Shure revient en trombe sur le devant de la scène audio nomade. Forte du succès des SE846, la société allemande relève cette fois un vrai défi avec leur nouveau porte-étendard, embarquant une technologie surprenante pour des intras : l’électrostatique. Après Stax et leur premier essai sur le SRS-S005S, Shure propose un produit bien plus abouti, […]

[Feedback] Shure KSE1500

Shure revient en trombe sur le devant de la scène audio nomade. Forte du succès des SE846, la société allemande relève cette fois un vrai défi avec leur nouveau porte-étendard, embarquant une technologie surprenante pour des intras : l’électrostatique. Après Stax et leur premier essai sur le SRS-S005S, Shure propose un produit bien plus abouti, mais également bien plus onéreux. Au programme : du très haut de gamme, des prouesses techniques, et peut-être enfin une réelle innovation en matière d’approche sonore sur des intras. C’est ce que je vous propose de découvrir à bord du vaisseau KSE1500…

Présentation

Les Shure KSE1500 ont été présentés, lors de leur lancement, comme les premiers intras au monde à technologie électrostatique. Très vite, certaines réactions de passionnés se sont exprimées pour démentir cette affirmation en indiquant que Stax avait en son temps déjà fabriqué des écouteurs électrostatiques nomades.

En fait, tout le monde a raison. Car si Stax a effectivement fabriqué les premiers écouteurs dit « nomades » électrostatiques, le SRS-005S, « l’essai » ne rentre pas à proprement parler dans la catégorie des intras comme on les connait aujourd’hui. C’était en fait plus un casque « bouton » avec des embouts et un arceau de tête.

Stax - intra électrostatique

De plus, l’appellation « nomade » est difficile à valider, car il héritait des mêmes limitations et inconvénients que ses ainés sédentaires, à savoir un ampli spécifique, mais surtout difficilement transportable. Ce produit n’était donc, de par sa conception, ni réellement un intra, ni réellement nomade.

Shure, en tant que spécialiste audio de studio (microphones…), mais aussi connu pour ses intras de bonne facture (SE846) s’est donc penché sur le problème (à l’aide de Stax d’ailleurs) afin que cette technologie soit réellement utilisable en nomade.

L’électrostatique

Petit rappel, sans entrer dans les détails, du fonctionnement peu connu du grand public de cette technologie et cantonné à certains casques sédentaires et enceintes acoustiques.

Certaines marques d’enceintes, comme Magnepan ou Quad, utilisent depuis longtemps, et avec succès, des haut-parleurs électrostatiques à grande surface. Mais, pour ma part, exceptée une écoute d’un système Martin Logan Statement m’ayant laissé, il y a fort longtemps, de grands souvenirs, je n’ai jamais été un fervent admirateur des enceintes électrostatiques. Certes, le fonctionnement en dipôle et la grande surface de rayonnement amenaient effectivement des qualités indéniables à la scène sonore, mais la technologie même de l’électrostatique n’était pas aussi performante pour les fréquences graves. Ce registre avait besoin d’une surface très grande pour rendre l’énergie demandée (souvent relayé par de l’électrodynamique de ce fait..), tandis que les hautes fréquences n’avaient pas un rendu aussi fin et délié que sur les meilleurs transducteurs à dôme ou ruban. La grande qualité de l’électrostatique se révélait en revanche dans la qualité du médium, très riche, avec une grande résolution, un niveau de détail et une texture surprenants.

Pourquoi est-il si compliqué de confectionner un intra électrostatique ?

Sur une enceinte, pour résumer grossièrement, l’électrostatique emploie une membrane (conductrice) qui est placée entre deux grilles faisant office d’électrodes. Ces grilles, perforées (Martin Logan), laissent passer le son reproduit. La tension alimentant cette membrane devant être très élevée, elle implique l’emploi d’un amplificateur très spécifique pour l’alimenter. De plus, il faut alimenter chaque grille (recto et verso) du même signal, mais en inversant les phases entre les deux afin que le système de pulsion / répulsion se produise (sinon il s’annulerait).

