Dans la gamme Hifiman, les RE-262 se situent au même niveau que les RE-272, mais selon le constructeur, si ces derniers sont destinés aux amateurs de sonorités analytiques, les RE-262 privilégieraient une écoute plus musicale et plus chaude… Les intras sont livrés dans une fort jolie boîte en cuir. A l’intérieur de celle-ci on peut […]

Test Hifiman RE262, un plaisir très conditionnel.

Dans la gamme Hifiman, les RE-262 se situent au même niveau que les RE-272, mais selon le constructeur, si ces derniers sont destinés aux amateurs de sonorités analytiques, les RE-262 privilégieraient une écoute plus musicale et plus chaude…

Les intras sont livrés dans une fort jolie boîte en cuir. A l’intérieur de celle-ci on peut découvrir les intras eux-mêmes, une série d’embouts (mais pas de mousse) et trois prolongateurs de cordon: une simple rallonge du câblage symétrique (reconnaissable aux quatre segments de son jack 3,5 mâle), un adaptateur symétrique/asymétrique permettant de brancher les intras sur les sorties casques les plus courantes et enfin un inverseur de canaux, dispositif fort pratique qui permute les sorties gauche/droite envoyées sur chacun des intras et autorise ainsi leur port dit « par-dessus l’oreille », c’est-à-dire qui permet le passage du cordon depuis l’avant du pavillon vers l’arrière de la tête et sa retombée derrière l’oreille.

Les cordons sont manifestement solides, le jack est coudé mais pas à angle droit et les intras sont d’un noir laqué du plus bel effet.

Le Son

Des exigences paradoxales.

En raison de leur assez forte impédance (150 ohms) et de leur sensibilité peu élevée (95 db/mW), les RE-262 ont besoin d’une source ayant une grande amplitude de puissance pour s’exprimer.
Cela se remarque tout de suite quand, par insouciance, on les branche au départ sur un « simple » lecteur nomade genre Sansa Fuze, iRiver U100 ou Ipod vidéo 5.5: le signal est plat. Rien ne sonne, rien n’émeut. Bref, c’est terne.
Accouplés à un DAP disposant, comme le HiFiman HM-601, d’une correction de gain réglable en position haute, les RE-262 voient leur rendu s’améliorer déjà un peu: leur soundstage s’élargit et surtout se creuse, les registres se séparent de manière plus tranchée, ménageant des espaces d’expression aux octaves de transition, bas et hauts médiums, ce qui rend la restitution globale plus fluide, plus nerveuse aussi, plus racée.
(Il peut arriver, cependant, que certains lecteurs modestes arrivent à faire sonner correctement les RE-262. C’est ce que nous avons pu constater avec le petit Samsung YP-R0, sans toutefois parvenir à nous l’expliquer vraiment: question de signature, peut-être…)
Quand enfin on insère les RE-262 en aval d’un système comprenant à la fois une source puissante et une amplification (Hifiman HM-601 + CMoy, par exemple), on peut sans doute prétendre commencer à accéder à la vérité acoustique de ces intras… mais commencer seulement, car n’oublions pas qu’ils disposent d’un câblage symétrique (« balanced ») et qu’ils sont en conséquence destinés à compléter une source symétrique elle aussi.

Au vu de tous ces prérequis et limitations, il y aurait de quoi se demander si les RE-262 sont bien conçus pour le nomadisme musical. On peut, nous semble-t-il, en douter.

Une restitution agréable mais perfectible

Une fois correctement alimentés, néanmoins, les RE-262 présentent des qualités indéniables… et des défauts tout aussi patents qui viennent, hélas, gâcher le tableau par ailleurs assez flatteur de leur prestation. (Les références musicales données entre crochets renvoient à la play-list détaillée en fin de post.)

Leurs graves descendent profond et sont bien texturés. On sent par exemple les vibrations de la basse sur les morceaux de metal les mieux produits [Korn, A Perfect Circle]; ce n’est pas une sorte de coup de gong lourd et sourd mais une nappe frétillante qui laisse respirer le kick et soutient guitare et voix de façon rythmique, sans les noyer. Les graves sur les RE-262 souffrent cependant d’un certain roll-off qui, sans handicaper gravement leur extension, les empêche de donner leur pleine mesure sur les musiques qui requièrent impérativement de l’ampleur et du corps dans les plus bas registres, comme le hip-hop [Fugees], la hard-tek [Steve Stoll] ou la dark ambient abyssale [Robert Henke, Rich & Lustmord]. Les mid-basses sont cependant de toute beauté et assurent une articulation absolument délicieuse entre basses et kick, donnant autant de sensualité que d’autorité aux sections rythmiques soul et house [Groove Armada, Silicone Soul, Alexander Kowalski].

