intensités sonores respectives de chaque source, à un instant t, dans un message musical complexe où plusieurs instruments interviennent simultanément. Sur le « One Line » de P. J. Harvey, par exemple, ils laissent magnifiquement s’exprimer chaque source dans le mix avec son intensité propre, tous les instruments s’y faisant entendre de façon audible, même ceux enregistrés et produits à volume plus modéré que les autres. C’est encore plus vrai sur une piste à la sonorité plus acoustique telle que l’« In the Morning » de Swell dont les FC8 peinent plus à respecter la dynamique relative. Dans l’un et l’autre cas, les A83 bénéficient de l’avantage que leur procurent à la fois leur meilleure macro-dynamique mais aussi la plus grande distributivité de leur spectre, aux registres plus disjoints que ceux des FLC8. Ce sont cette plus grande sécheresse d’impact et cette faculté de mieux séparer les intervalles fréquentiels qui leur permettent de fournir du tableau sonore des sources une image plus contrastée et, du coup, plus lisible.

Malheureusement, ce double avantage peut aussi se révéler un handicap en amenant les Fidue à donner de la dynamique relative propre à chaque morceau une restitution parfois trop disjonctive, trop « clinique », alors que les FLC Technology auraient tendance, en ce domaine également, à se montrer moins précis mais, au final, plus naturels en présentant les ensembles orchestraux de manière dynamiquement plus fondue, plus globale. Cela se remarque en particulier sur les morceaux dont la dynamique relative est déjà extrêmement soignée, comme « The Package » d’A Perfect Circle : le rendu moins tranchant et moins « froid » des FLC8 leur permet de rendre compte avec plus de cohérence et de « réalisme » du système de répartition de l’énergie entre les différentes sources composant le signal.

Rapidité

Les FLC8 sont des intras vifs qui, sur des morceaux véloces et « wicked » comme le « Reality Port 23 » de Gianni Stiletto apportent une sorte de plaisir électrique. Leur rendu de ce morceau, tout en tension contenue et en souplesse de fouet, a quelque chose de félin qui sert remarquablement bien la scansion du signal : on les sent comme prêts à « bondir » pour suivre la cadence, aussi élevée soit-elle. Aidés en cela par leur sens du groove, leur agilité micro-dynamique, les FLC8 n’ont aucun mal à délivrer les salves de syncopes de la drum’n’bass, et cela de façon toujours aussi précise que fluide. Sur ce même titre, les A83 sont clairement plus lents, plus patauds et presque traînants. Ils donnent même l’impression de trébucher sur le passage de test (à partir de 2’44’’) dont l’oreille peine à suivre le déroulé sur ces intras, comme si ces derniers étaient en retard sur la musique. Les FLC8, ainsi que je viens de le laisser entendre, sonnent plus secs sur ce genre de titre et montrent autorité et maestria dans la restitution de ce type de rythmiques complexes qu’ils délivrent avec un placement temporel au cordeau et, en même temps, de manière très enjouée, très entraînante.

Le constat est similaire sur des musiques dont la tonalité moyenne est un peu plus basse (celle du « Reality Port 23 » étant quand même située plutôt à l’articulation des médiums et des hauts-médiums), comme par exemple le « Byron Bay » de Transwave dont les FLC8 produisent un rendu tout simplement excellent d’agressivité et de rage sourde, qui dépote tout en maîtrise. Sur ces intras, la trance de Goa du groupe français donne le sentiment d’être bien « calée », constamment en phase avec elle-même — telle l’image d’une cible acquise dans la vision télémétrique d’un lance-roquette. Le passage de test, notamment (à partir de 4’55’’) est superbement interprété, avec allant et acuité, beaucoup de résolution (dans toutes les dimensions, spatiale et temporelle) et de cohérence à la fois. Sur ce même titre, la lenteur relative des A83 est peut-être moins apparente — ou moins gênante — que sur le morceau de Gianni Stiletto (mais il faut dire aussi que le morceau de Transwave est moins rapide…).

Enfin, sur des musiques fréquentiellement plus basses, qui font également la part belle aux graves — comme le « Still Born Prophet » de Nostromo, par exemple — , si les FLC8 déçoivent un peu par une vélocité simplement correcte, sans plus, la prestation des A83 est encore pire. Ainsi, quand arrive le passage de test du titre du groupe suisse de grindcore (vers 0’57’’), les Fidue donnent-ils le sentiment de carrément perdre pied en délivrant une interprétation confuse, « pâteuse », comme plombée… voire carrément sombre. Alors, certes, les graves plus percutants des Fidue leur permettent de compenser un peu leur lenteur relative sur ce genre de rock énervé… mais à peine.

Question rapidité, pour moi, l’affaire est tranchée et, pour emprunter une image hydrographique, je dirais que, si les FLC8 ont la plasticité d’un torrent aux eaux claires, les A83 ont la viscosité d’un long fleuve boueux.

