Colorfly est revenu en début d’année sur le devant de la scène avec un tout nouveau C10, ressemblant fort au vénérable C4 ; est-ce un mini C4 au tarif explosif, ou un pétard mouillé ? Préambule Avant toute chose, je tiens à remercier notre partenaire Audiophonics qui nous a prêté ce baladeur pendant trois semaines. […]

[Test] Colorfly C10

Colorfly est revenu en début d’année sur le devant de la scène avec un tout nouveau C10, ressemblant fort au vénérable C4 ; est-ce un mini C4 au tarif explosif, ou un pétard mouillé ?


Préambule

Avant toute chose, je tiens à remercier notre partenaire Audiophonics qui nous a prêté ce baladeur pendant trois semaines.

 

Longtemps, les baladeurs audiophiles furent réduits à leur plus simple expression. Du son, et rien d’autre ou presque. Jusqu’en 2013, deux types de baladeurs existaient alors pour les audiophiles :

  • Les baladeurs typés grand public, à l’ergonomie aboutie (et des fonctions amusantes mais néanmoins inutiles pour un baladeur pur), au format compact et à l’autonomie excellente, mais dotés d’une qualité sonore décevante, que ce soit au niveau de la puce de conversion ou de l’étage d’amplification. Mais, fonctionnels et largement diffusés, ils eurent un succès y compris auprès des audiophiles, en témoignent les fameux Sansa Clip (+/Zip) et Fuze (plébiscité car un temps solution avec line out la plus abordable du marché).

  • Les baladeurs audiophiles, aux puces bien plus évoluées (notamment la fameuse (Miley) Cirrus Logic CS4398 du Colorfly C4, qui équipe désormais une bonne partie des baladeurs audiophiles actuellement sur le marché, du Fiio X3 II au Questyle QP1r, ainsi qu’aux 3/4 de la gamme d’Astell&Kern), voire carrément issues du monde sédentaire (PCM1704U pour le Hifiman HM801, ES9018 pour l’iBasso DX100). Associés à des étages d’amplification conséquents — pour l’époque — ces DAP étaient donc bien plus aboutis sur le plan sonore que leurs concurrents. Hélas au prix d’une taille gigantesque — le C4 reste aujourd’hui le plus gros baladeur que j’ai pu avoir entre les mains — d’un firmware catastrophique et d’une autonomie anémique.

  • Ces deux mondes bien différents ont commencé à converger courant 2013 avec la sortie tout d’abord du controversé (et cher… pour l’époque) iRiver AK100, puis des tueurs iBasso DX50 et Fiio X3. Leur spécificité ? Offrir à la fois des performances sonores plus que décentes — avec enfin une vraie section amplification solide, un prix abordable, une ergonomie aboutie — eux au moins étaient utilisables — et une finition de qualité. Tout n’était pas parfait, a fortiori à l’aune de ce qui est proposé maintenant, mais le fossé avec la génération précédente était néanmoins conséquent. Les utilisateurs furent ravis, leurs banquiers moins.

    C10_DAP

    Jusqu’à récemment. Car Colorfly se fit remarquer, en Mai 2015, avec un petit dernier, dont l’ergonomie ressemblait étonnamment à celle du C4pro, mais sans son design si parti-pris — la faute à l’ancien designer de chez Colorfly, parti chez Luxury &amp Precision dont le LP5 emprunte les couleurs du C4 (et son tarif). Toujours avec une CS4398 dans les entrailles et avec le potar de volume dont Colorfly use et abuse tant il se révèle pratique, le C10 promettait beaucoup, et dans un format bien plus compact que le C4 d’origine.

    Beaucoup de promesses également du côté du firmware ; si celui du C4, archaïque, était toléré en 2010, en 2015 il était évident que les ralentissements, boutons récalcitrants et autres dossiers rangés dans un ordre aléatoire ne seraient pas excusables, a fortiori maintenant qu’un Cowon revenu des morts officie comme nouveau mètre-étalon des baladeurs sous les 1000€, avec un firmware impeccable, fluide et efficace.

