Bonjour à tous ! Récent possesseur de Zero Audio Carbo Tenore qui me ravissent, j’étais curieux de pouvoir écouter un jour le modèle à deux drivers BA de la firme japonaise. Lebouzin m’ayant spontanément et très sympathiquement envoyé sa paire de en prêt, ce dont je le remercie chaleureusement, je tenais enfin l’occasion de les […]

Zero Audio Carbo Doppio vs. Sleek Audio SA7

Bonjour à tous !

Récent possesseur de Zero Audio Carbo Tenore qui me ravissent, j’étais curieux de pouvoir écouter un jour le modèle à deux drivers BA de la firme japonaise.
Lebouzin m’ayant spontanément et très sympathiquement envoyé sa paire de Doppio en prêt, ce dont je le remercie chaleureusement, je tenais enfin l’occasion de les mettre en regard avec mes intras de référence actuels en milieu de gamme, les Sleek Audio SA7, qui partagent la même technologie.

Actuellement les Doppio se trouvent à 146 $ fdpin sur ebay, cependant que les Sleek Audio peuvent s’acheter à 275,94 $ fdpin sur le site de la marque. (Ces deux tarifs ne comprennent pas les taxes douanières.) La différence n’est pas mince ; elle est même presque de l’ordre du simple au double !
Et pourtant, comme vous allez le voir, j’estime que les Zero Audio ont des qualités acoustiques propres qui pourraient les faire préférer aux SA7

A gauche, les Sleek Audio SA7; à droite, les Zero Audio Carbo Doppio. (Photo: DZ.)

 

Protocole et play-list de test

Les écoutes de ce comparatif se sont déroulées sur une semaine entière, avec plus ou moins une après-midi consacrée à chaque secteur de comparaison (soundstage, réponse fréquentielle, rapidité, dynamique et fidélité timbrale) et d’assez longues pauses entre chaque session.
Au cours d’une même session, je me contentais de faire défiler les morceaux de ma play-list censés être révélateurs dans le secteur d’écoute concerné et de les passer sur l’une et l’autre des deux paires d’intras que je branchais alternativement sur la sortie de mon ampli nomade Trasam HA1 2G (avec son OPA2111 d’origine) ; ce dernier recevant le signal depuis mon iBasso DX50 via un LOD en cuivre de chez SMSL (celui qui était livré en fait avec mon SMSL sAp-5 et que ClieOS, sur Head-Fi, adore…)
J’ai été ainsi amené à juger les performances respectives des Doppio et des SA7 sur les morceaux suivants:

Air – Moon Safari – 03. All I Need
A Perfect Circle – Thirteenth Step – 01. The Package
Eels (The) – Daisies Of The Galaxy – 05. Daisies Of The Galaxy
Fugees (The) – The Score – 06. Fu-Gee-La
Nostromo – Ecce Lex – 03. Stillborn Prophet
Ozark Henry – The Sailor Not The Sea – 01. La Donna è Mobile
Ozark Henry – The Sailor Not The Sea – 02. Indian Summer
Pixies – Surfer Rosa – 07. Where Is My Mind ?
RICH Robert & LUSTMORD Brian – Stalker – 01. Elemental Trigger
Silicone Soul – Staring Into Space – 02. Folie A Deux
STILETTO Gianni – Kognitive Divide – 01. Reality Port 23
Swell – Whenever You’re Ready – 06. In The Morning
TCHICAI John & REK Vitold – Satisfaction – 02. Hullo
Transwave – Phototropic – 02. Byron Bay

Je ne me suis attaché ici qu’à comparer le son de ces deux paires d’intras (et non leur confort, la richesse de leur bundle, la qualité de leur câble, etc…)

Les SA7 étaient en configuration « neutre », avec canules et bouchons « = ».
Le type de fit que j’ai adopté pour l’une et l’autre paires d’intras est celui qui m’a semblé le plus confortable sur le long cours, à savoir avec le seal en entrée de conduit auriculaire.
J’avais enfin monté des embouts Sony Hybrid ou équivalents sur les deux paires d’intras car ce sont ceux qui permettent justement le meilleur seal de mes conduits dans cette position.