Les avantages

Le gros avantage provient du fait qu’il n’y a pas de masse mobile à déplacer, contrairement à l’électrodynamique, ce qui donne une extrême rapidité de reproduction. La même énergie est également répartie sur toute la « dalle » électrostatique, sans perte. Et comme il n’y a pas de caisse, il n’y a donc pas non plus de résonnance ou de coloration qui seraient dues au coffret. Idem donc pour les effets de bords et de diffraction. Car le fait d’encastrer un haut-parleur sur une surface (baffle) implique une modification de la courbe de réponse de ce HP. Cette modification sera différente selon la taille du baffle support et le placement du haut-parleur (centré, décalé etc..) sur ledit baffle. C’est l’effet de bords. La diffraction est une autre conséquence du baffle sur la courbe de réponse du haut-parleur, mais provoqué par les arrêtes du baffle.

Les inconvénients

Ils existent et sont importants.

Le faible déplacement d’air produit par cette membrane implique une grande surface d’émission pour reproduire les fréquences graves avec du niveau. Pour la même raison, la directivité est également très prononcée. La sensibilité est par ailleurs faible et demande donc des amplificateurs puissants, mais aussi capables de descendre très bas en impédance.

Maitriser cette technologie pour la mettre dans un intra s’avérait donc être un véritable défi. Shure a ainsi annoncé qu’il leur a fallu pas moins de 7 ans pour mettre au point les KSE1500.

Le prix qui découle de l’emploi de cette technologie coûteuse – voire élitiste pour l’heure – est décourageant pour la plupart des audiophiles : 3000€. Néanmoins, pour ce prix, le futur propriétaire pourra s’affranchir de l’achat d’un ampli et DAC… Même s’il vous faudra prévoir d’ajouter une source (téléphone, baladeur, tablette, ordinateur, etc.).

Ces KSE1500 se présentent donc comme un système complet, quasiment livrés clés en main, plutôt qu’une simple paire d’écouteurs.

Déballage

À l’ouverture, on découvre une paire d’intras très ressemblants aux SE846 de la marque. Ils sont livrés avec un ampli de faibles dimensions, qui fait également office de DAC. De par sa taille, la portabilité et le nomadisme seront donc bien possibles.

Les accessoires sont nombreux : Chargeur USB, câble micro-USB-Lightning, câble micro-USB, câble jack 3.5mm 15,2cm, câble jack 3.5mm 92cm, étui de transport cuir, adaptateur avion, atténuateur, attache câble, lingette de nettoyage.

Un câble propriétaire, assez épais, relie l’ampli aux écouteurs. Il se termine par une prise ronde qui semble assez solide, mais qui ne peut être pliée, en plus d’être imposante. La connexion est bien pensée. Un petit détrompeur permet de bien présenter le câble à sa prise, et il ne se débranche que si l’on tire légèrement le cercle gris cranté sur la prise. Cette sécurité est la bienvenue. La gaine fait sérieuse, mais le câble dans son ensemble est assez imposant, un peu trop rigide et parait lourd.

Shure

Shure

L’ampli possède une entrée jack 3.5 analogique et une entrée USB qui accepte le flux numérique d’un ordinateur, mais aussi des iPhone et autres appareils Android.

Sur la face avant, le contrôle de volume s’effectue par une molette crantée de bonne qualité. Juste à côté, une diode indique l’état de la batterie (vert : c’est encore bon, rouge, c’est trop tard).Sur cette même tranche, on retrouve l’entrée jack analogique 3.5 et la prise casque des KSE.

Shure

Sur le coté gauche, se situe le bouton On/Off, qui fait également office de retour en arrière dans les menus et le sélecteur Hold (blocage des boutons). Sur la tranche arrière, enfin, vous trouverez l’entrée micro-USB (qui fait office de connecteur de charge) et le sélecteur d’entrée USB / line.

Shure

Contrairement à l’ampli SH900, celui des KSE est noir, tout comme les intras. Une seule couleur est disponible.

