Les Noble K10U (dont le test est disponible ici) m’avaient plutôt plu et c’est avec intérêt que je me suis penché sur ce qui est présenté comme leurs petits frères, puisque Noble remet le couvert avec un nouveau modèle nommé assez mystérieusement « Savant ». Voyons si le petit est aussi méritant que le grand […]

[Feedback] Noble Savant – le baby K10 ?

Les Noble K10U (dont le test est disponible ici) m’avaient plutôt plu et c’est avec intérêt que je me suis penché sur ce qui est présenté comme leurs petits frères, puisque Noble remet le couvert avec un nouveau modèle nommé assez mystérieusement « Savant ». Voyons si le petit est aussi méritant que le grand !

Son nom, à part dans la gamme, n’est pas le seul mystère qui règne autour de ce modèle, puisque le nombre de transducteurs reste inconnu. Alors que des constructeurs cherchent à rouler des mécaniques sur le nombre élevé de drivers stockés et en profitent au passage pour battre des records de tarification, Noble prend le chemin inverse avec ce modèle, en ne communicant strictement rien sur le design interne de la bête et se permettant même une tarification assez agressive : à peine la moitié de ce qui est demandé pour acquérir leur flagship, les K10 (ou Kaiser 10). Noble veut ainsi clairement que l’on juge leur Savant sur le son, et rien que sur le son. Tant mieux, car c’est mon intention aussi.

Point amusant : la version moulée est uniquement disponible en « prestige », une option cosmétique (et coûteuse) reléguant vos intras au statut de bijou précieux. Dans le but de garder le secret du nombre de transducteurs jusqu’au bout, l’option prestige n’offre aucune couleur translucide.

Futilités pratiques

Nous retrouvons le très bon packaging qui accompagne chaque intra universel Noble : la boîte de rangement type Pellican absolument incassable, un nombre très conséquent d’embouts en tout genre (silicone, mousse, doubles flanges, etc…de quoi trouver assurément son bonheur), un outil de nettoyage, des stickers Noble, une sangle en caoutchouc pour ceux qui utiliseraient un ampli portable en plus de leur DAP et… je crois que c’est tout.

Noble Savant (bundle)

Les intras, en eux-mêmes, reprennent la coque en ABS (matériau choisi pour sa plus grande résistance par rapport à l’acrylique) des autres intras universels Noble : noire, sobre, à la forme des plus efficaces et offrant un des meilleurs fit que je connaisse. Je regretterais un peu la finition qui présente quelques imperfections au niveau du bas de la jointure avec la faceplate (apparemment assez récurent). Rien de bien grave, mais je préfère le signaler. Enfin, le câble amovible, 2 pin, paraît assez standard sur ce genre de produit, mais a le mérite d’être très souple et pratique au quotidien. La carte du pragmatisme est jouée sur tous les plans et l’essentiel est bien là.

Baby K10 ?

Dès qu’ils ont pointé le bout de leur nez, les Savant ont très vite été qualifiés de « baby K10 ». Mais qu’en est-il vraiment ? Directement après leur première écoute, il m’a paru certes évident qu’il résidait une filiation entre les deux modèles, mais au fil des morceaux il m’a semblé de plus en plus biaisé de qualifier les Savant de baby Kaiser, tant l’approche générale du son est différente du flagship de la marque. Il me semble plus juste de prendre les Savant pour ce qu’ils apportent et pas pour une version au rabais des K10.

Noble Savant & Noble K10U

Tout d’abord, la signature générale des Savant m’a semblé très équilibrée, avec une petite emphase du haut-médium. Un rendu finalement assez éloigné du côté chaleureux des K10. Les Savant font plus la part belle aux médiums, un peu plus frontaux que sur les Kaiser. Le soundstage aussi s’est montré bien différent de celui du grand frère, avec des instruments plus regroupés et un peu moins éclatés sur les Savant ; avec moins de hauteur aussi. Enfin, la texture est la troisième grosse différence entre les deux modèles. Là où les K10 ont tendance à apporter pas mal de matière, voire à grossir légèrement le trait – j’avais utilisé l’image d’un bois verni dans mon test des Kaiser –, les Savant y vont un peu moins fort – sur la couche de vernis, donc –, offrant une texture générale peut-être un peu moins flatteuse que ce que l’on obtient à l’écoute des K10, mais aussi un peu plus fidèle au final. Il en résulte un rendu légèrement plus sec et rapide chez les Savant, comparé à l’extrême liquidité de la présentation des ainés.

Voilà pour les remarques générales entre les 2 modèles. Entrons maintenant plus dans les détails.

La cave

Clairement plus sage chez les Savant, mais en aucun cas moins technique. Je qualifierais la quantité des basses des Savant comme étant le juste dosage de basses équilibrées : aucun excès, mais aucun manque non plus. Elles n’impactent certes pas autant que celles des K10, mais ne pêchent jamais sur le plan technique : vitesse (un peu mieux que les Keiser), extension mais surtout grande linéarité. En effet, la transition basses/médiums est une des plus propres que j’ai pu entendre sur des intras multi BA aux côtés de Shure 846, d’Angie ou de Layla. Là encore, on perd un peu en matière et assise par rapport aux K10, mais on gagne sur le reste. J’ai finalement vraiment apprécié les basses des Savant et leur présentation très rigoureuse. Clairement dans le haut du panier de ce que peuvent faire des écouteurs multi BA. Après, si vous êtes un basshead invétéré, il se peut que ces dernières ne soient pas suffisantes en termes de quantité et d’impact. Les basses des Savant ne viendront jamais s’imposer sur le devant de la scène encore une fois.