Les mêmes sans embouts. (Photo: DZ.)

 

Premières impressions, premiers contrastes.

La différence qui m’a le plus frappé au premier abord entre les SA7 et les Doppio est la sonorité plus claire de ces derniers (une clarté qui est un peu le signe distinctif de la gamme Carbo de Zero Audio, à laquelle ils appartiennent avec les intras à drivers dynamiques que sont les Tenore).
Comparativement aux Zero Audio, les Sleek Audio semblent en effet avoir une signature plus sombre ou plus sourde.
Cette impression est accentuée par le fait que, pour un même niveau de sortie de la source, les SA7 sonnent moins fort que les Doppio, conséquence d’une inégalité assez marquée entre leurs impédances respectives : 50 ohms pour les premiers contre 12 ohms seulement pour les seconds (leurs sensibilités étant en revanche plus ou moins égales, respectivement 115 et 113 dB). Cette différence peut cependant tourner à l’avantage des Sleek Audio sur lesquels les bruits de fond de la source sont moins perceptibles. Ainsi la sortie de mon Trasam HA1 2G est-elle parfaitement silencieuse sur les SA7 tandis qu’elle délivre un chuintement (« hiss ») très léger mais audible sur les Doppio.

L’autre différence qui m’a paru d’emblée assez évidente entre les Sleek Audio et les Zero Audio semble directement corrélée avec la première : la scène sonore des Doppio offre une aération assez grandiose, tout a l’air d’y « respirer » à l’aise, comme sur une paire d’oreillettes, alors que sur le soundstage des SA7, tout donne par contraste l’impression d’être très tenu, retenu, maté, voire comprimé.
Ce deuxième avantage apparent des Zero Audio sur les Sleek Audio a cependant aussi son envers : la pauvreté assez remarquable (et très rapidement perceptible aussi) du rendu des Doppio en graves, comme si leur soundstage était trop dispersif pour donner vraiment à entendre les pulsations plus lentes des fréquences basses, fréquences que les SA7 me semblaient pour leur part restituer avec un impact et une présence supérieurs…

Pour autant, même après ces premiers ressentis un peu contrastés, les Doppio continuaient à me charmer par leur côté brillant et aérien que j’aurais alors volontiers qualifié de « naturel »… Par comparaison, la précision et la rectitude des SA7, que j’avais tant vantées ailleurs avec mes camarades jecr et MrButchi, persistaient à me paraître les attributs d’une personnalité finalement plus terne et plus renfermée.

Une analyse serrée des performances sonores de ces deux paires d’intras secteur par secteur (soundstage, réponse fréquentielle, rapidité, dynamique et fidélité timbrale) allait cependant venir rectifier peu à peu ce premier jugement, sans doute trop empreint de subjectivité, et me donner une vue que j’espère aujourd’hui plus juste sur les réels avantages que le rendu sonore de l’une peut avoir sur celui de l’autre…

Analyse par secteur

Soundstage

La scène sonore des SA7, comme nous l’avons souligné, MrButchi, jecr et moi-même, dans notre test des Sleek Audio, est tassée frontalement alors que celle des Doppio s’affirme tout de suite comme plus creusée, plus ouverte aux résonances des sons. En toute logique, elle devrait permettre un meilleur étagement des plans en profondeur et, de fait, les sons paraissent s’y éployer de manière fine et très distributive, avec un effet presque 3D… du moins dans un premier temps car la réalité, hélas, est plus complexe.

