Message Re: Hifiman HE-1000 - la Version 2 29 Oct 2016 21:47

Épisode VII: La menace du fantôme

Et non, le fantôme en question n’a rien à voir avec Ghost Busters – encore moins avec sa nullissime et récente resucée! C’est simplement l’ombre portée, dans toutes mes écoutes et tous mes essais, d’un seul et même casque – que je ne nommerai pas, tellement c’est pas la peine, vu que de toute façon, tu sais déjà duquel il s’agit. Et donc, comme j’ai la flemme de ressortir mon Audio Innovation 500 (qui est branché à demeure sur mon système secondaire), et que même devoir zapper d’un casque à l’autre sur mon petit Little Dot VI+ en n’utilisant qu’une seule prise casque et en devant à chaque fois baisser le volume, refaire l’équilibre entre les deux casques, etc., il sera simplement branché sur mes blocs à tubes principaux via le petit sélecteur de chez AKG (ce qui te fournit un indice au cas où tu chercherais encore, mais là, franchement, tu me décevrais):
http://www.akg.com/pro/p/k1000-selector – le HE1000, quant à lui étant branché sur le LD, ce qu’il semble pas mal apprécier.

So, wat’s in the box? Histoire de ne pas te perdre, je t’ai laissé des points de repère:
- Le Gloria In Excelsis Deo de la Messe en si m. de Bach
- High Hopes de Gilmour
- le Stabat Mater de Vivaldi par Jean-Claude Malgoire
- Freedom par Ilhan Ersahin et Erik Truffaz
- l’Allegro du Concerto pour Clavecin de Manuel de Falla par l’Ensemble Schirmer et Elizabeth Anderson au clavecin (disponible depuis 1998 chez Naxos : De Falla: Popular Spanish Suite / Piano Pieces / Harpsichord Concerto, 8.554366):
Image

- le Largo des Sept Dernières Paroles du Christ par le Q. Ysaÿe
- A Girl From Istanbul, plage 2 de l’album de Renaud Garcia-Fons et Derya Türkan, Silk Moon (CD sorti chez E-Motive Records/L’autre Distribution, CCB1019 – au passage, vas sur leur site, c’est plein de bonnes choses)
Image

- re-Stabat Mater – mais si, mais si! – mais de Pergolèse, cette fois, dans une version par le Concentus Musicus de Vienne dirigée par Harnoncourt en 1994, CD sorti chez Teldec [B000000SHN] (ressorti chez Warner en 2007)
Image

- et enfin, le premier mouvement du Quatuor n°11 tiré des Quatuors à cordes 8-12 de Raymond Murray Schafer par le Quatuor Molinari:
Image
cette intégrale est disponible sous forme de deux double albums chez Atma Classique (en 2000, ACD 2 2188/89= Quatuors 1 à 7; et 2013, ACD22672= Quatuors 8 à 12):
https://atmaclassique.com/Fr/Artistes/A ... tisteID=14
http://www.qobuz.com/fr-fr/album/schafe ... 2056218825
http://www.qobuz.com/fr-fr/album/r-murr ... 2056267229

Pour Bach va-t-il chanter le Gloria de sa Messe en si mineur? À tout vieillard, tout honneur, commençons par le K1000: comme d’habitude, l’image est superbe et – même si les EL34 de mes blocs ne sont pas la meilleure des solutions (les 6080 de mon LD font mieux) – il y a de fluidité dans le médium (résultat qui, avec un K1000, demande tout de même qu’on se penche un peu dessus), en même temps qu’une hyper transparence. Ça manque, dans l’absolu, d’assise dans l’infra grave (puisqu’il n’y en a pas), mais ce que fait le K1000, il le fait bien – je veux dire sans en ajouter au-dessus, ce qui conduit à baver sur les autres registres. Ici, c’est très net et très bien modulé. Le passage au HE-1000 est intéressant: c’est à peu près comme d’habitude en ce sens qu’on a l’impression à la fois d’une plus grande consistance, non seulement dans le grave, mais aussi dans le médium/haut médium, avec, en revanche, l’impression d’une perte de transparence, comme un voile qui vient recouvrir l’ensemble du signal. À ceux que ce que je viens de dire “fâcherait”, qu’est-ce que tu veux que je réponde… Je ne vais tout de même pas dire le contraire de ce que j’entends… Ah! si, tiens! je pense à un truc qui devrait rassurer tout le monde: j’entends cet effet de voile avec tous les autres casques que j’ai pu essayer, à l’exception de ceux qui, sous prétexte de prétendre à la transparence et à l’aération, croient malin d’insister tellement dans le haut médium et l’aigu qu’en 20 secondes, j’en ai les dents du fond qui se déchaussent… Ce qui signifie que le HE-1000, en réalité, s’en tire largement mieux que la moyenne, car c’est une petite impression – et qui disparaît en quelques secondes, le temps de s’habituer à l’ambiance générale: alors la musique reprend le dessus…