Malcolm

Les médiums sont eux aussi une grande réussite. Ils vont occuper plus d’espace que leurs homologues sur les K10, mais se montreront dans le même temps un peu moins chaleureux, avec un bas-médium un peu plus discret notamment. Les médiums des Savant constituent une sorte de paradoxe, avec à la fois un côté très ciselé, ultra détaillé – limite tranchant –, tout en arrivant à occuper l’espace de façon remarquable et rester euphoniques. Là aussi, j’ai personnellement beaucoup apprécié en comparaison des médiums des K10, parfois très légèrement contenus.

Noble Savant

À l’instar des basses, le côté liquide est légèrement abandonné pour une approche un peu plus brute. Mais cette ouverture des médiums a aussi un prix, qui se traduit par une emphase sur le haut-médium qui pourra de temps à autre s’avérer un peu exagérée, voire piquer un peu. Cela me rappelle vaguement la présentation du haut médium des Shure 846, notamment avec le filtre blanc. Il devrait être possible d’arranger ça avec une source un peu chaude, j’imagine (j’ai réalisé les tests exclusivement avec un AK120II, DAP réputé très neutre). Reste que là où les K10 avaient une transition entre les médiums et les aigus d’une parfaite maîtrise, sans jamais agresser, rendant le fleuron extrêmement versatiles, les Savant vont se montrer un peu plus capricieux.

Au-dessus…

On reste dans le même esprit niveau texture des aigus, c’est-à-dire un peu moins de liquidité que sur les K10 et un peu moins de matière au profit d’un rendu peut-être un peu plus naturel. L’articulation m’a paru légèrement inférieure à celle des K10, il en est de même pour l’extension, même si ça reste de très haute volée. L’intégration se fait de façon très agréable et sans coupure avec les médiums. Comme indiqué plus haut, une petite bosse se fait sentir dans cette transition qui pourra en faire parfois un peu trop. Les aigus des Savant offrent aussi une présence plus importante que sur les K10. Ce point-là est assez flagrant. Donc si vous trouviez les aigus des K10 un peu trop timides à votre goût, ceux des Savant risquent de plus vous plaire. Leur grande rapidité permettent un rendu des micros détails très fourmillant et ne décevront pas les amateurs de grosses résolutions. Énergie, performance et un certain naturel sont les maîtres mots.

Sur scène

L’approche de la scène sonore des Savant est très différente de ce que proposent les K10. À la fois moins éclatée que sur les Kaiser et plus directe, les sensations sont bien différentes du flagship. La profondeur demeure en dépit de la quantité de basses à la baisse, de même que le côté aérien me paraît plus travaillé sur les Savant, en raison certainement des petites emphases dans le haut-médium et des aigus plus prononcés. Les instruments paraissent donc plus regroupés et plus proches. Une présentation un peu plus entraînante je dirais, qui me rappelle pas mal les Shure 846. Les K10 me paraissent un peu plus à l’aise sur les grands ensembles par leur capacité à détourer les instruments assez redoutable, alors que les Savant me paraissent plus à l’aise sur des formations plus réduites, procurant une meilleure immersion.

Noble Savant

Timbres, harmoniques et autres remarques en vrac

Niveau timbres et harmoniques, là encore les Savant arborent des capacités techniques dignes des meilleurs. À l’instar des grands frères, la richesse harmonique brille par sa présence, et aucun manque réel ne va se faire sentir de bas en haut. Cependant, les K10 me semblent un peu plus à l’aise dans ce domaine, notamment dans les aigus où le raffinement harmonique surpasse d’une légère tête celui des Savant. Cela est certainement dû à leur approche très liquide, bien en chair, là où les Savant n’en rajoutent pas. Les amateurs d’infra-basses pourront aussi plus facilement détecter les harmoniques sur les K10, même si tout est présent dans les Savant aussi. Les timbres des médiums vont se présenter de façon assez différente, légèrement moins appuyés sur les K10, mais avec plus d’assise, d’une coloration un peu sombre, là où les Savant vont avoir une coloration plutôt du côté aérien. Les deux ne sont pas parfaitement neutres, et offrent en fait de légères tendances opposées. Pas mal de viande pour les K10 et une orientation plutôt aérienne pour les Savant.