Certes, avec les SA7 il faut en quelque sorte interpréter le signal pour avoir une perception cohérente des données spatio-acoustiques qu’il véhicule tandis que, sur les Doppio, l’espace de la prise de son ou de la production paraît s’imposer aux sens avec naturel (comme, par exemple, le studio d’enregistrement du « Where Is My Mind ? » des Pixies). De même les genres les plus spatialisés, telle la dark ambient de Rich & Lustmord, semblent-ils de prime abord mieux rendus par les Zero Audio que par les Sleek Audio, notamment dans la dimension frontale, plus vaste sur les premiers que sur les seconds. Néanmoins il apparait assez vite que ce sentiment d’extension de la scène en profondeur sur les Doppio est porté par une sorte d’effet de réverbération pas toujours très bien maîtrisé, comme si les sons étaient moins restitués avec leur spatialisation spécifique que projetés dans un espace artificiel exagérant autant la distance acoustique qui les séparent que l’ampleur de leur diffusion propre.

Le soupçon m’en est venu quand j’ai constaté que le positionnement latéral des sources était comme flouté ou troublé sur les Zero Audio, du moins par comparaison avec les SA7 qui présentent pour leur part une stéréophonie mieux tenue, à la fois plus exacte et plus fidèle, conférant aux interventions des instruments une plus grande stabilité dans le panoramique ainsi qu’un meilleur détourage.

Je me suis rendu compte ensuite que les Sleek Audio, à défaut d’avoir un soundstage profond, n’étaient pas du tout dénués de capacités à rendre compte de la profondeur d’un espace acoustique, notamment dans la restitution des traînes d’impact (hits de synthés et percussions graves en particulier) et que si, à la suite d’une écoute rapide, ils avaient l’air moins bien adaptés que les Doppio aux musiques très spatialisées, au final leur soundstage était sans doute moins « trucard » et déformant que celui des Zero Audio, et cela dans toutes ses dimensions, frontale comprise.

S’il fallait résumer mon sentiment, je dirais que les SA7 s’efforcent de restituer la scène sonore propre à chaque morceau dans la limite de leurs capacités, tandis que les Zero Audio accueillent le signal dans un espace acoustique pré-défini, relativement plus réverbéré en tout cas, qui peut faire illusion au départ mais qui risque au final de se révéler moins « réaliste » et donc décevant.
Cela dit, la position de l’auditeur dans le soundstage respectif de ces deux intras joue aussi sur la perception de ce dernier : très proche de la scène sur les Sleek Audio, elle en est nettement plus éloignée sur les Doppio qui, du coup, paraissent offrir un espace acoustique plus vaste… alors qu’en fait on l’écoute pour ainsi dire de plus loin.

D’un côté c’est le premier rang dans une salle de concert, de l’autre le banc au fond de la cathédrale : le comportement des extensions ne peut que s’en ressentir (et cela dans tous les registres, y compris les médiums, comme nous le verrons plus loin).

Réponse fréquentielle

Graves

Le registre grave est assez sourd sur les SA7 et, comme on le sait, très (voire trop) tenu dans ses extensions. Il paraît en revanche nettement plus exubérant ou « débordant » sur les Doppio, doté en tout cas d’extensions moins raccourcies qui donnent le sentiment de faire sonner les interventions instrumentales de ce registre de manière plus « réaliste ».
Cependant, comme je l’ai déjà évoqué plus haut, il est tout aussi évident, d’emblée, que les Zero Audio coupent assez tôt dans le bas, privant l’auditeur d’une perception correcte des infra-basses. Sur les Doppio, la grosse caisse des sets de batterie semble ainsi souvent passée à la trappe. C’est encore plus frappant avec les bass drums des marching bands comme celui utilisé de façon très pertinente et astucieuse par les Eels dans leur mélancolique chanson « Daisies of the Galaxy », en contrepoint du refrain : si, grâce à la sensibilité particulière des Zero Audio aux réverbérations, ceux-ci laissent un peu entendre son rumble ou grondement particulier, ils effacent presque entièrement son impact.