    Le C10 est donc un baladeur plein de promesses, et je remercie chaleureusement Audiophonics de nous avoir prêté un tel baladeur — proposé à 470€ à leur catalogue — pour rédiger ce test. D’ailleurs, louons l’attitude de Colorfly face à la spirale inflationniste à laquelle on assiste depuis quelques années dans le monde audiophile, puisque ce C10 n’est pas plus cher que le C4pro, ce dont je les remercie également. (S’ils avaient pu prendre la tendance ergonomique, en revanche, je leur en aurais été gré… mais je m’égare, nous y reviendrons bien assez tôt.)

    Qui suis-je ? Ou vais-je ? Dans quel état j’erre ?

    Propriétaire d’un Colorfly C4 pendant près d’un an pour accompagner mes EM3pro, je juge encore aujourd’hui que ce fut une des meilleurs expériences audio de ma courte vie d’audiophile ; en revanche, je n’ai jamais été convaincu par un CK4, au rendu trop clair et léger en bas à mon goût. Amateur de signatures sombres, des timbres corpulents, allergique aux aigus qui piquent, basshead dans l’âme, voilà concrètement mes goûts en matière de musique.

    Depuis quelques semaines — plus que les trois réglementaires pour avoir un peu de recul sur mon matériel — possesseur de flambants neufs EM32, j’étais donc prêt (et impatient) à l’idée de tester un C10, sachant l’association entrele C4 et les EM32 excellente.

    J’ai eu à côté de ce baladeur, pour quelques semaines, un JDS Lab The Element en prêt, qui me servira également de mètre-étalon — son prix étant sensiblement voisin et mon système d’écoute (les EM32) adapté aux deux, voilà qui allait me permettre de comparer un baladeur nomade à une source sédentaire un peu sérieuse sans pour autant coûter un rein et lutter trois catégories au dessus. Également de la partie, un petit Beyerdynamics DT880 250Ω qui fut brièvement branché sur le Colorfly.

    Considérez donc que l’ensemble de cet article, plus qu’un test dans l’absolu du C10, sera un test du C10 à l’aune de ce que le C4 fut et de ce que j’ai attendu du C10.

    Présentation générale


    Le packaging :

    Le Colorfly C10 est livré dans une boîte en carton noir mat, le logo Colorfly ressortant, imprimé dans une encre brillante.

    C10_Box

    Niveau accessoire, c’est très basique : un câble USB, un chargeur, quelques papiers et surtout une housse qui a le mérite d’être moins inutile que celle du C4 ; on en aurait peut-être préféré une qui protège aussi l’écran (avec un système de clapet) et elle a tendance à rendre l’ensemble assez imposant, mais néanmoins elle fait bien le boulot.

    C10_Packaging 2

    L’ergonomie générale :

    Le C4 était, comme dit plus haut, une immense brique certes pas très lourde mais néanmoins imposante. Heureusement pour nous — et mes poches — le C10 est considérablement plus petit, environ de la taille d’un Hidizs AP100 (un poil plus épais), tout en gardant son beau dos en bois qui faisait le charme de son prédécesseur.

    Les couleurs sont nettement moins tape-à-l’œil que son grand frère, sans pour autant faire toc, grâce à une robe en aluminium du plus bel effet, et l’ensemble respire la solidité. Les boutons, quant à eux, sont bien fichus — quoiqu’un bouton « OK » situé au centre de la croix directionnelle aurait été beaucoup plus efficace que situé en haut — et leur utilisation est un régal : la navigation y est bien plus agréable que sur le C4.

    C10_Molette

    On retrouve sur la tranche haute du baladeur une sortie jack 3.5 (mais plus de 6.35), une sortie ligne (pour l’associer à un amplificateur extérieur) et un bouton verrouillage.

    Sur la tranche basse, le classique port micro SD, un port micro USB et un trou pour le bouton reset si jamais le baladeur venait à planter, ce qui ne m’est jamais arrivé en trois semaines intensives d’utilisation.

