Voilà un mois que l’on attendait la suite de l’épopée Patton sur Tellement Nomade. Après l’épisode « SuperNova », Lucius vous livre enfin la suite dans nos colonnes. Unstoppable En 2002, Mike Patton est convié pour un Ep des « The Dillinger Escape Plan », groupe de Jazz/Metalcore créé à la fin des années 90. Ce n’est […]

[ZIK] Patton : Ballad of a Mad Man

Voilà un mois que l’on attendait la suite de l’épopée Patton sur Tellement Nomade. Après l’épisode « SuperNova », Lucius vous livre enfin la suite dans nos colonnes.

Unstoppable

En 2002, Mike Patton est convié pour un Ep des « The Dillinger Escape Plan », groupe de Jazz/Metalcore créé à la fin des années 90.

Ce n’est pas vraiment surprenant de voir ces deux entités se regrouper pour donner naissance à un monstre de la musique extrême. Cet Ep, à la pochette effrayante où un enfant nous propose un couteau, est un véritable grand-huit, une essoreuse du rock. Cette galette nous propose quatre titres tous plus originaux les uns que les autres, d’une violence inouïe amenant la panique et la rage dans votre tête, un défouloir incroyable qui nous scotche par son mélange de richesse, d’émotion et de genres. C’est pro, carré, intègre, sans concession : on regrettera que la collaboration commence et s’arrête ici. Hollywood Square… On en prend plein la tête pendant 4 minutes où Patton livre une de ses meilleures performances (oui, avec California et cet EP, je ne suis plus objectif). Les 4 pistes sont un concentré de ce que fait Patton sans jamais se caricaturer : il a mis tout le monde d’accord pendant 20 minutes puis il a repris sa route… Donc ce premier morceau de fou, avec une batterie nous martelant le cerveau sans aucune retenue, va nous préparer aux deux prochaines pistes. Il faudra attendre le morceau suivant, Pig Latin, pour « souffler » et arriver au point culminant de la prestation de chaque artiste de cet EP : « When good dogs do bad things ». Les mots me manquent pour décrire ce morceau. Dois-je préciser qu’il fait partie de ma playlist de test ? Et en live ? C’est la grosse purge évidemment.

Finalement, peut-être que les 5 musiciens ont eu pitié de la concurrence en stoppant net cette collaboration afin de leur laisser une chance. Ou alors ce travail de groupe fut trop éprouvant pour tenir sur la longueur… Plus sérieusement, Patton aurait dit : « Il faudra vous contenter de cet EP, mais pas de soucis, on a fait le maximum. »

Si cet EP vous a glacé le sang, évitez la prochaine collaboration entre Zorn et Patton, Leviathan, (IAO) : j’imagine que, lorsque les portes de l’enfer s’ouvrent à vous, la musique de Léviathan parvient jusqu’à vos oreilles. Dans ce morceau extrême et impressionnant, le maître et l’élève lâchent les chevaux, et se retrouvent en haut de la pyramide hardcore.
Patton participe à l’hommage des Black Flag (groupe de punk américains) en chantant le morceau  Six Pack.

Puis il remixe un morceau du groupe de metal ISIS, signé justement chez IPECAC.

En 2002 sort Hemophiliac, projet entre Zorn, Patton et Ikue Mori (compositrice de musique électroacoustique d’origine japonaise).

Les trois artistes livrent une œuvre éprouvante et quasi-indescriptible. Enregistré sur l’instant, en des lieux différents, cet échappé d’un « asile de son » a fui ses psychologues pour s’exprimer librement sans retenue, sans réflexion. Bordel organisé pour certains, du n’importe quoi pour d’autres.
Il est inutile d’essayer d’expliquer cette galette, soit elle vous parle, soit elle vous dégoûte.

L’année 2002, voit aussi naître une tournée du « Fantômas/Melvins Big band », des concerts d’une intensité incroyable, malheureusement trop mal enregistrés pour finir sur un CD… Ce qui arrivera malgré tout !

La chanson Zemaraim de Fantômas apparu sur sur Masada Anniversary Vol.3.

Patton recomposera Kotchot sur le volume 2 avant de reprendre du service chez les Indiens.