Sur les SA7, en revanche, tout se perçoit beaucoup mieux, aussi bien l’attaque de la grosse caisse que son decay. Il en va de même pour le rendu de la basse : sur du hip-hop, notamment, tel le « Fu-Gee-La » des Fugees, où la basse est mixée plus grave que le kick et où la césure entre les intervalles de fréquences qui leur sont respectivement alloués est également plus basse que dans le spectre d’autres genres musicaux, les Sleek Audio délivrent avec plus d’autorité un son de basse qui a plus de corps. La restitution de cette même ligne de basse est moins impérieuse sur les Doppio, qui en soulignent la cadence avec une discrétion inappropriée, sans imposer la pulsation  presque emphatique qu’exige ce type de chanson « de combat » où la scansion du phrasé ou flow est censée rivaliser inlassablement avec le beat ou martèlement de la section rythmique, dans une sorte de métaphore musicale de la lutte des minorités contre l’oppression du système. Cette image, les Doppio ne la délivrent pas.

Et cette même défaillance des Zero Audio est également patente sur de la dark ambient où le message sonore est souvent structuré tant temporellement (avec la mélodie) que spatialement par les articulations d’une texture d’instruments graves souvent riche et complexe. Le Stalker de Rich & Lustmord présente ainsi beaucoup plus de « lisibilité » sur les SA7 que sur les Doppio dont le rendu, trop fluet et/ou réverbéré dans les plus basses fréquences, ne parvient à reconstituer de manière cohérente les vastitudes acoustiques évoquées par ce chef-d’œuvre de l’ambient abyssale. Le rendu de ce même album par les Sleek Audio, malgré le manque de profondeur du soundstage de ces intras, est à la fois plus fidèle et plus immersif, et cela, paradoxalement, grâce à leur plus grande maîtrise des extensions des interventions dans le registre grave.

C’est aussi ce contrôle supérieur dans le bas du spectre qui permet aux SA7 de proposer des mid-basses également plus percutantes (tout comme les infra-basses) mais aussi mieux texturées que sur les Zero Audio.

Médiums

Jusqu’à présent, me direz-vous, rien de tout cela (prix mis à part) ne donne vraiment envie de choisir les Doppio plutôt que les SA7.
Il est pourtant un domaine où les premiers excellent avec une aisance franchement séduisante et, surtout, authentique: le rendu des voix et des instruments acoustiques, de la partie médiane du spectre donc.
Ce n’est pas évident non plus au départ tant les médiums paraissent tout d’abord plus en retrait sur les Zero Audio que sur les Sleek Audio, moins présents et peut-être aussi moins « charnus », mais très vite on s’aperçoit de la finesse de leur articulation sur les Doppio et de la séparation aussi nette que fluide que ces derniers offrent entre les sub-divisions de ce registre.
Par comparaison, les médiums des SA7 sont nettement plus « dans le caisson », moins transparents, plus en avant certes mais plus sourds car eux aussi dépourvus d’une partie de leur extension en profondeur, notamment les voix des chanteurs qui semblent perdre sur ces intras une partie de leurs résonances propres et manquer ainsi d’assise comme de richesse timbrale.

Le seul secteur de ce registre où les Zero Audio pourraient éventuellement paraître le céder aux Sleek Audio serait l’articulation hauts-médiums/aigus. Non que les Doppio soient plus sibilants que les SA7 (qui déjà ne le sont guère eux-mêmes), mais ils présentent plus de raideur que ces derniers dans le rendu de cet intervalle de fréquences : si les accents les plus chuintants des voix y sifflent tout aussi peu, ils y sonnent cependant avec plus de froideur, de roideur, de façon plus coupante… Mais peut-être est-ce la rançon d’une plus grande résolution de ce registre chez les Zero Audio.
Cela en surprendra probablement certains mais j’estime en effet que les Doppio sont en un sens plus « analytiques » que les Sleek Audio dans la restitution des médiums. Leur partie haute, pour dure ou rigide qu’elle soit dans la signature des Zero Audio, est aussi nettement mieux structurée que sur les SA7, surtout dans le rendu des meilleures productions (comme celle du « La Donna è Mobile » d’Ozark Henry, par exemple). Cette précision a un effet encore plus positif dans la section basse de ce registre en ce qu’elle permet des transitions quasi-parfaites, très jouissives en tout cas, entre médiums et bas-médiums : ce point de bascule, si crucial pour la caractérisation des voix (le respect de leur raucité naturelle, par exemple), est restitué sur les Doppio avec tout à la fois plus de netteté et de souplesse que sur les SA7.