Mais qu’on se rassure (si “on” en a besoin), avec High Hopes de Gilmour, ça va être une autre chanson, en tout cas, pas les mêmes paroles. Je commence par le HE-1000, après avoir fait une petite pause (je fais toujours une petite pause entre 2 morceaux, histoire de laisser le temps aux oreilles d’“oublier” ce qui précède). Comme les fois précédentes, ça donne une écoute spectaculaire, à la fois par l’ampleur dans le grave et par l’impression générale de profiter d’une bande passante sans limitation, le tout avec une écoute sans agressivité (même en montant le volume) malgré la très grande impression de proximité de la voix. Côté Gilmour (vers 4’05), “there’s a hunger unsatisfied”, mais pas côté de ch’dub, c’est certain. Revenons au papyphone… Évidemment, ce qui est surprenant, c’est l’impression que les cloches du village, les oiseaux et la mouche qui bourdonne sont “devant”, comme un spectacle – qui ne s’étale pas autant qu’avec mes enceintes, certes, mais de manière exceptionnelle pour un casque. Les attaques (par ex. vers 1’57, 2’45 etc.) provoquent un impact moins net, moins profond dans le grave, que l’on “entend”, mais sans le “ressentir”, ce qui est particulièrement net dans certains passages (entre 3’ et 3’45)… Comme d’habitude, il faut choisir entre l’image et l’assise dans le grave – car je ne connais aucun casque capable de cette image (qui est encore plus nette sur mon LD, soit dit en passant).

Un petit Stabat Mater de Vivaldi par Jean-Claude Malgoire? Y’a qu’à demander… Commençons par le HE-1000 cette fois. J’ai déjà dit tout le bien que je pensais de cette interprétation, moins angoissée peut-être que celle de l’Ensemble 415, mais aussi intéressante par son côté intime et intériorisé. Certes, la voix de contre-ténor d’Andreas Scholl me semble plus belle que celle de… j’avoue, je ne sais plus… James Bowman? – même si ce dernier utilise une prononciation qui transporte immédiatement en 1712… Passons au K1000 – et à nouveau, débouchage en règle avec élargissement d’une scène sonore qui cesse de se replier autour de la tête vers l’arrière. Certes, l’orgue respire moins ample (et il va réellement falloir que je pense à faire de la place pour coller mon Audio Innovation quelque part dans cette pièce) – mais, mais… Histoire de bien faire contraste, un peu de liberté, par Ilhan Ersahin et Erik Truffaz: car, là, le K1000 dégraisse tellement la basse et tout le registre grave que, même sans faire la comparaison, j’ai le sentiment qu’il manque des choses dans ce morceau (et ça serait la même chose sur tout l’album – au passage: grand merci à Bernard de m’avoir fait découvrir ce disque!). C’est même pour cela que je n’utilise jamais l’AKG pour écouter ça – alors que le Hifiman, même si sa capacité à imager peut être prise un peu en défaut (cf. la trompette, vers 3’11, vient réellement de l’arrière au lieu d’être sur le côté…), donne un son plein, consistant et chargé, au bon sens du terme, c’est-à-dire sans que pour autant on perde quoi que ce soit en intelligibilité.

Le Concerto pour clavecin, flûte, hautbois, clarinette, violon et violoncelle de Manuel de Falla, en revanche, moins chargé en grave, permet de savoir ce qu’il en est de l’intelligibilité dans le médium et le haut médium – en particulier sur le clavecin lui-même, qui doit rester intelligible de part en part, malgré le peu de projection et de dynamique propre à cet instrument (par rapport aux autres). Le HE-1000 donne une restitution, malgré une mise à distance du clavecin – qui s’entend différemment sur le K1000: dans un cas, on à l’impression qu’il est plus loin et un peu minoré, dans l’autre, il est certes à distance, mais reste pleinement intelligible face aux autres instruments avec lesquels tantôt il dialogue, tantôt il contraste. Retour au Largo des Sept Dernières Paroles du Christ par Haydn – là encore, n’ayant pas affaire à de la musique chargée outre mesure dans le grave, le K1000 est à son affaire, mais le HE-1000 ne fait pas mauvaise figure en face. Laissons de côté la capacité à imager, c’est un peu plus consistant dans le médium, un peu en retrait dans l’aigu, mais dans ce “jeu des 1000”, ça reste franc (voilà, ça, c’est fait). Et ces petites réserves s’oublient en quelques secondes, ce qui prouve que personne n’en saura jamais rien – car il y faut une comparaison directe… Rendons maintenant visite à la fille d’Istanbul de Renaud Garcia-Fons: superbe morceau – et tout l’album est de cette farine. Le HE-1000 propose une écoute directe et spectaculaire, tant sur la basse que sur les percussions: tout est à la fois net, ample et d’une précision redoutable dans la localisation. Le K1000 propose indubitablement un équilibre plus clair, plus lumineux (comme le côté de la force du même nom) et, de ce point de vue, il ne me paraît pas faux de qualifier le Hifiman d’un peu descendant (à condition de se souvenir de ce par rapport à quoi on le dit). Dans le grave, en revanche, tous les instruments ont diminué de taille – et si, pour les percussions ça passe à peu près, pour la basse c’est tout de même plus problématique.