Shure

Le corps des intras a la même physionomie que les 846…en un peu plus gros. Dans mes oreilles, il s’est logé parfaitement, et cette configuration permet d’avoir les intras qui ne ressortent pas en relief de l’oreille. Esthétiquement je trouve cela d’une discrétion avantageuse.

Shure

Fiche technique

Techniquement, Shure annonce les données suivantes :

Transducteur électrostatique :

  • Connecteur Type LEMO
  • Pression SPL max (1 kHz at 3% THD) : 113 dB SPL
  • Réponse en fréquence : 10 Hz – 50 kHz
  • Poids : 44 grammes

Amplificateur DAC :

  • Entrée numérique : 16-bit / 24-bit
  • Fréquence d’échantillonnage supportée : 44.1 / 48 / 88.2 / 96 kHz
  • Rapport signal/Bruit : 107 dB
  • Plage de gain ajustable : -40 dB à +60 dB
  • Limiteur sélectionnable analogique RMS
  • Egaliseur paramétrique 4 bandes
  • Entrées : USB / micro-USB
  • Entrée ligne : 3.5 mm
  • Chargement USB : 5 V/0.5 A à 1 A
  • Châssis aluminium anodisé noir
  • Poids net : 182 grammes
  • Dimensions : H 111 x L 59 x P 21 mm
  • Compatible : Mac, PC, iOS et Android
  • Autonomie :
    • Entrée analogique (BYPASS EQ mode) : jusqu’à 10 heures
    • Entrée USB analogique (EQ mode) : jusqu’à 7 heures

Shure

Utilisation nomade

La batterie tient actuellement la charge pendant 2-3 jours, à raison de 3h d’écoute quotidienne. On rentre à peu près dans les caractéristiques annoncées par Shure, tout en étant quand même en dessous.

Je vous livre ici les points quelque peu négatifs que j’ai pu constater dans une utilisation quotidienne nomade :

  • Shure livre des élastiques afin de bloquer la source contre l’ampli/DAC,afin qu’ils ne forment qu’un seul bloc. Mais cet élastique semble un peu grand pour correctement fixer à l’ampli un appareil qui sera fin (un téléphone par exemple).
  • De même, j’ai trouvé dommage que l’entrée numérique micro-USB ne soit pas sur la même tranche que la prise casque. Cela s’explique bien sûr par un manque de place, mais le fait de mettre son bloc source + ampli/DAC dans une poche contorsionne le câble reliant la source et le DAC et tort les connecteurs ; tout cela n’est pas forcement pratique, et constitue un risque d’abimer son matériel.
  • La prise casque imposante non coudée n’est pas non plus très pratique dans le quotidien, en balade.
  • Toujours concernant le câble, sa rigidité ne s’avère pas très confortable pour le tour des oreilles. Elle se répercute d’ailleurs sur les intras, qui peuvent perdre un peu de leur stabilité quand le câble frotte contre les cols de veste/blouson par exemple.
  • Sur l’ampli, j’aurais également préféré une molette de volume avec plus de précision et d’étendue. Mon volume idéal s’est souvent situé entre deux crans.
  • Shure a eu la merveilleuse idée d’intégrer un EQ paramétrique 4 bandes à l’ampli/DAC. Très simple d’utilisation (molette et touche sur le coté gauche), l’Eq propose des présélections, mais également 4 User personnalisables. On choisit alors la fréquence charnière, le Q (pente) et le niveau. Très bien pensé et très pratique.

Fit / isolation / confort

Les intras universels doivent pouvoir se caler correctement dans les oreilles de son propriétaire, sans avoir à les remettre en place sans arrêt. Pour cela, il faut une bonne adéquation entre la taille des embouts, la matière de ceux-ci et leur forme. Ensuite, le corps de l’intra doit pouvoir se loger sans être douloureux (même à la longue),être trop lourd, etc.
L’isolation doit par ailleursêtre au rendez-vous (et égale de chaque coté). Le câble, enfin, ne doit pas être trop lourd ou rigide et ne doit pas présenter de bruits microphoniques (ou peu).