En fait, et cela m’a étonné un peu moi-même, les Zero Audio ont, au niveau des médiums, un spectre plus cohérent et discriminant à la fois que les Sleek Audio qui, par comparaison, en paraîtraient presque brouillons dans leur restitution de ce registre, guitares et voix se disputant un peu leur scène sans former un tout aussi harmonieusement entrelacé que sur celle des Doppio. En même temps, ces derniers donnent aux voix et aux interventions instrumentales de même tonalité bien plus de texture et de grain que les SA7 : on « voit » mieux, à l’écoute des Zero Audio, la bouche des chanteurs, on perçoit mieux le mouvement de leurs lèvres…
Là où les Sleek Audio sont fluides, les Doppio sont transparents et articulés à la fois.
Alors, certes, le tassement même du soundstage des SA7 a l’air de porter les voix sur le devant de la scène. Pourtant, c’est sur celle des Zero Audio que, quoiqu’en retrait apparent, elles sonnent de la façon la plus lisible, la plus évidente, avec le plus de clarté et de naturel.

Aigus

Comme, malheureusement, la raideur des hauts-médiums sur les Doppio pouvait le faire craindre, la restitution des aigus sur ces intras est plus crispée que sur les Sleek Audio.
Les SA7, ainsi que cela a été souligné dans leur test, traitent les registres supérieurs avec beaucoup de finesse et de douceur, sans agressivité aucune : c’est une lumière tendre… mais qui n’en éclaire pas moins très haut !
Par contraste, les aigus sur les Doppio ont quelque chose de mince et de contraint, de plus âpre aussi, de plus « chirurgical »… Sanction de leur plus grande résolution ?

La brillance est de leur côté, c’est certain, mais elle confère peut-être un « croustillant » artificiel aux instruments des hauts registres. La cymbale en particulier scintille beaucoup sur les Zero Audio… mais elle « frétille » plus sur les Sleek Audio, avec un plus grand luxe de micro-détails et moins d’acidité.
Les SA7 reproduisent également mieux les octaves les plus hauts perchés des voix et des chœurs féminins, leur souplesse native donnant à ces tessitures des résonances moins projetées et plus euphoniques, plus musicales en un mot.
Cela dit, les Doppio ne souffrent par ailleurs d’aucune stridence (saturations aux alentours de 10 kHz) et cela malgré la clarté de leur rendu. Cette clarté ne peut donc être imputée à une accentuation artificielle de leur spectre dans les plus hauts registres mais procède, tout simplement, de la transparence exceptionnelle (pour leur prix) de leurs médiums.

Rapidité

En plus de sonner clairs, les Doppio frappent par leur rapidité. Sur de la drum’n’bass aussi véloce et virtuose que celle de Gianni Stiletto, cela pétille de partout! Les attaques sèches dans les aigus et le détourage des médiums font merveille pour rendre compte de ce genre de rythmique complexe et intriquée.