    C10_Tranche+IEM

    Les flancs et le dos, quant à eux, sont parés d’une belle pièce de bois, robuste et élégante — en plus de pouvoir servir de planche à charcuterie pendant les meetings ! Au dos trône crânement le logo Colorfly.

    C10_DOS

    Le seul point noir de ce baladeur, sur la conception, se trouve au niveau du potar. Là où celui du C4 était bâti comme un Panzer, avec un assemblage sans le moindre jeu, quitte à frotter un peu contre la carcasse du C4, celui du C10 — du même coloris que les autres boutons — fait cheap et est assemblé avec du jeu. Pour un baladeur qui bâtit son design autour d’un potentiomètre linéaire, c’est extrêmement dommage et ce fut une source de déception. Néanmoins, celui-ci est précis, comme sur le C4 (là où certains baladeurs « à molette » proposent un désagréable volume cranté, particulièrement pénible à bas volume), ce qui contrebalance un peu la finition.

    A noter une petite astuce très intéressante sur le C10 ; pour qui a eu un C4, surtout avec des intras (surtout branchés sur la sortie 6.35), vous avez forcément connu un monstrueux burst de volume lorsque vous mettiez votre baladeur dans votre poche (et le sang coulant du tympan qui s’ensuivait). Afin de pallier ce genre de problème très désagréable (et douloureux), Colorfly a eu une idée diabolique : une fois l’écran verrouillé (avec le bouton sur la tranche haute du baladeur), le volume maximal est fixé au volume actuel, il est alors toujours possible de baisser le volume, mais en aucun cas de le monter ; et, si au déverrouillage du baladeur le potar est plus haut qu’à l’origine, il est proposé de ne pas le remettre à son niveau normal.
    Simple, efficace, et idéal pour ne pas se vriller les oreilles.

    Pour terminer, les interférences. (Vous savez, ce petit « BULUP BULUP BULUUUUUUP » qui vous hurle dans les oreilles de bon matin, a fortiori si vous êtes un francilien qui comme beaucoup se tape les transports en commun.) Globalement, aucune, ou plutôt à moins de mettre votre téléphone en plein téléchargement en 4G collé au C10, vous n’entendrez pas d’interférences ; c’est un petit plus appréciable, du coup.

    Firmware :

    Comme dit plus haut, Colorfly traîne une longue et lourde tradition de firmwares antédiluviens (ceux qui ont eu un C4 pro entre les mains sauront de quoi je veux parler) : navigation par dossiers, sans tri par ordre alphabétique mais par un cryptique « premier copié sur la SD, premier affiché » (qui s’explique probablement par l’absence d’ordre lexicographique chez les chinois, qui sont d’ailleurs les seuls à proposer un tel système de tri), boutons secs et difficiles à enclencher, absence d’EQ et j’en passe.
    Commençons par l’allumage et déjà par un premier problème… il faut bien quinze secondes au C4 pour passer de l’état « éteint » à l’état « jouer une musique » ; ledit allumage est long, très long, trop long, surtout face à des baladeurs qui s’allument en trois secondes chrono (comme le Lotoo Paw 5000). Cela étant, ne disposant pas de lecture par tag, le C10 se passe de la fastidieuse étape de lecture de la carte SD que certains baladeurs nous font payer amèrement (comme le remarquable Hifiman HM901s, qui peut mettre une bonne dizaine de minutes pour scanner une carte pleine de 40 ou 50Go de musique).
    Néanmoins, notre petit baladeur a le mérite de démarrer directement là où il s’était arrêté, à l’écran de lecture et au niveau du précédent morceau écouté.

    Sur l’écran de lecture, on retrouve l’essentiel (format du fichier, bitrate/sampling, nom du morceau, type de lecture (aléatoire/en boucle/linéaire), état d’avancement du morceau), ainsi qu’un espèce d’immense dessin/pictogramme représentant un vinyle, et dont le seul intérêt est d’indiquer si on est en pause ou en lecture. Tout comme le C4, on se retrouve donc avec un écran de lecture dont 50% de la surface est inutile.