Versatilité

Les Savant, comme envisagé précédemment, peuvent se montrer, dans quelques occasions, un peu capricieux : à cause de leur légère bosse dans le haut-médium, mais aussi de leur côté très ciselé. Ils vont avoir tendance à décortiquer l’enregistrement et balancer les clipping en pleine face. Donc logiquement ils vont briller sur les albums les mieux produits, là où les K10 ont, eux, une grande faculté à faire tout sonner bien, et ce peu importe le genre ou la qualité d’enregistrement, en dépit de leur extrême transparence. Les Savant vont avoir tendance à être un peu plus difficiles à vivre et un choix de source adaptée me semble assez primordial. Les écoutes ont toutes été réalisées avec le très neutre AK120II, mais je ne pense pas que ce soit le combo le plus recommandable pour les Savant. Je verrais mieux quelque chose d’un peu plus chaud, qui calme légèrement la partie haute du spectre, comme un AK100II, un Lotoo PAW 5000 ou encore un Cowon Plenue 1, a priori. A priori seulement, parce que je n’ai pas eu l’occasion de vérifier cela en pratique.

Noble Savant

Concernant les genres / instruments préférables ou à éviter avec les Savant, je dirais que les musiques acoustique et vocale sont les domaines où ils se retrouvent le plus à l’aise. Sur du rock et dérivés, les guitares électriques peuvent vite en faire un peu trop si, encore une fois, l’enregistrement est approximatif. Quand les conditions sont réunies, je dois avouer avoir préféré souvent les Savant aux K10, mais ça reste une appréciation assez personnelle. Les Kaiser, au final resteront moins prise de tête, plus faciles à vivre au quotidien, et donneront un résultat avec peu de failles dans la plupart des cas. Mais encore une fois tout ça va dépendre de votre sensibilité à telles ou telles fréquences. Chez moi, les Savant vont parfois flirter avec l’agressivité, sans jamais vraiment y entrer, mais ça ne pourra pas être le cas de tout le monde.

Le mot de la fin

Que dire de plus, si ce n’est que Noble frappe un grand coup avec ces Savant, techniquement assez irréprochables, venant sans souci rivaliser avec les meilleurs multi BA du marché, toutes gammes tarifaires confondues. Des intras qui, bien mis en œuvre et sur les meilleurs enregistrements sauront délivrer un plaisir d’écoute assez monumental, mais pourront s’avérer un peu chieurs à quelques occasions en en faisant un poil trop dans le haut médium. Je saluerai aussi leur gestion des crossovers remarquable, ainsi que leur cohérence générale. Plutôt neutres mais pas stériles pour un sou, je me dis que, pour la tarification affichée, le rapport qualité-prix est vraiment là et fait réfléchir quand on les compare à des modèles dépassant la barre des 1000 brouzoufs.

Noble Savant

Pour peu que vous accrochiez à la philosophie des Savant, nous voilà définitivement en présence d’un must have, bien loin d’un sous-modèle de K10. Vraiment hâte de voir ce que nous réservera par la suite Noble, et très heureux de voir le chemin qu’ils ont emprunté, à l’opposé de la surenchère tarifaire, sans compromis qualitatif sur le plan sonore. En tous cas, avant de vous jeter sur le flagship K10, je ne saurais trop vous conseiller d’essayer aussi les Savant avant toute décision hâtive, il se peut que ces derniers aient votre préférence…

7 réponses à “[Feedback] Noble Savant – le baby K10 ?

  1. Très beau test comme d habitude je dirais.
    J aimerais bien les croiser pour les tester et pour certainement les garder.
    Merci encore SpaceCowboy

    1. Merci pour ce feed! Je te rejoins en tout point.. C’est vrai qu’il ne lui faut pas coller n’importe quel dap, et avoir de très bon enregistrement voire du Hi-Res ( 24/32bit).
      Mais ton test m’a surtout donné envie d’avoir les K10U, mais à 1000$ de plus… voila quoi :p
      Mais justement, niveau tarif et par rapport à ses performances, ils sont juste imbattables!
      Merci de me les avoir conseiller!

  2. Une fois de plus, un superbe feedback SC.
    Ta conclusion est particulièrement juste et résume bien tout le potentiel de ces intras.
    Si tous les fabricants d’intras pouvaient suivre la même philosophie, ce ne serait pas pour me déplaire :D

  3. J’ai eu le plaisir de tester ces fameux « Savant » vendredi, je dois reconnaître que c’est costaud comme rendu . Quelle largeur, richesse, ils m’ont donné l’impression d’un superbe équilibre général. Que ce soit sur le AK Jr, le AK100ll , le HA2, rien à dire c’est beau … Moi qui n’aime pas les câbles autour de l’oreille même sur ce point je dois avouer qu’ils sont hyper facile à placer, rien à voir avec ce que j’ai vécu sur ma semaine en compagnie des SE-846 !

    Merci pour ce retour Spacecowboy

  4. Merci pour vos commentaires!
    DZ: je sais pas trop si on peut vraiment considérer les Savant comme un upgrade naturel des FLC8 étant donné que les FLC8 sont des hybrides et offrent un feeling d’écoute difficile voir impossible à retrouver dans du multi BA. En upgrade des FLC8 je verrai peut-être plus quelque chose comme les UM Macbeth qui viennent de sortir et à peu près au même prix que les Savant et avec une signature équilibrée mais à la sauce hybride.

    Darktores: oui moi aussi je suis plus confortable avec les Savant qu’avec les 846 qui avaient un confort « gérable » mais pas exceptionnel.

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