Après avoir essayé tous les embouts livrés, j’ai conservé les mousses à mémoire de forme de taille L. Acoustiquement, c’est le meilleur résultat que j’ai obtenu. Le corps de l’intra s’est tout de suite logé correctement contre mon oreille. Pour les embouts, j’aurais aimé que Shure pense aux gros conduits et propose ces mêmes mousses en taille XL, ce qui m’aurait encore mieux convenu. Je dois souvent remettre en place et renfoncer les KSE, chose ô combien désagréable au quotidien.

Shure annonce une isolation de 37 dB. Le problème, comme pour beaucoup de paramètres techniques annoncés par les fabricants, c’est que pour 99% des utilisateurs, les résultats annoncés sont invérifiables. De mon point de vue, ils isolent comme un moulé, ou un bon intra. Mais si la moyenne des bonnes isolations se situe autour de 25 dB, on doit se retrouver dans ces mêmes niveaux et non 37 dB. À part la conception intrusive profonde (Etymotic), il est difficile de comprendre comment Shure peut avancer une isolation supérieure de plus de 10 dB à celle des 846, pourtant de conception similaire. Je n’ai donc pas été bluffé par leur isolation, mais cela n’empêche pas le résultat d’être très bon, pour peu que l’embout fasse bien office de bouchon.

Le confort dépendra encore une fois de chacun. Le poids et la rigidité du câble n’amènent pas d’avantages pour sur ce point, vous l’aurez compris. De plus, il émet quelques bruits microphoniques, sans que cela soit trop dérangeant toutefois. Mais me concernant, le confort de l’intra m’a semblé très satisfaisant.

Shure

Écoute

Un ami du forum de Tellement Nomade avait eu la chance de les écouter et m’en avait fait un retour assez dithyrambique. Je le tiens donc personnellement responsable du crédit sur 25 ans que j’ai dû contracter pour cet achat totalement irresponsable.

En lisant d’autres avis, je trouvais néanmoins des opinions plus contrastées, qui tendaient vers une réflexion de type « on s’attendait à mieux ». C’est vrai que lorsque l’on achète ce type de matériel, dans une telle gamme de prix, les attentes sont forcément grandes.

Pour la configuration d’écoute, j’ai relié un iPod Classic 7th génération en line out analogique sur l’entrée analogique de l’ampli. Tous les fichiers ont été écoutés ont été losless.

Playlist

– Je débute par Human Nature de Michael Jackson de l’album Thriller (1ère édition donc non remasterisée).

Ma première impression fut une immense déception. Effectivement, comme je l’avais lu, pas d’effet kiss cool, pas d’effet wahouuuu. Je trouvais le rendu assez neutre, voire plat. Les premières secondes m’ont paru totalement quelconques, comme tout bon intra. L’attente inconsciente d’être scotché par un intra de 3000€ à technologie innovante fut balayée d’entrée.

Pendant ce temps, dans mes oreilles, Michael Jackson, lui, il faisait sa vie (de mauvais goût, oui, je sais..), et continuait sa partition tranquillement. Très vite néanmoins, je m’aperçois, que la séparation des différentes pistes mixées par Bruce Sweiden est bien perceptible, que la mélodie des synthés devient évidente, sans avoir à porter son attention dessus. Je me retrouve face à une écoute un peu holographique dont je n’avais pas l’habitude avec des intras. Fait anormal, surtout en phase de test et sans m’en rendre compte, je prends simplement plaisir à écouter le morceau jusqu’à sa fin. Je commence à percevoir une évidente fluidité. L’écoute se fait à un niveau de 17-18 (1ère édition de l’album de 1982 donc enregistrement assez bas). Et je commence à ressentir ce que je vais apprécier par la suite. J’ai pu sans me concentrer suivre presque chaque piste mixée comme si je les entendais séparément, et cela avec une fluidité évidente sur l’ensemble. Là, ma curiosité était piquée…

– Je continue avec la reprise de Cream, Sunshine Of Your Love sur l’album Simple Pleasure de Bobby Mc Ferrin.