Mis à l’épreuve sur ce même morceau, les SA7 tirent plus la langue. L’estompe de leurs impacts rend la succession des salves de syncopes moins articulée. Sur les Sleek Audio, la séquence la plus fiévreuse de ce morceau (à partir de 2’44 ») semble moins détaillée, plus lissée, plus fondue. Cela provient en partie de la relative « surdité » des médiums sur les SA7 mais aussi de la fluidité de leurs aigus qui assombrit et mate leur restitution.
Alors, les Zero Audio, champions incontestables de la rapidité ? Le classement final sur ce critère n’est pas aussi évident que ça car, tout comme la résolution dans l’espace, celle dans le temps, qu’est la vélocité, ne se mesure pas qu’avec un seul instrument, or dès que les sources se multiplient un peu, les Doppio semblent perdre pied… et les Sleek Audio reprendre la main !
La drum’n’bass de Gianni Stiletto est en effet assez dépouillée et, dès qu’on passe à des morceaux également rapides mais faisant intervenir plus de sources, ce sont les SA7 qui paraissent plus vifs et alertes. Sur le « Byron Bay » de Transwave, par exemple, on a plus de mal à suivre sur les Zero Audio les différentes lignes de synthés enchevêtrées dans le passage de test (à partir de 4’56 ») ; l’impression est celle d’une plus grande confusion, d’un manque de « piqué » dans le suivi rythmique. La plus grande clarté de ces intras n’y fait rien : ils sonnent, sur ce genre de morceau, plus brouillons que les Sleek Audio.

On peut faire le même constat quand les instruments jouent dans des registres plus graves, et cela même à effectif réduit. Ainsi, sur le morceau de Nostromo qui ne comporte néanmoins pour source qu’un quatuor des plus classiques dans le rock (chanteur, batterie, guitare & basse), même si les Doppio fournissent une performance très honorable, les SA7 donnent malgré tout une impression de plus grande rapidité, non seulement par une plus grande présence des instruments, leur soundstage étant somme toute taillé pour ce genre de musique, mais aussi grâce à leur meilleure maîtrise des extensions dans le grave, dont nous avons déjà fait état plus haut : les Zero Audio « résonnent » trop sur ce type de morceau et ce sont une nouvelle fois les réverbérations excessives de leur scène sonore dans les basses fréquences qui nuisent à leur rendu dont elles empâtent ici la vélocité.

 

Dynamique

Rois de l’impact et de la présence, notamment dans le bas du spectre, les SA7 sont armés pour marteler avec autorité les cadences binaires. Les Doppio ont moins de pêche et compensent, comme on vient de le voir, cette relative timidité de leur rendu rythmique par le délinéament des médiums et le contourage des aigus. Hélas, leur restitution m’a toujours paru manquer globalement de swing ou de groove, cette forme de balancement tellement cool dont la production exige paradoxalement un très grand contrôle dans l’expression des transitoires, le déroulé micro-dynamique. Sur ce point, les Zero Audio souffrent d’un certain relâchement peu élégant, même si bénin.
Ils sont en revanche beaucoup plus à l’aise à l’échelle macro-dynamique, dans le passage d’un niveau sonore à un autre au sein d’un même morceau, et aussi dans la fidélité à la dynamique « moyenne », celle qui caractérise les disparités simultanées de niveaux sonores entre instruments. Dans ces domaines, c’est au tour des Sleek Audio de paraître un peu mous ou « comprimants », et cela toujours à cause de leurs médiums relativement feutrés.

En dynamique moyenne, les Doppio sont plus fidèles au signal, et cela sur chaque canal, ce qui améliore l’image stéréo qu’ils délivrent, contrebalançant ainsi la confusion qu’y jette parfois l’excès de réverbérations de leur soundstage. Ils rendent notamment à merveille les effets de ping-pong, même les plus subtils comme dans le morceau de Swell, donnant par là-même la possibilité d’une véritable écoute-analyse de certains tracks, acoustiques principalement.
Sur ces mêmes morceaux à sonorité claire, telle encore la house-jazz de Silicone Soul, les Zero Audio sont aussi plus « chantants » que les SA7, leur rendu est plus enjoué, plus fun, mieux enlevé… même s’ils échouent à conférer le même peps et le même entrain aux bas registres. Cela va mieux quand on les enfonce plus dans le conduit auditif, mais encore faut-il que cela soit possible… et toléré par leur porteur ! (Ce qui n’est pas mon cas, hélas.)

