Ça y est, Aune, la fameuse marque chinoise de DAC/ampli d’entrée de gamme, a décidé de monter en puissance en proposant le S16, un DAC/ampli de milieu de gamme proposé à 550€, qui affiche sur le papier des caractéristiques techniques impressionnantes. C’est notamment le cas de sa capacité à décoder le PCM jusqu’à 32 bits […]

[Test] DAC/Ampli Aune S16

Ça y est, Aune, la fameuse marque chinoise de DAC/ampli d’entrée de gamme, a décidé de monter en puissance en proposant le S16, un DAC/ampli de milieu de gamme proposé à 550€, qui affiche sur le papier des caractéristiques techniques impressionnantes. C’est notamment le cas de sa capacité à décoder le PCM jusqu’à 32 bits à 384kHz et les DSD64 & 128 via son interface USB à base de XMOS, ou encore de la mobilisation par le constructeur, l’un des premiers à le faire, de la toute dernière puce AK4495 – faisant office de convertisseur numérique vers analogique. Sur le papier, Aune a donc choisi de frapper fort pour son entrée sur ce segment tarifaire. Nous allons essayer de voir ensemble dans cet article ce qu’il en est en mettant le S16 à l’épreuve des faits.

 


Préambule

Avant toute chose, je tiens particulièrement à remercier Audiophonics qui, au travers du partenariat avec Tellement Nomade, m’a fait confiance en me prêtant un exemplaire du S16 peu de temps après sa sortie. Ayant toujours été fan des DAC/ampli Aune, c’est donc avec un grand enthousiasme ainsi que des attentes haut-placées que j’ai effectué ce test.

 

 

Réception et premières impressions

Contrairement aux produits d’entrée de gamme de la marque, le S16 en impose déjà par son encombrement. Il ne fait clairement plus partie des amplificateurs transportables avec ses 25cm de large pour 20cm de profondeur et 6cm de hauteur ; d’autant qu’avec ses 2,5kg, il n’est pas un poids plume non plus. Néanmoins, le DAC/ampli, tout en aluminium noir, affiche un design sobre et épuré.

Aune S16 (façade)

La façade regroupe tous les éléments de contrôle utiles, avec quelques surprises : une molette de réglage numérique de volume, crantée, qui fait aussi office de bouton poussoir pour sélectionner le filtre numérique à appliquer ; trois boutons poussoirs de contrôle (sélection de l’entrée, mise en mute, mise en veille de l’ampli) ; une sortie casque 6,35 mm ; et, enfin, un écran LCD affichant les principales informations utiles (niveau de volume, entrée sélectionnée, codage du flux numérique – PCM/DSD -, fréquence d’échantillonnage du flux numérique et filtre numérique sélectionné).

Aune S16 (arrière)

L’arrière du S16 regroupe l’ensemble des connectiques, hors sortie casque. On y retrouve le connecteur pour le câble d’alimentation, les entrées numériques (une entrée USB, une entrée coaxiale, une entrée optique ainsi qu’une entrée AES à XLR 3 pins) et les sorties analogiques. Celles-ci sont de type ligne, soit non symétriques en RCA, soit symétriques en XLR 3 pins. Pas d’entrée ligne sur le S16 : le constructeur affirme ainsi clairement que tout l’intérêt la bête se situe au niveau de son DAC !

Ce DAC/Ampli donne donc une très bonne impression d’entrée de jeu. Dans la lignée des autres produits de la marque : c’est du solide avec une finition très sérieuse.

 

Description technique de la partie DAC

Le point fort du S16 se situe au niveau de son DAC, construit autour de la nouvelle puce AK4495, lancée au début de l’année 2014 par AKM. Techniquement parlant, cette puce, basée sur la technologie delta-sigma, est capable de décoder des signaux DSD, nativement, jusqu’au DSD128 et les signaux PCM échantillonnés sur 32 bits maximum et jusque 768 kHz. Ces chiffres sont bien entendu énormes et sûrement bien plus élevés que nécessaire. Ils montrent néanmoins les progrès technologiques actuels avec un rapport signal sur bruit toujours plus grand (>120dB) et une distorsion harmonique toujours plus faible (<-100dB). En pratique, la fréquence d’échantillonnage maximale supportée sera limitée par les entrées numériques, à savoir  PCM 32 bits à 384kHz et DSD128 pour l’entrée USB (utilisant une interface XMOS) et PCM 24 bits à 192kHz et DSD64 pour les autres entrées.