Cet album vocal est souvent un cadeau pour tout système audio. La prise de son est excellente, il n’a pas de construction complexe, le mixage est très bien fait, la dynamique y est avantageuse et l’effet holographique est très présent naturellement dans le mixage. Sur les premières notes vocales du célèbre riff de guitare, j’ai de meilleurs souvenirs avec d’autres intras qui possédaient une spatialisation plus flatteuse. Ici, une nouvelle fois, pas de démonstration de force, les claquements de doigts et autres effets vocaux stéréophoniques de Bobby Mc Ferrin ne sont pas très généreux, ni flatteurs.

Tout au long du morceau, il y a néanmoins une transparence évidente, qualité commune au 1er morceau écouté, mais j’ai eu entendu ces claquements de doigts plus percutants, plus fins dans l’aigu. Je reste donc un peu méfiant, et je les regarde encore en coin, attendant de voir ce qu’ils peuvent me livrer. Au fil du morceau, je reconnais encore une fois qu’il se passe quelque chose de vraiment différent et je me laisse guider jusqu’à la fin du titre sans avoir envie de zapper. Je me fais doucement apprivoiser par cette résolution du médium hors du commun. Et même si j’aurais aimé entendre un aigu plus prolongé, plus fin, les notes s’étendent quand même plus longuement dans le médium comparées à d’autres intras, grâce à un écho naturel qui tranche avec les harmoniques liées à une extension surfaite en haut que l’on retrouve chez d’autres concurrents.

Cet effet caméléon des KSE, gage d’une extrême transparence, se confirme. On accède à bien plus de détails dans la prise de son. Mais ces détails ne sont pas mis en exergue parune écoute chirurgicale, car ils se mélangent à cette séparation des pistes mixées quasi évidente et à cette grande fluidité. Je commence à percevoir les bienfaits de la rapidité de l’électrostatique sur des intras. Ce type de membrane est tellement rapide qu’elle semble fournir toutes les fins de note et nuances de chaque prise de son comme rarement entendues sur un intra. La scène sonore parait également très juste, très réaliste. Les KSE offrent une écoute ni « in-head » ni « laid back », mais vraiment entre les deux. Ils proposent par ailleurs une excellente transparence et n’enjolivent jamais, ce qui peut rendre perplexe lors des premières secondes d’écoute. On se plait finalement à redécouvrir chaque enregistrement comme si on mixait soi-même en studio le morceau.

– Le prochain titre est également un morceau a cappella, Tom’s Diner de Suzanne Vega dans sa version d’origine.

Autre petite déception dans les premières secondes sur cette voix : elle manque un peu de cette ouverture que j’ai quelquefois rencontrée sur d’autres systèmes. La faute à ce petit manque de flatterie en haut. Mais je reconnais une nouvelle fois, dans ce médium quasi parfait, que la réverbération se mélange parfaitement à son phrasé. En matière de résolution globale, ces KSE passent un cap et laissent derrière toute la concurrence. Chaque titre écouté déçoit lors des premières secondes, mais les KSE proposent un niveau de détail sur l’ensemble du spectre au dessus de nos références habituelles.

– Je poursuis avec « Angel Band » tiré du film O’Brother. La séparation stéréophonique des jeunes voix féminines est ici rendue admirablement ! On distingue chaque voix l’une de l’autre, sans effort, en pouvant suivre chaque phrasé, ce qui reste pratiquement impossible sur d’autres intras, même très haut de gamme. Cette séparation devient alors assez bluffante. Une nouvelle fois, on ne se pose aucune question sur l’équilibre des différents registres. Le naturel rend l’écoute très facile et on se concentre sur cette fluidité et cette séparation des pistes. Il y a un effet 3D naturel dans cet électrostatique et grâce au driver unique, il n’y a aucun accident sur la courbe de réponse. Repasser le même morceau sur des H8P, ou même un T5P peut vite donner une impression de « brouillon », ou de « voilé » en comparaison.