Cela dit, même en insérant profondément les Doppio dans les oreilles, avec des embouts bien occlusifs, leurs basses, quoique plus présentes et mieux incarnées, n’en sont pas beaucoup plus percutantes. Surtout, elles ne sont pas mieux texturées : la performance des SA7 dans ce registre leur reste décidément inaccessible, les distinctions de niveaux sonores des instruments graves entre eux ainsi qu’avec les instruments médiums (dont les voix) étant plus marquées chez ces derniers.

Respect des timbres

Comme vous vous en doutez désormais, les Doppio offrent une grande fidélité aux timbres des instruments acoustiques.
Toutefois, là encore, si le jeu des vents et des guitares, ainsi que les subtilités des voix sont reproduits avec réalisme par ces intras, il n’en va pas de même des instruments graves qui, sur les Zero Audio, manquent clairement de corps et de résolution. La contrebasse de Vitold Rek, dans le morceau « Hullo » joué avec le saxophoniste John Tchicaï, est là pour en témoigner : sur les Doppio, elle ne laisse pas de sonner un peu creux et désincarné.

Inversement, si la relative lenteur des Sleek Audio dans la restitution des médiums leur fait un peu « pleurer » le saxophone de Tchicaï, ils ne loupent pas le grain de la contrebasse, les infimes micro-résonances de sa caisse en bois.
De façon générale et malgré le rendu un peu feutré de leurs médiums, les SA7 soulignent mieux que les Zero Audio toutes les différences subtiles qui permettent de différencier un timbre d’un autre et font sonner chaque instrument avec une identité et une spécificité plus nettes… Seulement voilà, il y a une exception, un cas particulier qui peut peser lourd dans l’esprit de certains, voire de beaucoup : le rendu des voix.
Alors que sur les Sleek Audio les voix paraissent toujours un peu « écrasées » et manquer à la fois d’extension et de transparence, elles sont tout simplement magnifiques sur les Doppio : claires, articulées, impactées, profondes, avec même quelque chose de « tactile », notamment, comme je l’ai déjà indiqué plus haut, dans le respect de la raucité propre à chaque chanteur, par exemple dans le morceau des Eels ou celui d’Air.

 

Conclusion

L’un dans l’autre, le rendu des SA7 m’a paru plus cohérent, mieux maîtrisé même si, au premier abord, il sonne plus sourd que celui des Doppio. Ceux-ci ont en revanche la haute main dans le domaine des musiques acoustiques en petite formation grâce à leur restitution plus transparente des médiums qui fait leur charme immédiat.
Les SA7 n’ont pas de défaut flagrant, vraiment déséquilibrant et/ ou rédhibitoire relativement aux Doppio. Leur restitution souffre juste d’une certaine matité dans le milieu du spectre… C’est le bon élève un peu terne.
Les Doppio, en revanche, ont bel et bien un défaut structurel : le manque de graves.
Au final, « objectivement », on préférera les SA7 pour leur prestation jamais médiocre nulle part, plus complète… mais les Doppio sont typiquement des intras qui peuvent susciter le coup de cœur, notamment chez les amateurs de voix et d’alt-folk éthéré. C’est l’élève un peu creux… mais brillant !

6 réponses à “Zero Audio Carbo Doppio vs. Sleek Audio SA7

  1. Le câble des Sleek audio est il toujours d’aussi mauvaises qualités ? Ceux que j’utilisais il y’a 3 ans ne duraient pas plus de 6 mois.

    1. Le câble de mes SA7 est en effet très fragile: la gaine du jack s’est déjà décollée! C’est LE gros point faible des SA7.

    2. J’ai des ct7 depuis quelques années et les câbles étaient de loin les pires que j’ai vu. Ils en ont des nouveaux depuis peu et honnêtement ils sont supers. BEAUCOUP plus solides. Je crois qu’ils ont réglé le problème

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