En 2003, Tomahawk remet le couvercle avec Mit Gas :

« Y a de l’eau, dans l’gaz… »
Au réveil, c’est le chant des oiseaux qui m’ouvre les yeux. La beauté habituelle de ce rituel a laissé place aujourd’hui à une mélodie peu rassurante: cela suinte la peur à chaque seconde. Comme pour m’annoncer une catastrophe, les oiseaux créent leur chant du cygne.
Si je dois partir en guerre, je préfère profiter encore d’une journée de paix comme si c’était la dernière avant de rejoindre l’apocalypse.
Je ne pourrai pas gagner, me chante le Grand esprit de la terre. L’ennemi détient tout ce qu’il faut pour m’abattre et me contrôler dans ma misérable existence, fruit créé depuis la nuit des temps. Mais quand cela a-t-il commencé? Depuis quand ces gens ont-ils établi leur plan?
Il ne me reste plus qu’à appeler à l’aide.
Personne ne répond. Il ne me reste plus que les drogues et le sexe pour échapper à l’horreur à laquelle je dois faire face.
Je m’en retourne au grand esprit, lui qui nous a donné le monde. Grave erreur : le grand esprit est fâché et plein de mélancolie, lui qui nous a offert le monde. Nous n’avons pas su le protéger contre ses détracteurs. Notre passé s’arrête, n’ayez pas peur.
J’essaie de comprendre la colère du grand esprit. Le constat est clair : notre nature, celle de la terre j’entends, est devenue désastreuse.
De toute façon les étoiles finissent toujours pas tomber, cette apocalypse arrive comme une évidence mais je regrette qu’elle arrive à cause de ces moins-que-rien, ces étoiles sans face ni âme. Surtout celles dont l’existence fut aussi futile que la trace de mes excréments dans les toilettes publiques d’un bar malfamé.
Je te dégoûte comme un bec de lièvre que tu ne souhaiterais pas embrasser ? Cette fin qui approche, tu refuses de la regarder en face ? Continuer de vivre comme si tout allait bien, comme si le monde tournait rond ?
Quand je pense que je suis resté éveillé durant tout le temps de ce massacre. Et comme un malade sur une table d’opération, impuissant face à des chirurgiens fous, je ne peux que me contenter d’observer le massacre en cours.
Je ne peux plus rien lire, plus rien comprendre.
Il ne me reste plus qu’à me préparer au combat. La finalité de ces affrontements sera d’une violence hors-norme.
On m’avait prévenu, même préparé : je ne pourrai pas gagner sauf en live.

Tomahawk reste un groupe de rock brut et direct au sein duquel Mike Patton est très engagé ! Considéré comme culte pour beaucoup, cet album a une aura inimitable et c’est l’une des plus grandes performances des musiciens, toutes participations confondues.

Patton et Razhel (le rappeur du groupe de Hip-Hop The Roots) entament une tournée Hip-Hop/Beat-Box. Ce live a fait l’unanimité auprès du public, si bien que deux ans plus tard, ils interpréteront avec Dub Trio les morceaux du projet Peeping Tom.
En 2004, Bjork et Evyand Kang enregistreront chacun de leur côté un album avec Patton.
Virginal Co Ordinates, de Evyand Kang et Patton.

Le violoniste d’origine américaine, mais qui vécut au Canada, est aussi membre du groupe de Trey Spruance : Secrets Chiefs 3. L’album qui nous concerne ici est rempli d’espoir et de magie (« Innocent eye, Crystal see ») aux accents asiatiques, classique parfois hitchockien. Une œuvre pour méditer, se ressourcer après s’être sali les oreilles avec un Mister Bungle, cru 1990.

Sur l’album Medulla de Bjork, Patton chante sur deux pistes : Who is he et Where is the line (qui sera remixé par Fantômas également). Deux morceaux composés uniquement de voix.

Ensuite vient Painkiller, ambiance grindcore et bruitiste sur fond de free jazz type capharnaüm où Mike Patton participe en live en 2002.