– La prochaine étape confirmera que ces KSE ne sont définitivement pas des intras comme les autres, mais bien au dessus de la concurrence. Ce sera Georges Brassens, avec son fameux Les Copains d’abord.

Les guitares, de chaque côté, se mélangent et se distinguent parfaitement : ça, beaucoup de bons intras savent le faire. Mais la voix de Brassens m’apparait alors d’un naturel réellement évident, et terriblement humaine. On a l’impression d’assister à l’enregistrement, c’est guttural, il y a du grain, et surtout une absence de coloration : le son n’est ni chaud ni montant. Sur le pont, le gazou achève définitivement cette séduction évidente. La profusion des détails de la prise de son reste une grande force de ces Shure.

– Sur l’album de Vanessa Paradis « Love Song », la voix de la chanteuse ressort avec énormément de naturel et de justesse. Sur beaucoup d’autres intras – et même de casques –, la voix de Vanessa peut facilement paraitre sur-mixée à l’écoute de cet album, ce qui lui fait perdre son naturel, mais ici, les Shure lui redonnent un très bel équilibre, un rendu très humain et palpable.

Attention toutefois, sur certaines pistes, comme « La Chanson Des Vieux Cons » où vers la 30ème seconde, le « S » du phrasé « Tant que l’on ne Sait pas le coup de frein » distord très facilement à partir de 17 sur l’échelle du volume. Il faut redescendre en dessous (15-16) pour ne plus être gêné par cette saturation.

D’autres morceaux, dont le mixage frôle le 0 dB la plupart du temps, saturent si l’on a envie de pousser le volume un moment par simple plaisir de s’enivrer.

Et sur d’autres titres (Billie Jean ou Who Is It de Michael Jackson), il n’est pas forcément utile de pousser très fort le volume pour que la distorsion se fasse de nouveau entendre sur les S du refrain de Who Is It ou sur l’effet buccal gauche-droite synthétisé de Jackson lors de l’intro de Billie Jean.

Ce flagship de Shure n’est donc pas taillé pour de l’écoute à fort niveau. Il vaudra donc mieux laisser aux vestiaires son envie d’écouter le tableau des expositions de Moussorgski à niveau réaliste.

Line in analogique vs USB

Force est de reconnaitre que l’écoute en DAC/ampli via un pc (pilote Asio) ou même un iPhone améliore encore le rendu par rapport à la sortie analogique d’un iPod.. En fonction DAC, on retrouve le même rendu sonore, avec le même équilibre, mais en un peu meilleur encore. À choisir, il est préférable de privilégier l’entrée numérique. Mais une bonne line out analogique fixe excellera sans rougir et il n’est absolument pas nécessaire de rentrer en USB pour quand même profiter pleinement des KSE.

Grave, médium, aigu..?

Je n’ai effectivement pas souhaité de prime abord décortiquer les registres habituels (graves, médium, etc.), car on se retrouve ici face à une unité sonore qui ne donne pas forcément envie d’analyser ces différents plans individuellement, mais plutôt de se laisse porter par une transparence et un naturel assez enivrants.

Mais si je devais tenter de déterminer sa courbe de réponse, il est évident que les Shure font preuve d’une grande droiture, de bout en bout, sans privilégier aucune partie du spectre. Je n’emploierais pas le terme de neutralité, car le terme est équivoque, et renvoie souvent le lecteur à un son au final plutôt typé froid ou chaud. Ce n’est pas le cas des KSE. Je les définirais plutôt comme extrêmement transparents.

Ils ne manquent pas de grave : on entend même des détails que l’on ne percevait pas avant sur les lignes de basse par exemple. Ce grave est très détouré, et comme chaque piste mixée se détache du reste, on perçoit de toute façon bien mieux toutes les subtilités, même sur le haut grave. Bien sûr, beaucoup d’intras savent se faire plus impressionnants, avec plus d’impact, et avec une sensation de puissance non dissimulée. Mais ce n’est pas le cheval de bataille des Shure, qui recherchent plutôt la subtilité, le détail.