 En plus de ces caractéristiques pour le moins impressionnantes, la puce embarque un ensemble de huit filtres numériques permettant de supprimer le bruit en dehors de la plage de fréquences utile. Ceux-ci sont sélectionnables via la façade du S16. Il est possible de les regrouper en deux catégories, les Sharp et les Slow. Les filtres Sharp coupent brutalement toutes les fréquences au-dessus d’un certain seuil, alors que les filtres Slow le font de manière progressive. Dans chacune de ces deux catégories, on retrouve deux filtres SD (Short Delay), qui effectuent le traitement très rapidement mais introduisent un déphasage différent selon les fréquences du signal audio, et deux filtres LD (Long Delay) qui ne déphasent pas le signal, mais qui mettent un peu plus de temps à s’exécuter , et donc retardent un peu plus ce signal. La première version de ces filtres (SD1 et LD1) est la version standard que l’on retrouve dans la plupart des DAC et qui intervient sur le signal échantillonné à une fréquence normale, alors que la seconde version (SD2 et LD2) est une innovation d’AKM et traite les échantillons à une fréquence moins élevée (malheureusement, le constructeur ne fournit pas beaucoup d’informations techniques sur le fonctionnement de ce nouveau type de filtres).

  • Slow SD1 et SD2 (Slow roll-off Short Delay) : filtre à atténuation progressive avec un retard de 5 échantillons (1) entre réception d’un échantillon et conversion effective en signal analogique.
  • Slow LD1 et LD2 (Slow roll-off Long Delay) : filtre à atténuation progressive avec un retard de 6 échantillons (1) entre réception d’un échantillon et conversion effective en signal analogique.
  • Sharp SD1 et SD2 (Sharp roll-off Short Delay) : filtre à atténuation rapide avec un retard de 5 échantillons (1) entre réception d’un échantillon et conversion effective en signal analogique.
    • Sharp LD1 et LD2 (Sharp roll-off Long Delay) : filtre à atténuation rapide avec un retard de 28 échantillons (1) entre réception d’un échantillon et conversion effective en signal analogique.

Bien entendu, toutes ces caractéristiques techniques ne garantissent en rien la qualité du rendu final, qui dépendra principalement du choix, de la disposition et du soin apporté à l’implémentation des composants. Néanmoins, avec l’utilisation de ces composants, Aune nous prouve qu’elle est technologiquement à la pointe, ce qui rassure quant au fait qu’elle sache nous proposer des produits innovants.

 

Quelques mots sur la partie amplification

Bien que l’amplification ne soit pas le point mis en avant par Aune, cette partie n’a pas à rougir pour autant et se révèle tout à fait correcte. L’étage de sortie, à composant discret, est polarisé en classe AB, et est piloté par un amplificateur opérationnel, le Burr-Brown OPA134. La puissance de sortie est théoriquement suffisante pour driver la quasi-totalité des casques non orthodynamiques. Avec 300mW@600ohm et 3W@32Ohm, on a de quoi faire ! Après, reste à voir en pratique si l’amplificateur s’appaire avec votre casque.

Il est, je pense, intéressant de noter que le contrôle du volume se fait sur le signal analogique entre le DAC et l’amplificateur, non pas à l’aide d’un simple potentiomètre classique, mais grâce au composant Burr-Brown PGA2311, qui est contrôlé numériquement à partir de la molette de réglage du volume. Ainsi, on est assuré qu’il n’y aura jamais de grésillements dus à la poussière lorsque l’on tourne la molette du volume.

Là encore, la conception semble propre et bien pensée, ce qui ne laisse présager que du bon concernant le rendu sonore final.

 

Et sinon, comment ça sonne ?

Après avoir examiné la bête sous tous ses angles, c’est parti pour le branchement ! Et en USB s’il vous plaît. Après une très rapide installation sous Windows des drivers XMOS, fournis sur le site d’Audiophonics, le S16 est bien reconnu. Juste le temps d’enfiler mon DT880 et c’est parti pour la première écoute de découverte.

Aune S16 (dans son environnement)

Une fois n’est pas coutume, je commence par Iron Man de l’album Paranoid des Black Sabbath. Sans même chercher à analyser quoi que ce soit, certaines caractéristiques du DAC/ampli se révèlent toutes seules, de manière très marquée : le niveau de détail est excellent ! Je découvre beaucoup de petites choses auxquelles je n’avais jamais fait attention avec l’Aune X1 (2). Par ailleurs, avec des basses et des médiums très organiques, on a vraiment l’impression d’être à côté de la basse et de la batterie. Bluffé par ces premières impressions, j’enchaîne avec Tribute des Tenacious D afin de les confirmer. Ici encore, le rendu est très impressionnant ; on arrive presque à ressentir les vibrations de la peau de la batterie ! Sentiment renforcé sur du SymphonyX. Néanmoins je préfère prendre ces premières impressions avec des pincettes : il peut arriver qu’il y ait un violent « Wow Effect » suivi d’une puissante désillusion. Heureusement, les trois semaines durant lesquelles j’ai pu tester l’ampli confirmeront ces impressions initiales.