Gardons notre salive pour une œuvre plus accessible et surtout, je pense, plus intrigante et trippante à décrire :
Delirium Cordia (2004)

Ambiance assurée ! C’est mieux que d’aller au cinoche !
Je pourrais vous décrire chaque instant de ce CD mais ce serait comme vous raconter chaque scène d’un film avant d’aller au cinéma. Cet album, moins on en sait à son sujet, mieux votre ressenti s’en portera.
Expérimental ? Avant-gardiste ? Barré ? Que d’étiquettes les enfants, que d’étiquettes inutiles. Et puis l’expérimental, on ne va pas en faire tout un fromage…
Plus sérieusement, cet album est empirique, horrifique si votre imagination s’y prête, chaque note, chaque son renvoient à une référence, mais là où certains font l’erreur d’étendre leur référence pour réaliser du « tu m’as vu comment j’en connais des trucs ? », Patton met au service de son œuvre ses connaissances et pas l’inverse. Plus que des mots, il faudrait monter un film pour exprimer ce que l’album dégage.
Je pourrais vous faire la liste des références, décrire l’album scène par scène ou partir dans un trip psycho-meurtrier, mais tout ce que je ferais ce serait vous donner mon interprétation personnelle et ce Fantômas est à prendre comme vous le souhaitez et surtout selon vos attentes et vos humeurs. Toujours est-il que Patton ne m’a jamais semblé aussi efficace que sur cet album en termes de démarcation et dans sa volonté de se renouveler : l’album le plus abordable des moins abordables de Mike. A écouter en boucle si votre vie s’écroule ou si vous devez écrire le prochain film en hommage à Hitchcock.

Toujours la même année, comme pour compenser tout ce déferlement d’ambiance sombre et mystique, Patton se livre avec Kaada sur un album dédié à l’amour… John Eric Kaada est un norvégien, compositeur à ses heures perdues et musicien confirmé, n’oubliant jamais de soigner l’ambiance de ses œuvres.

La rencontre Patton/Kaada nous réserve bien des surprises… Comme un voyage au cœur de l’amour, sans le sexe mais avec classe.
Laissez vous porter par ce long frisson, passionnant et prêt à vous conduire hors de l’hiver pour rejoindre vos plus beaux printemps sans fin…
Votre défi, si vous l’acceptez, est de passer l’album pendant votre premier rencart avec une brune sulfureuse… Même si « Romances » a du charme, il n’a rien d’aphrodisiaque et se positionne plutôt comme l’antithèse de « Ma benz » de NTM : vos chances de conclure sont minces, mais vous en sortirez la tête haute, à défaut d’autre chose, en vivant avec risque et panache.
Dans le même ton que Lovage, en 2004 sort White People de Handsome Boy by modeling school du producteur de Gorillaz, sur lequel Patton chante « Are you down with it ».
Puis Patton, sûrement sur son trône, prend 20 secondes de son temps avec Kid 606 pour réaliser du bruit sur The End of the fear God.
Enfin pour finir l’année en beau… Bruitiste, Zorn enregistre un live d’Hemophiliac, à l’occasion de ses 50 ans. C’est le moment de découvrir une musique dont l’essence vient du live.

Patton s’attaque au Hip-Hop.

Les pros du Turntablism (formé de trois djs originaire de New-York, The X-Ecutioners fait partie des légendes du Hip-Hop), qui n’ont plus rien à prouver, affrontent le Général sur un projet qui risque de faire mal aux oreilles trop formatées par le Hip-Hop : tout y est mélangé, Est-Coast/West-Coast. L’album est à nouveau très riche en sonorités, ça fourmille de partout ! Patton rappe comme personne et s’amuse à imiter un paquet de rappeurs, alterne chant classique et Rap percutant, Fire in Hole en étant l’exemple parfait. Mike Patton reste le maître à bord, l’artwork est de lui, la prod, les instruments, etc…
Un projet surprenant pour ceux qui guettent depuis 2002 l’arrivée de Peeping Tom dont Fred Durst (chanteur de Limp Bizkit) qui offre des millions de dollars pour sortir l’album sur son label, ce à quoi Patton a répondu : « Non ». En attendant un projet plus accessible, il va falloir se risquer au bizarre… Dont un film étrange.

Mike Patton interprète le Bad Guy dans Firecracker. Un film étrange, monté avec énergie, filmé au “millimètre” et avec style. L’histoire est assez classique avec un Patton interprétant deux rôles, dont une scène de viol que je n’aurais pas aimé tourner. Un film sur la joie de vivre…

Restons dans le thème de la joie et la bonne humeur avec – non sans rime – PAINKILLER.