Quant au médium, c’est à ce jour le plus transparent et le plus juste que j’ai pu écouter sur des
intras. C’est un médium très droit, et la technologie de l’électrostatique amène cette absence de coloration qui favorise le rendu réaliste et très humain sur les voix.

L’aigu pourrait être plus montant, plus fin et aéré (ce serait mon seul reproche sur la bande passante), mais il fait néanmoins totalement corps avec le reste du spectre. Certaines sibilances ont pu me gêner quelques fois, mais cela reste suffisamment rare pour ne pas en faire un défaut.

Il existe également d’autres intras (ouverts) qui démontrent des talents de spatialisation comme sur les Tralucent 1+2, mais ces KSE offrent une scène sonore encore une fois non ridicule et surtout vraiment surprenante de réalisme. Chaque instrument se retrouve parfaitement dans cet espace ni trop étriqué ni trop large pour eux. On a cette sensation d’avoir le vrai placement des interprètes. Ni frontal, ni laid back, mais plutôt le juste milieu.

Shure

Conclusion

Les KSE1500 offrent une écoute hors norme dans le monde des intras : une écoute au sens noble du terme. Car lorsque l’on a simplement envie d’un rendu plus flatteur, fun, de se laisser emmener par un aigu très fin, de se remplir les oreilles de décibels, ou d’un grave plus généreux, ce ne sont pas les meilleurs clients.

Amateurs de sensations fortes, ce n’est pas ce qu’il vous faut. Mais pour une écoute ultra transparente, ou l’enregistrement retrouve sa vraie place, sans flatter l’oreille, ces KSE passent un cap dont il sera difficile de revenir. Sur ce terrain, tous ses concurrents sont bel et bien distancés.

Les – :

  • Principe du système propriétaire, donc impossible de tester un autre câble ou ampli pour améliorer et faire évoluer le système
  • Câble imposant et quelque peu trop rigide et lourd
  • Allez… un poil plus de niveau dans l’extrême aigu à partir de 10 khz
  • Entrée du DAC de l’autre coté de la prise casque (peu pratique)
  • Une meilleure tenue en puissance des intras
  • Faits pour une écoute au calme
  • Déception quasi assurée lors des premiers instants pour qui s’attend à un rendu flatteur
  • Réglage de volume qui manque de précision
  • Le prix !

Les + :

  • Très haut niveau d’écoute général. Comparée aux intras que j’ai testés jusqu’ici, la concurrence est laissée loin derrière ; enfin un vrai cap franchi en matière de technologie !
  • Énorme transparence sur toute la bande passante
  • Séparation inhabituelle des pistes mixées pour un si petit écouteur…
  • Une qualité d’écoute de ce niveau peut balayer plein de petits défauts ergonomiques, car comment revenir en arrière après…

4 réponses à “[Feedback] Shure KSE1500

  1. Merci pour ce test complet et ou je me retrouve assez sur une expérience cependant moins conséquente se limitant au stand Shure au High-end de Munich.

    Les + :

    – Design sonore de très grand cru, j’ai pour ma part jamais rencontre sur aucun IEM du marche un tel impact, une rapidité sans équivalent. De plus les silence, les ambiances sont de très haut niveau.
    – Puissance de feu démoniaque si on utilise la sortie analogique en jouant sur le niveau de sortie du player
    – Amplificateur de volume et poids contenu

    Les – :

    – Câble trop rigide et non détachable
    – tarif réservé aux personnes pouvant vivre leur passion sans contraintes

    Conclusion :

    Grosse surprise, c’est d’ailleurs mon coup de coeur en nomade sur le salon car bien qu’étant très couteux si l’on rapporte le tarif de l’ensemble de cet équipement il procure des sensations que certains délires d’IEM à 2500 Euro ne sont pas capable de distiller !

  2. Faire l’essai d’un intra de 2800€ avec un fichier MP3 sur un Ipod est illogique, il aurait fallu l’essayer avec un fichier haute définition sur un bon lecteur type Astell pour avoir une idée correcte du rendu

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