Et un black Stabat qui roule, un! Mais par Pergolèse – une minute d’introduction, certes, mais récompensée par des chœurs reprenant de manière poignante la même description: La mère se tenait, dans sa douleur, en pleurs au pied de la croix tandis que son fils y était accroché… etc. (il faudrait, pour aller plus loin, écouter ensuite l’Oratorio Christus de Liszt). Quoi qu’il en soit c’est exactement pour ce type de disque et de genre musical (avec le présent, les petites formations de jazz et les quatuors à cordes) que je réserve mes écoutes au K1000 – lequel ici, ne trahit, je pense, rien de l’enregistrement. Et franchement, je trouve le HE1000 moins à mon goût par rapport à ce type d’écoute – et ce, même si l’orgue est plus présent. Cela étant, je concède à qui veut que c’est une pure question de goût – sur ce morceau-là au moins, ce qui ne fait que prouver à quel point le Hifiman est sensible à l’enregistrement lui-même, qui compte beaucoup ici.

Terminons ici par Murray Schafer et un extrait de l’un de ses quatuors – genre dans lequel ce compositeur a une œuvre àmha considérable, ici particulièrement mis en valeur par le quatuor Molinari (version superbe dans ses timbres et que je préfère à celle des Kronos, dont les couleurs me paraissent moins nuancées, même si leur interprétation vaut aussi le détour). Le HE-1000 est, sur ce type de musique, pour dire le moins, éblouissant (tu me diras qu’il faut aimer Murray Schafer, à quoi je réponds que ça prend du temps pour aimer, mais qu’on est récompensé). Et ici, c’est une différence de couleur et de clarté qui sépare les deux casques. Histoire d’horrifier un peu plus ceux qui lisent ces lignes, je dirais bien qu’on peut toujours “compenser” en créant un peu plus de luminosité sur le Hifiman (il suffit de placer ses mains en V de puis le sommet de chaque oreillette, en écartant les mains vers le bas…). Mais baste… on a déjà pas l’air spécialement malin avec un casque sur la tête!……

Comme toute chose a une fin, il va falloir que j’arrête mes explorations. Évidemment, tu penses bien que je n’ai pas fait que ces quelques comparaisons et que j’ai aussi écouté plein de choses (j’ai pas que toi à penser, y a moi aussi, et même, d’abord!) – mais je ne t’en parlerai pas, car je sais que ça finirait par te lasser. Je dirais seulement que j’ai réessayé pas mal de disques, dans des genres fort différents et que jamais le Hifiman n’est pris en défaut. Je veux dire qu’à aucun moment je ne me suis dit que tiens, ah non, là… Et de même, j’ai pu le garder très longtemps sur la cafetière sans jamais m’en fatiguer. Aucune agression, tout pour la musique: que vouloir de plus? L’apéro et un cigare? Ça, c’est à toi de le prévoir (Hifiman ne peut pas tout faire quand même), mais ça reste possible. Bon, je te laisse, j’ai encore des trucs à écouter avant de le renvoyer dans ses pénates!

Cdlt  ;-/

Message 29 Oct 2016 22:30

Dub, un cigare et un ...digestif (vu l'heure)... virtuels! :bravo:  :headphone:  :mrgreen:

À la tienne!!  :mrgreen:  :mrgreen:

Merrrrci...

Finalement les papycasques et autres jeunes retraitéscasques (AMT...), avec leurs limites connues, et en sachant les associer pour mieux les servir, étirer leurs rides, avec ce qui leur convient le mieux comme style, ils s'en sortent bien...

Et le HE 1000 v2 aussi...
Nettement mieux que son aîné...

Superbe travail, Dub, et comme tu y as pris du plaisir, all is well!!

Message 29 Oct 2016 22:51

euh…… le cigare était cubain, et le malt écossais, comme il se doit!  :levit:

sinon, oui, ce casque est étonnant — je suis assez certain qu'il ne plaira pas à tout le monde, mais qu'il fera des enthousiastes absolus  :(l)  quant aux papyphones, c'est vrai qu'ils ont de beaux restes — car dans les casques, bon un jour, bon toujours: et ça vaut pour les teenphones aussi!  ;-/

Message 30 Oct 2016 09:14

Ce travail de fourmi brillantissime  :8  :8
Dub t'es...sévèrement casqué...ouais en effet :mrgreen:

Message 14 Aoû 2019 11:08

Merci pour cette magnifique saga  :soumis:

j'en conclus que le HE1000-V2 est doux, ample et se confronte sans honte aux meilleurs casques dans chaque domaine musical, même si il est en retrait sur certain genre face aux meilleurs casques pour le genre en question.  

Donc c'est un must-have

Je l'ai comparé longuement au sound days avec le SE et globalement aprés 4h d'écoutes j'ai préféré le V2.
Son léger retrait en clarté par rapport a l'utopia ou au SE me l'a rendu plus mélomane, plus soyeux et en d'autres terme plus agréable pour écouter 1h de symphonie ou 5h de Wagner.