C’est la pochette d’un de leur album étonnant et ultra-violent (de quoi faire passer Slayer pour des maternels). Critiques et gens d’Eglise risquent de ne pas se remettre de l’écoute d’un pareil disque. Diantre ! Mais quel batteur ! (celui de Napalm Death, le groupe de death metal par excellence) ! Cette basse ! Et Mike Patton qui ne sera jamais aussi perspicace dans son approche de l’expérimentation…
Ensuite, toujours avec son comparse Zorglub, il chante une version vocale de GrandGuignol, du collectif  Naked city créée par John Zorn. C’est un peu le genre d’album qu’il faudra prendre si vous désirez subir une cure de sudation façon « Peau rouge ». On lui préféra Painkiller sans hésiter sauf si vous devez torturer Marc Dutroux.
Courage ! Ecoutons !
Continuons dans la facilité avec Fantômas et Melt-Banana qui enregistrent deux morceaux illustré par Igor Truveri (un scénariste/dessinateur italien). Melt-Banana est un groupe de metal survitaminé et japonais dont le guitariste rappelle la folie créatrice de Jimmy Hendrix. Si ce split est très court, il fourmille d’idées concentrées en deux minutes à peine.

Sur scène les deux groupes s’éclatent le temps d’une tournée.
Pour terminer l’année 2005, Patton collabore avec le hip-hopien Odd Nosdam sur le morceau 11th Avenue Freakout Pt 2

Après sa rencontre avec Roy Paci, il apparaît sur son album Corleone avec la piste Tutto DiveNtera Rosso où il se prend pour un personnage de Cartoon.
Tient, et s’il en faisait un album ?!

Mike cartonne et cartoon.


Massacre en règle où Buzzo sort des Riffs dont lui seul a le secret, où Lombardo frappe comme un fou furieux et où Dunn alourdit le tout comme si Thor s’était mis à la basse. Si vous n’avez pas apprécié les autres albums, ce n’est pas celui-ci qui vous fera changer d’avis. Comme d’habitude, Fantômas est tour à tour inquiétant, violent, ridicule et kitsch, sur le principe du premier album.
30 pistes datées des jours fériés éparpillés sur les calendriers mondiaux. Selon l’humeur, il ressort comme le projet le plus abouti ; chaque passage « métal » pourrait faire l’objet d’une piste entière. Voilà de quoi inspirer un paquet de riffeurs !
Mike Patton tentera de composer un autre album qu’il jettera à la poubelle. Jusqu’alors Fantômas s’est contenté de live et de rééditions d’albums en vinyle. Aujourd’hui le groupe a acquis une notoriété incroyable vis-à-vis du projet, et le prochain album risque de ne pas passer inaperçu.
En 2005, Patton fait une performance remarquée en live avec The Young Gods (groupe Suisse très respecté dans le « milieu » rock), en chantant sur scène « Did You miss me » au festival de Jazz de Montreux. Ce morceau sorti sur un album des Young Gods en 1987 est une reprise de Gary Glitter. Mike Patton n’a pas fait le déplacement juste pour ce morceau évidemment, il est en tournée avec Fantômas qui jouait au festival.


2006 : We’re not Alone , my friend.

Attention le lâcher de “tête d’affiche” !
Et par la même occasion, des samples à profusion, des morceaux riches en détails. Peeping Tom ne déroge pas à la règle Patton (au passage, avez-vous remarqué ? « Peeping TOM », FanTOMas, TOMahawk), l’album ne sonne jamais d’un seul style : pas réellement Trip-Hop, pas suffisamment Hip-Hop (cette imitation de B-real, le chanteur de Cypress Hill !), légèrement Pop, un soupçon de Rock et de Easy Listening… Mike, un jour, fais-nous plaisir : sors un album d’un seul style ! Histoire de mettre tout le monde d’accord au moins une fois. Sur cette galette, on retrouve des grands noms du monde Trip-Hop/Electro : Massive Attack et Amon Tobin en tête. Même Norah Jones y lâche des « Sucker » jouissifs (sans jeu de mot, merci), sur le morceau désaccordé du même nom. Patton fut le premier surpris de recevoir la collaboration de la fille de Ravi Shankar pour son projet. DoseOne (rappeur américain avec un penchant pour le Trip-Hop très prononcé) rejoint Patton sur l’inquiétant « How U Feelin ? », la collaboration donnant suite à un autre projet… 10 ans plus tard, avec la sortie de NeverMen en 2016, groupe composé de Mike, DoseOne et le chanteur de TV On The Radio : Tunde Adebimpe.