Je continue le tour du propriétaire en enchaînant sur du classique : d’abord du piano romantique avec Chopin, Schubert et Liszt, puis du symphonique avec Edward Elgar, Tchaikovsky et Mendellson. Ici encore, pour un ampli à 550€, c’est excellent. Les haut-médiums et les aigus sont bien équilibrés. Ils sont transparents et ne sont pas écrasés par les basses fréquences. Néanmoins , quelque chose me gêne avec les violons et les trompettes, sans que je sache pour le moment l’identifier clairement.

Enfin, je termine cette première écoute avec mon style de musique favori, à savoir la musique épique de films et de jeux vidéo. Beaucoup de pistes d’Howard Shore issues du Seigneur des Anneaux et d’autres de John Williams, sur les musiques de la bande originale de Star Wars et d’Harry Potter notamment. Puis quelques musiques de jeux, interprétées par le philharmonique de Londres, un peu de Jeremy Soule avec les OST des Elder Scrolls et de GuildWars et, enfin, quelques pistes de Danny Barranowsky. Globalement, je retrouve un rendu transparent, avec une scène sonore importante, aussi bien en largeur qu’en profondeur.

Je clôture donc cette première séance après cinq ou six heures d’écoutes, avec une première impression plus que positive : même s’il y a un peu de « Wow Effect », je peux d’ores et déjà affirmer que le S16 est un bon produit dans sa gamme de prix.

J’ai ensuite passé les trois semaines suivantes à explorer, avec le DT880 et le K550, les styles musicaux que j’ai laissés de côté lors de cette première écoute, ainsi qu’à extraire plus en détail ce qui, selon moi, caractérise ce DAC/ampli. Le gros point fort du S16 se situe au niveau des basses et des médiums. L’extension dans les basses est assez impressionnante, les bas-médiums ont beaucoup d’impact et les médiums sont très détaillés, sans être analytiques pour autant. Ces basses et ces médiums sont bien dosés et très organiques, ce qui procure énormément de sensations sur l’écoute des batteries, basses et guitares. Pour autant les haut-médiums et les aigus ne sont pas à la ramasse. De ce côté-là, les voix sont aérées et transparentes. Les aigus sont ronds, ce qui, couplé avec l’impact élevé des bas-médiums, renforce le rendu chaleureux du S16. C’est d’ailleurs ce point-là qui m’a dérangé lors de mes écoutes : étant un grand fan du rendu acide du X1, j’ai trouvé le S16 trop doux dans les aigus, avec des harmoniques présentes, mais discrètes et non mises en avant. La signature est légèrement descendante, les aigus étant doux et un peu atténués, tout en conservant une belle extension. Heureusement, sur ce point, ce n’est qu’une question de goût. Pour finir, je dirai que le rendu global est très cohérent et réaliste, la scène sonore est vraiment excellente pour un ampli dans cette gamme de prix : large et permettant une bonne localisation des instruments mais avec une disposition frontale, l’auditeur étant très proche des instruments. Le bruit est nul à tout niveau de volume et le contrôle précis du volume permet de driver des intras, même sensibles, sans difficulté de réglage.

On a donc ici affaire à un rendu transparent et chaud sans être dark, organique et détaillé sans être analytique. J’ai vraiment pris mon pied à écouter du rock et du métal : on a l’impression d’être avec les musiciens. Mon seul regret est de ne pas avoir eu l’occasion de tester le S16 avec un HD800, qui possède lui aussi des haut-médiums et les aigus très transparents et aérés ainsi qu’une scène sonore qui ne devrait être que renforcée (il faudra vérifier en revanche que les basses sonnent correctement avec ce casque, réputé difficile à appairer).

En ce qui concerne l’utilisation de l’USB ou de l’optique, je n’ai entendu aucune différence, ou, du moins, trop peu de différences pour réussir à les décrire précisément. De même, le choix des filtres a peu d’impact sur le rendu, et il m’a été impossible de discerner une quelconque différence à l’aveugle. Une écoute sur une période plus longue devrait peut-être permettre de différencier ces filtres, néanmoins, cela ne modifiera pas grandement le rendu du S16 qui restera fidèle à ce qui est décrit plus haut.

 

Aune S16 (image officielle)

Conclusion

Que ce soit au niveau de la construction, qui semble irréprochable, de la conception électronique, très travaillée, ou encore du rendu sonore, cohérent, la marque Aune fait une entrée remarquée et remarquable dans le monde des DAC/ampli milieu de gamme. Le fait d’utiliser les dernières technologies et les composants les plus récents démontre clairement le sérieux du constructeur. Tous les fans de rendus organiques et de bas-médiums à fort impact devraient trouver ici leur bonheur. On pourrait simplement regretter l’absence d’une télécommande, qui aurait fait du S16 un produit vraiment complet.

 


(1) Un retard de cinq échantillons pour un signal transmis à 96kHz représente un délai d’environ 52 micro-secondes. – retour

(2) Le X1 est l’amplificateur à transistors d’entrée de gamme de Aune. – retour

2 réponses à “[Test] DAC/Ampli Aune S16

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