Respect des timbres

La fidélité aux timbres est tributaire de tout un tas de facteurs. Elle dépend en fait des performances dans à peu près tous les secteurs que nous venons de parcourir ensemble ! Je ne vous cache pas que ce dernier secteur est pour moi primordial : c’est, au final, par l’exactitude de son rendu des timbres qu’un système d’écoute saura ou non me convaincre dans l’absolu ; c’est aussi le critère ultime qui me sert à départager intra-auriculaires, casques ou oreillettes quand, comme ici, j’en mets plusieurs d’entre eux en comparaison. Cette dernière étude sectorielle servira donc de conclusion à ce comparatif.

A priori, au vu de mes analyses précédentes et en considérant notamment la supériorité que j’ai attribuée aux FLC8 sur les A83 dans des secteurs aussi cruciaux, pour la restitution des timbres, que le soundstage (en particulier la maîtrise des résonances et la précision du placement spatial, indice d’un contrôle ferme de la phase stéréophonique), la micro-dynamique (qui conditionne la finesse de restitution des transitoires) et surtout la rapidité (c’est-à-dire la résolution temporelle), l’on pourrait se dire que l’affaire est déjà pliée et que les FLC8 offrent un rendu des timbres plus authentique que celui des A83. En réalité, ce n’est pas aussi évident que cela… au début, du moins.

De prime abord, en effet, les timbres sur les FLC Technology paraissent relativement plus « fondus » que ceux restitués par les Fidue. Sur le jazz intimiste du « Hullo » de John Tchicaï et Vitold Rek, par exemple, le saxo sur les FLC8 semble non seulement manquer d’attaque et de mordant mais aussi de ce bruit blanc caractéristique que génère l’expiration du saxophoniste. Et, si ces intras reproduisent de manière assez fine et exacte la vibration de l’anche de l’instrument ainsi que le claquement des cordes sur la caisse de la contrebasse, celle-ci paraît manquer de résonances boisées, résonances qu’on retrouve en revanche, à la fois plus présentes et plus profondes, dans l’interprétation de ce même morceau par les A83 qui, de ce fait même, donnent de cet instrument une image sonore plus « réaliste ». Le constat est le même concernant le saxophone dont les Fidue proposent un rendu à la fois plus clair et plus authentique, avec des « craquements » d’anche plus perceptibles.

L’on sent bien, sur ce titre, ce que le côté plus démonstratif, plus claquant des A83 peut leur conférer comme avantage dans l’attaque des notes ainsi que dans la restitution de tous les micro-impacts qu’engendrent doigts et souffles sur le matériau des instruments de la lutherie traditionnelle— cet aspect « pétillant » ou « crépitant » de la sonorité, son côté frictionnel, que les FLC8 ont pour leur part tendance à estomper ou aplanir un peu.

Mais ce qui donne surtout aux Fidue leur supériorité sur les FLC Technology dans le rendu des timbres, sur ce genre de musique acoustique en petite formation, c’est la disjonction des registres de leur réponse fréquentielle. Les A83 offrent ainsi un excellent dialogue, bien contrasté, entre le saxophone de John Thicaï et la contrebasse de Vitold Rek dont les étendues fréquentielles respectives ne se recoupent qu’à peine (ainsi que le montre le tableau des registres instrumentaux ci-dessous).

Instruments et registres

Sur des titres aux sources peu nombreuses et dotées de plages de fréquences déjà bien distinctes à la base, les Fidue proposent donc un rendu des timbres apparemment plus « évident » et donc plus immédiatement satisfaisant que celui des FLC8.

Cette impression globale d’avoir des timbres plus présents et mieux texturés avec les A83 se retrouve à l’écoute de tracks acoustiques un peu plus complexes, qui mêlent des sonorités appartenant à des registres proches — voire au même registre —, et à la production plus travaillée, tel l’« In The Morning » de Swell… sauf que c’est là une impression qui ne dure pas ! Très vite, l’on s’aperçoit que la présence du haut-médium sur les Fidue est en fait une forme d’acidité qui altère sensiblement leur restitution des instruments dans ce sous-registre — en l’occurrence des guitares — et qu’en fait de texture, c’est une certaine sécheresse, pour ne pas dire un manque de corps qui caractérise leur bas-médium, notamment dans leur rendu des voix qui, sur ce même titre, semblent sonner de manière plus naturelle avec les FLC8.

Et quand, fort de ces premiers ajustements, on réécoute ce petit bijou folk, on se rend compte qu’en réalité l’interprétation de ses guitares est tout simplement superbe sur les FLC Technology qui offrent à la fois beaucoup de délié micro-dynamique et de précision temporelle, au service d’un rendu des médiums très délicat, fidèle par son absence même de tout effet, de toute épate. Et quand les timbres sont ainsi restitués, avec autant d’acuité que d’humilité, ils concourent puissamment à l’élévation du niveau de détail, en soulignant par exemple le martèlement d’une caisse claire assourdie (à partir de de 2’04’’), qu’ils assoient à sa place exacte dans le mix — un peu en avant et un peu appuyée, juste comme il faut pour relancer la scansion du track après le break — ou en donnant à sentir le boisé typique d’une guitare folk, les résonances propres de sa caisse… et procurant du même coup à l’auditeur ce genre de volupté audiophile qui double le plaisir purement mélomane, la jouissance de la seule musique.