Les mediums sont bien définis et fluides, et cela d’un bout à l’autre du registre, depuis les traînes de voix en fond de gorge des chanteurs [Eels, Everlast, Ozark Henry] jusqu’au claquement des caisses claires [A Perfect Circle] et aux tapotements des cymbales [Eels, Korn]. Ils ont beaucoup de subtilité et de finesse, surtout dans leur partie haute, notamment sur le blues et le folk [Grant Lee Buffalo, P. J. Harvey, Nirvana, Alison Krauss] ainsi que dans les envolées lyriques du stoner [Karma To Burn], et une très belle séparation interne, parfaitement audible sur de l’electronica [Mouse on Mars], du grindcore [Nostromo] ou sur les morceaux ambient les plus intriqués [Gas] dont on arrive ainsi à suivre distinctement toutes les couches de bruits et de drones superposées.
Malheureusement, ils présentent aussi une sorte de voile dont ni la montée en puissance de l’amplification de la source ni le rodage des intras, même prolongé, ne suffit à les débarrasser tout à fait et qui, par effet de retrait, peut les faire paraître aigrelets, voire franchement acides. Effet ou cause de l’étroitesse du soundstage évoquée plus bas, leur rendu donne une impression persistante de réverbération tubulaire qui les rend un peu froids et les prive en tout cas de la présence vibrante et chaude indispensable aux productions frontales et/ou intimistes du rock et du jazz [Pixies, Tchicai & Rek, Norah jones].
Cet aspect resserré, voire étouffé des médiums est particulièrement perceptible sur les morceaux à la production la plus léchée, traités pour offrir une expérience acoustique à la fois transparente et immersive: soit les RE-262 ont tendance à les « aplatir », à les assécher [Robert Henke , Lucinda Williams] soit à les « dévitaliser », à leur ôter leur suc [Vista Le Vie], quand ce n’est pas les deux à la fois [Information]! Cela gâche réellement et de manière particulièrement frustrante les qualités par ailleurs remarquables de ce registre ainsi que, de façon plus générale, le rendu global de ces intras.

Les aigus sont proches du superbe, bien filés, sans acidité ni sibilance, même dans le rendu des tracks pop à la production très fraîche, voire acidulée [Grant Lee Buffalo, The Flaming Lips] ainsi que sur les prises de son les plus rentre-dedans. Leur articulation avec les haut-médiums est particulièrement précise et détaillée, conférant une assez forte présence aux voix féminines [P. J. Harvey, Fugees, Alexander Kowalski, Marshall Chapman, Tift Merrit] ainsi qu’aux timbres masculins filtrés de la house [Organic Audio] et un beau délié aux arpèges de guitares et de synthés [Karma To Burn, Transwave].

La séparation est excellente, tant d’un point de vue fréquentiel (chaque registre est à sa place) que spatialement (dans l’étagement en profondeur des plans, notamment à l’écoute des petites formations, et dans la localisation panoramique des sources). Cela confère à la restitution une double qualité de présence et d’aération qui est très appréciable.

Maintenant le soundstage, s’il est profond et bien distributif latéralement, n’est pas des plus larges. Est-ce à cause de la tubularité des médiums et du roll-off des basses évoquée plus haut? Toujours est-il que l’impression spatiale créée par ces intras est un peu similaire à celle que donnerait une chanteuse n’arrivant pas à projeter tout à fait sa voix: cela reste « dans le masque » et sonne contraint, étroit, trop droit en un sens.

Pour tout dire ces intras laissent un peu un sentiment d’inachevé. A les écouter, on se sent parfois à quelques pas du paradis, surtout sur les musiques acoustiques et/ou vocales [ « La Donna È Mobile » d’Ozark Henry,le folk aérien et lumineux d‘Alisson Krauss] et certaines productions des plus complexes [Lucinda Williams], mais on est encore loin d’y atteindre, malheureusement.
Cela dit, il faut relativiser: comparés à leurs « petits frères », les RE-Zero, ou à des modèles analytiques de même gamme mais plus anciens, comme les Q-Jays, les RE-262 présentent une supériorité indéniable, y compris dans les secteurs où saillent leurs défauts les plus gênants, tels que la constriction de leur médium et celle de leur soundstage: les RE-Zero sonnent encore plus étouffés, les Q-Jays encore plus froids et les deux sont loin d’avoir un soundstage aussi subtil et précis dans son étagement et ses placements.

Alors, ces RE-262: recommandables ou non?