    Encore un point où le C10 ne marque pas des points, malgré cinq ans de progrès sur le marché des baladeurs : le tri reste par ordre d’arrivée et non par ordre alphabétique. Un archaïsme qui peut se comprendre quand le baladeur est dédié au marché chinois — en témoigne le Xduoo X2 qui tombe dans les mêmes écarts, même si ce qui est pardonné à 50€ ne l’est pas forcément à presque dix fois plus. Néanmoins, la conception des boutons fait qu’il reste aisé de naviguer rapidement dans les dossiers, même si moins que via une molette solide.

    Cela étant, un petit plus pour naviguer dans les gros dossiers et les SD remplies a été implémenté sur le C10 : la possibilité de mettre des morceaux en favori (le petit cœur) ; il suffit de presser droite devant un morceau, puis la touche OK, pour le marquer « favori » (idem pour le virer des favoris). L’accès à cette pseudo-playlist, lui, se fait depuis la racine de la navigation. C’est un ersatz de playlist, certes, mais c’est tout à fait suffisant si vous êtes monomaniaque comme moi.
    L’autre petit plus est la possibilité de réorganiser à la volée les dossiers, ce qui pour le coup est franchement pratique quand on a 80 ou 100 artistes dans un seul répertoire.

    La navigation est donc quand même atypique, mais la possibilité de marquer des morceaux et de réorganiser simplement l’ordre de ses dossiers compense l’absence de tri et de playlist.

    Aucun soucis à noter du côté de la stabilité du firmware, même en arrachant la carte SD au milieu d’un morceau, le C10 ne fait pas de manières, retourne sagement au menu racine et attend qu’une nouvelle carte soit insérée.

    Autonomie :

    Le C4 culminait à 6h d’autonomie, en forme, les soirs de pleine lune ; le petit C10 dépasse quant à lui facilement les 12~14h, et il ne m’est jamais arrivé de tomber en rade de batterie. Indépendamment de mon habitude de recharger tous mes baladeurs le soir (héritée justement de ma période C4), il m’est arrivé de tenir deux ou trois jours loin d’une prise sans me priver de profiter de ma musique ; ça n’est certes pas un Studio V ou un Cowon J3, mais néanmoins c’est tout à fait décent pour un baladeur en 2015. A noter que j’étais sur des paramètres peu énergivores : luminosité au minimum (ce qui n’est pas un problème même en plein soleil automnal) et écran qui s’éteint au bout de 10 secondes.

    Pour ce qui est de l’usage pur, nous avons donc un baladeur spartiate mais efficace, relativement bien construit bien qu’il ne soit pas sans reproches. Mais qu’en est-il du son ?

    C10_DOS+IEM

    Du côté son.

    Connaissant bien le C4, et voyant l’architecture interne du C10 relativement similaire — toujours basée sur une CS4398 — je m’attendais à une sonorité proche. Pour rappel (ou pour information, puisque mon lectorat n’a pas nécessairement pu poser une oreilles sur un C4), ce dernier sonnait plutôt chaleureux, fluide, très musical et coloré, à l’opposé d’un baladeur analytique et aéré comme un iBasso DX100 (et ses petits frères) ; était-ce un mal ? Non pour mes goûts et ceux de nombre de personnes. Maintenant, c’était un parti-pris qui ne pouvait pas se marier avec tous les intras du monde.
    Quid du C10 ? J’ai du du mal à comprendre exactement comment ce petit sonnait tant je m’attendais à un mini-C4, et tant ce fut une grave erreur ; les trois semaines réglementaires de test me furent d’une précieuse aide pour bien cerner la bestiole, quelques rencontres avec des TNiens et une comparaison avec d’autres lecteurs de la même gamme également.