La supériorité des FLC Technology dans le rendu des timbres s’affirme enfin pour ce qu’elle est — à savoir écrasante — dans le cadre de deux acid-tests utilisés assez fréquemment par la critique audiophile pour évaluer les performances des systèmes d’écoute en ce domaine : la restitution des cymbales (et du set de batterie en général) et celle des voix. Sur le « Still Born Prophet » de Nostromo, par exemple, les FLC8 délivrent une interprétation des coups de cymbale d’une magnifique justesse, pleine de piqué et de vélocité, « croustillante » en un mot, alors même qu’ils sont noyés dans le déferlement sonique de la section rythmique — tandis qu’ilss tintent de manière aigre et confuse sur les A83. C’est en fait tout le set de batterie du groupe suisse qui éclate pour ainsi dire de naturel sur les FLC Technology, et cela alors même que ces intras, comparativement aux Fidue, manquent d’attaque et de mordant sur ce titre : comme quoi, la pêche n’est pas le timbre… On remarque une nouvelle fois cette dichotomie dans le rendu du couple section rythmique/voix du morceau « The Package » d’A Perfect Circle que les A83 restituent de manière très tendue, sans rien de gras… mais sans beaucoup de substance non plus. La voix du leader, notamment, Maynard James Keenan, est nettement mieux reproduite par les FLC8 qui savent respecter sa suavité un peu rauque, sa profondeur gracile, immédiatement reconnaissable. Ce surcroît de finesse dans le traitement des timbres vocaux se remarque dans tous les genres écoutés pour ce comparatif, que ce soit donc le metal-prog d’A Perfect Circle, le folk de P. J. Harvey — dont la présence vocale, sur « One Line », prend avec les FLC Technology un côté presque tactile qui échappe quasi complètement aux Fidue — ou encore la chanson d’Ozark Henry, en particulier son « La Donna È Mobile » agrémenté de subtilités de production comme les delays qui créent tout un jeu de résonances autour de la voix du chanteur et que les FLC8, contrairement aux A83, nous permettent de suivre assez précisément.

De façon plus globale, la palette des timbres présente une plus grande cohérence sur les FLC Technology. Sur les Fidue, on a trop souvent l’impression que chaque instrument (ou source) a été produite différemment des autres, avec sa sonorité et ses réverbérations propres. Cela peut être un avantage dans le rendu des duos acoustiques, comme on l’a vu plus haut, mais cela n’en demeure pas moins un travers — et un travers fatiguant, qui plus est, le cerveau ayant parfois du mal à reconstituer un tableau cohérent des timbres à partir du signal délivré par les A83, ce qui peut se payer par une fatigue auditive insidieuse. Cette incohérence du rendu timbral des Fidue est particulièrement sensible à l’écoute des titres dont les interventions sonores se situent toutes plus ou moins dans le même registre, comme le « Byron Bay » de Transwave dont les synthés jouent tous dans le médium. Les A83 interprètent ce morceau avec beaucoup moins de finesse que les FLC8 et semblent plaquer sur les timbres de ses sources tantôt des acidités tantôt des surdités qui le font sonner de manière hétérogène et composent un ensemble disparate où l’aigreur et l’âpreté le disputent à la matité et au manque de clarté. Mais peut-être les Fidue souffrent-ils en l’occurrence des défaillances de leur rendu des médiums, en particulier de ses parties basses et hautes. Sur les FLC8 en tout cas, qui, comme on l’a vu, donnent à la fois plus de matière, de présence et de clarté à ce registre si important pour la restitution des timbres, ceux-ci s’affirment comme plus pleins et plus lumineux à la fois — ce qui leur permet, par exemple, de donner du « Juju » de Mouse on Mars, ce chef-d’œuvre d’electronica délicate et groovy, une interprétation bien plus savoureuse et précise à la fois, dans laquelle on perçoit mieux les qualités du travail de design sonore et de réglage des effets qui font tout l’intérêt (et le plaisir) de ce morceau.

A83 FLC8

Conclusion

Au final, donc, les FLC8 ont, dans le rendu des timbres, un naturel, une plénitude et une subtilité qui laissent les A83 assez loin derrière… Cette « évidence »-là, faite d’exactitude en même temps que de retenue, les Fidue sont assez loin de pouvoir y prétendre. Il y a là, je trouve, chez les FLC Technology, comme une forme de grâce ou, plus simplement, de maturité acoustique qui les propulse très haut au-dessus de leur gamme tarifaire.

3 réponses à “[Comparatif] Fidue A83 vs. FLC Technologies FLC8

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