Non, probablement.
D’abord parce que, pour arriver à en profiter, il faudra disposer d’une source qui envoie vraiment et qu’à l’exception des briques audiophiles et, plus généralement, des lecteurs dotés d’une amplification conséquente il ne sera pas possible de tirer partie des indéniables qualités de ces intras.
Ensuite parce que, même si les défauts de leur restitution recensés plus haut restent relatifs, il nous paraît assez clair que, pour un prix similaire (aux alentours de 130 €) et dans la même gamme d’intras plutôt musicaux et doux, les Yamaha EPH 100, par exemple, en dépit de leur équilibre nettement plus descendant et de leur rendu globalement plus chaud, nous semblent autrement plus attractifs.

Maintenant si vous êtes les heureux propriétaires de briques audiophiles, de « petits » lecteurs qui envoient le bois (tels le Rocoo A, le Cube C30 ou le Window W25) ou si vous disposez d’un ampli nomade puissant, pourquoi pas? Le niveau de détail proposé, la séparation des instruments, la netteté des aigus et le caractère malgré tout musical de l’ensemble ne sont pas aussi courants que cela à ce niveau de prix et donnent au RE-262 une personnalité attachante… à défaut d’être très accessible.

Play-list

(Artiste – Album – Piste. « Titre »)

A Perfect CircleThirteenth Step – 01. « The Package »
CHAPMAN MarshallBig lonesome – 9. « Mississippi Man In Mexico »
EelsDaisies Of The Galaxy – 05. « Daisies Of The Galaxy »
EverlastWhitey Ford Sings The Blues – 05. « Get Down »
Flaming Lips (The)Yoshimi Battles The Pink Robots – 10. « All We Have Is Now »
Fugees - The Score – 06. « Fu-Gee-La »
FugeesThe Score – 10. « The Mask »
GasPop – 03.
Grant Lee BuffaloMighty Joe Moon – 02. « Mockingbirds »
Groove ArmadaGoodby Country (Hello Nightclub) – 01. « Suntoucher »
HARVEY P. J.Stories From The City, Stories From The Sea – 04. « One Line »
HARVEY P. J.Stories From The City, Stories From The Sea – 10. « This Is Love »
HENKE RobertLayering Buddha – 01. »Layer 001″
InformationBiomekano – 09. « Center By Celebrating The Loop »
JONES NorahFeels Like home – 11. « The long Way Home »
Karma To BurnKarma To Burn – 04. « Mt. Penetrator »
KornKorn – 01. « Blind »
KOWALSKI AlexanderChanges – 04. « Start Chasing »
KRAUSS AlisonA Hundred Miles or More – 3. « Jacob’s Dream »
MERRITT TiftBramble Rose – 4. « Bird Of Freedom »
Mouse On MarsAutoditacker – 02. « Juju »
NirvanaUnplugged In New York – 06. « Dumb »
NostromoEcce Lex – 03. « Still Born Prophet »
Organic AudioLovelight – 01. « Touch The Sky »
Ozark HenryThe Sailor Not The Sea – 01. « La Donna E Mobile »
Ozark HenryThe Sailor Not The Sea – 02. « Indian Summer »
PixiesSurfer Rosa – 07. « Where Is My Mind »
RICH Robert & LUSTMORD BrianStalker – 01. « Elemental Trigger »
Silicone SoulStaring Into Space – 02. « Folie A Deux »
Silicone SoulStaring Into Space – 04. « Inferno »
STOLL SteveThe Blunted Boy Wonder – 03. « Model T »
TCHICAI John & REK VitoldSatisfaction – 02. « Hullo »
TranswavePhototropic – 02. « Byron Bay »
Vista Le VieA Futuristic Family Film – 07. « Kids With Gloves »
WILLIAMS LucindaBlessed – 4. « Born To Be Loved »
WILLIAMS LucindaBlessed – 7. « Blessed »

 

Venez commenter le test sur le forum : http://forum.tellementnomade.org/viewtopic.php?f=93&t=3920

11 réponses à “Test Hifiman RE262, un plaisir très conditionnel.

  1. Bonjour,

    Je trouve ce test plutôt subjectif. Possédant moi même ces Hifiman et ayant lu tous les tests diponibles sur la toile anglophile, je ne sais pas ou avez-vous été chercher par exemple qu’il existe un voile dans les médium ? Au contraire ! Ces intras proposent un son ultras transparants sur tout le spectre au contraire !

    Toutes les critiques que vous leur faite sont étrangement absentes partout ailleur, aussi bien de la part des sites spécialisés que des utilisateurs. (sauf peut-être pour leur exigeance en matière de puissance).

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