    D’abord, ce qui est assez caractéristique des Colorfly haut de gamme (je mets hors du lot le CK4 qui ne m’a jamais convaincu, car trop éthéré), c’est ce mélange de corpulence des timbres — il y a de la matière quand il faut, où il le faut — et de naturel. Certes, le C10 est moins fluide, moins liquide j’oserais dire, que le C4, mais néanmoins l’essentiel est là, l’ensemble sonne très naturel et charnu, avec moins de charme et de coloration que son ancêtre.

    À noter que l’appairage avec les EM32 n’était pas le meilleur qui soit, j’ai préféré au C10 le Lotoo Paw 5000 et le RWAK100 avec mes EM32, le premier étant relativement flat et le second doté d’un roll-off dans les infra-basses et les aigus qui conviennent bien à la signature en V des EM32. Ce qui ne veut rien dire sur la qualité dans l’absolu du C10, nous ne sommes ici que sur une histoire d’appairage. Mais il convenait de souligner que le mariage ne fut pas des plus heureux, ce qui ne m’a pas empêcher de trouver le C10 remarquable sur bien des points.

    D’ailleurs, parlons-en !

    On retrouve ici une signature en léger V, avec des basses et des infra-basses denses et texturées, sans emphase dans le bas-médium (une bénédiction pour le soundstage), un haut-médium dense — trop avec des EM32 — et des aigus qui filent nettement plus haut que sur le C4.

    Le médium, lui, est tout ce que j’aime sur un baladeur : c’est peu ou pas coloré, il y a du détail sans en faire trop, les timbres sont corpulents. J’ai peu de critiques à faire sur ce point-là, même si les EM32, en retrait dans cette gamme de fréquences auraient gagné à être colorés (une caractéristique qui ne me dérange pas) ou simplement plus mis en avant. Mais c’est la personnalité du C10 qui veut ça, et dans l’absolu j’ai rarement entendu des médiums d’une telle qualité — à ce prix-là, nonobstant bien entendu ce qui se fait deux ou trois catégories au dessus, notamment un Paw Gold ou un 901s.

    Les basses, comme dit plus haut, sont profondes et descendent bas ; l’impact est là, à la fois trop pour des intras énergiques comme les EM32, mais pas assez pour des intras sages comme les EM4, selon les dires d’un amateur d’EM4 avec qui j’ai discuté. J’en conclus donc que la quantité de basses et d’impact sera très bien dosée pour les intras situés entre ces deux extrêmes.

    Le soundstage, quant à lui, n’est pas particulièrement criticable ; c’est globalement large sans trop latéraliser, la hauteur est tout aussi décente, la profondeur est très agréable et de facto l’ensemble est très enveloppant et cohérent (sans atteindre la colossale largeur d’un 901s ou la profondeur d’un Gold, au triple du prix il est vrai, mais ça permet aussi de contextualiser les qualités du C10 : vu son positionnement, il se défend sans mal !). L’absence d’emphase dans le bas médium soulignée plus haut, ainsi que la qualité et la quantité de haut médium et d’aigus contribuent ainsi à un soundstage vraiment dans le haut du panier dans la catégorie sous les 500€.

    Allié à un sens du détail très correct sans en faire trop (le but de Colorfly n’a jamais été d’aller chercher le grincement de chaise au 8ème rang), l’impression générale du C10 est celle de justesse. Pas le plus technique des baladeurs, mais cohérent et naturel.
    Probablement plus que son grand frère, le C10 ne cherche ni le Wow effect (avec un soundstage monstrueux ou du détail à foison), ni le charme immédiat (avec une coloration trop marquée), mais une impression de justesse et d’équilibre sur la durée — toujours en léger V, mais ça plaît à certains, donc moi, lorsqu’on est pas dans le ton sur ton. Nul doute qu’avec un intra moins extrême que mes EM32 le plaisir aurait été bien supérieur.

    Quid du volume ? Le C10 n’est pas doté d’une sortie jack 6.35, contrairement au C4, et une fois la prise branchée, on comprend pourquoi : avec mes EM32, il m’est arrivé de monter à 70 ou 80% du volume maximum ; alors certes, j’écoute fort et les EM32 sont des intras peu sensibles (moins que la plupart, en tout cas), mais du coup, le C10 est particulièrement bien adapté aux intras, plus que le C4 (dont la prise 6.35 avec adaptateur rendait l’écoute sur des moulés agréable entre 0 et 3% de la course du potar…). D’un autre côté, j’ai cru voir sur Head-Fi des gens qui drivaient un Beyerdynamics T1 avec le C10, et moi-même je me suis surpris à utiliser mon DT880 250Ohm dessus, dans une ambiance calme. On peut donc aussi s’en servir pour des casques pas trop gourmands comme solution d’appoint, pour peu que l’environnement soit calme et les besoins en volume sonore raisonnables, mais n’espérez sûrement pas brancher un Audeze LCD2 ou un AKG K1000 dessus !

    J’ai cru remarquer, à très bas volume, une césure droite-gauche, hélas fort dommageable pour qui écoute justement avec des intras sensibles, et ce en dessous de 5% de la course du potard, ce qui ne le rend pas exploitable dans sa totalité : dommage, très dommage, ça peut facilement limiter son usage pour les utilisateurs d’intras sensibles — si un jour un membre de la secte FitEar pose une oreille dessus, il infirmera ou confirmera mes propos. Néanmoins, m’aventurant rarement dans cette zone, même pour m’endormir, je n’ai absolument pas été gêné.

    A noter, pour conclure la partie sonore, que le C10 m’a paru exempt de souffle, et je suis TRÈS pénible sur la question ; même sur un Fiio X1 réputé silencieux et un X3 tout autant j’ai réussi à trouver du souffle, mais tout comme le C4, le C10 est totalement silencieux, et sans les bruits électroniques de son grand frère !

    En conclusion…

    Déjà, que vaut le C10 face à la concurrence, dans le secteur très disputé des baladeurs sous les 500€ ? J’en pense beaucoup de bien, déjà je ne crois pas qu’il y ait beaucoup de puces CS4398 aussi bien implémentées (le AP100 d’Hidizs est trop éthéré et calme, le X3 II de Fiio n’aura pas le naturel, le Questyle QP1r est probablement très bon mais presque deux fois plus cher), hormis peut-être le Shanling M3… qui est une autre immense brique (le seul baladeur qui arrive à être aussi imposant que le C4, c’est dire).

    Dans les autres baladeurs, on retrouve un Lotoo Paw 5000 plus compact, plus agréable à l’usage, mais moins dense et moins en V ; le mariage avec les EM32 est clairement meilleur, mais ça n’est pas pour autant que je le trouve supérieur au C10, au contraire ce dernier est bien plus doté sur la profondeur et la matière. Dans les divers mods du premier AK100, j’ai toujours trouvé, comme dénominateur commun, un roll-off dans les extrémités du spectre ; encore une fois, une qualité dans le contexte de l’utilisation d’un intra déjà en V, mais rien de supérieur dans l’absolu.
    Face au mètre-étalon des baladeurs haut de gamme de 2015, le Cowon P1, on retrouve un son qui fait moins « analogique » tout en restant très naturel, moins coloré, et moins détaillé. Pour à peine la moitié du prix initial, c’est clairement une réussite !
    Le design est léché, l’usage est tout à fait confortable et efficace une fois qu’on abandonne la logique canonique des baladeurs modernes, il manque quelques fonctionnalités mais l’ensemble et la prise en main sont agréables (à l’exception de cette foutue prise jack en haut du baladeur).
    Si le C10 n’est pas pour moi le meilleur baladeur jamais sorti, même en se restreignant à moins de 500€, c’est un concurrent plus que digne d’intérêt, cohérent et qui saura se faire oublier à l’écoute. Finalement, je ne demande guère plus à une source, et je suis prêt à le conseiller à toute personne qui utilise des casques ou des intras normopathes (pas comme mon usine à basses et à haut médium).

    Je terminerai sur une citation d’un TNien à l’avis assez tranché sur la question (et qui se reconnaîtra dans ses propos) : « Ecran moyen, boutons bof et interface assez calamiteuse. […] Mais dès que tu appuies sur Play tu lui pardonnes. […] Pas le plus technique mais un son très enveloppant. »

    C’est un petit peu ce que je retiendrai du C10.

    F.A.Q. :

    Est-ce que c’est le successeur du C4pro ?

    Non. Et oui. C’est un baladeur plus passe-partout, à la fois sur le plan physique (plus compact, plus abouti, moins tape-à-l’œil) et sur le plan sonore (nettement moins chaud et coloré, plus adapté aux intras, quoique certaines paires ne sonnent pas si bien dessus, comme mes EM32). De plus, la baisse de prix et le fait que le C4pro reste au catalogue montrent qu’il n’est pas le nouveau flagship de Colorfly, et je suppute qu’ils préparent un gros flagship pour l’an prochain — enfin je l’espère pour eux, vu que tout le monde s’y met, ne serait-ce que pour rester visible sur le marché.
    Donc ni un pétard mouillé, ni la bombe du siècle, mais une mise à jour bienvenue, plus passe-partout que le C4 (sur le plan visuel comme sonore), et qui ne profite pas de l’inflation.

    Et toi, est-ce que tu l’achèterais, ce C10 ?

    Je ne vous mentirai pas : non. Pas avec mes intras. Mais avec autre chose que des anémiques EM4 ou des turbulents EM32, sans aucun doute, il est de ceux qui m’ont le plus convaincu (même face à un Cowon P1, bien plus coloré).

    Et tu lui colles combien ?

    Pour sa grande qualité sonore et à cause de ses défauts de conception, un bon 4/5 dans l’absolu. Avec comme réserve de bien choisir l’appairage et de ne pas être psychorigide sur l’interface. Si vous avez connu l’époque pré-X3/D50, normalement le C10 vous paraîtra de toute façon grandiose.

    11 réponses à “[Test] Colorfly C10

    1. Merci Corde pour ce test !

      Je dois avouer que la tentation de ressortir la photo de Corde avec le Stax Sigma Pro sur la tête pour illustrer la partie « Qui suis je ? » a été très forte… :mrgreen:

      1. Le M3 est beaucoup plus gros que le C10, pour le coup, et c’est un des points que je lui reprocherais si je devais le tester… :)

    2. Merci pour ce test ou j’ai l’impression cependant que l’heureux possesseur d’un C4 y regardera à 2 fois avant de le troquer pour ce C10 ?
      Quant à la conclusion « interface moyenne, bouton…, mais dès que tu appuies sur play… » J’en fais mienne également ^^

      1. De rien !
        Oui, clairement. Non pas que le C4 soit vraiment au dessus du C10, on garde dans les deux cas le côté plein, charnu et fluide que j’aime bien chez Colorfly. Mais les deux baladeurs sont différents sur la coloration et la signature (mid-centric pour le C4, avec des médiums prodigieux, en V (pas beaucoup mais quand même) avec le C10), donc mise à jour ne veut pas dire « le même en mieux ».
        Pour être honnête, j’ai eu le C4 avec les EM3pro, le C10 avec les EM32, et l’appairage inverse aurait été bien meilleur (C4+EM32, C10+EM3pro).

        (D’ailleurs, le C10 est le baladeur « en V » le plus charnu que j’ai testé pour l’instant, même si je n’ai plus le souvenir du DX100.)

    3. Lecture agréable, merci !
      « une fois l’écran verrouillé (avec le bouton sur la tranche haute du baladeur), le volume maximal est fixé au volume actuel, il est alors toujours possible de baisser le volume, mais en aucun cas de le monter » => Excellente feature, GG Colorfly.

    4. Un peu à la bourre, mais très bon test merci. Plein d’informations et comparaisons, imagé et rempli d’humour savament dosé : un vrai plaisir à lire.

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