Peeping Tom est l’antithèse de tous ces essais bruitistes et la preuve que Patton est un « acteur » de la musique qui se place à chaque fois dans un rôle pour aboutir à un projet différent. Comme un Heath Ledger qui n’a jamais répété deux fois le même rôle en réalisant à chaque fois le grand écart entre deux performances, Patton rajoute sa pierre à l’édifice musical « popisant » démontrant que même un morceau mielleux comme « Caipirinha » peut être pêchu et planant, envoûtant et amusant, simpliste et plein de richesse. Et en live, c’est à nouveau la purge.

MoonChild

« L’Homme est un apprenti, la douleur est son maître » Musset

 

« Ambiance » reste encore et toujours le maître mot à bord. Toute la série Moonchild est une sorte de pèlerinage ensorcelé où une bande d’apprentis sorciers nous content leurs avancées vers la quête du monde de l’Alchimie et des sorts maléfiques. Facile me direz-vous : Patton continue de hurler, réciter ses propres incantations, le bougre a mis 10 ans à peaufiner son style, il ne le changera plus pour vos beaux yeux remplis de dégout à son égard. Pour ma part, je trouve qu’il parvient toujours à modifier la tonalité, à se retrouver en territoire inconnu pour tenter de se surprendre et retrouver cet instant de création où il découvre un élément nouveau de son art. Dans une de ses dernières interviews de FNM, les « papys » se surprenaient à toujours se réjouir de tout, comme à leur 20 ans, estimant cela comme une chance, vu le nombre d’artistes qui finissent aigris de la nouvelle génération. J’ai toujours eu beaucoup de mal à comprendre comment l’on peut écouter la musique de Moonchild comme on se glisserait un Led Zep (car il y a du Led Zep dans Moonchild). Cet album s’écoute un soir d’hiver, au fin fond d’une forêt bretonne avec pour compagnon les esprits torturés des chevaliers de la table ronde et on se laisse emporter par les incantations acides et rythmées ; à l’occas’ on leur paiera une bonne bière avec les trolls. La messe est dite, Ragnarok approche !

En 2006, deux projets sortiront donc :  Moonchild et Astronome. Et comme d’habitude, c’est mieux en live qu’à la maison.

Patton, avec James Saft Trio reprend Ballad of a thin man de Bob Dylan. Patton a l’intelligence – et le respect surtout – de chanter sans ses mimiques qu’il adopte depuis maintenant 10 ans dans la plupart de ses projets. Et quel cover ! Sortez vos installations, ajustez si besoins les médiums et laissez-vous porter par cette reprise incroyable de justesse avec une pincée de touche personnelle. Chanson à texte évidemment, où Dylan nous présente un personnage tourmenté dont on ne sait pas grand-chose, mais suffisamment pour se demander s’il s’agit d’un homosexuel, d’une dédicace à Brian Jones, du portrait d’un homme « à l’américaine », ou de vous et moi tout simplement.

Avec Subtle, un groupe de Hip-Hop OVNI venu d’Oakland, à l’écoute de leur album « A new White », pas étonnant de retrouver le sorcier sur l’album de remixes tirés de leurs classiques : le groupe propose un Hip-Hop bien loin de ses racines mais non dénué de son sens premier : faire réfléchir son auditeur. Patton fait ses « Pattoneries » sur le morceau Long vein of the voice.

Puis Patton revient aux classiques de la Pop-Music avec les Beatles, sur le morceau Julia qu’il reprend avec Carla Hasset.

Attention, c’est qu’il ne faut ne pas se planter lorsque l’on reprend une chanson en hommage à la mère de John Lennon - l’auteur de cette chanson – qui est morte de la main (ou plutôt d’une voiture) d’un policier ivre…

Pour ce nouvel opus de Moonchild sorti en 2007, John Zorn et Patton s’entourent de Trevor Dunn, Joey Baron, Ikue Mori, James Saft et, pour la touche romantique, d’un chœur féminin composé de Martha Cluver, Abby Fisher et Kirsten Soller. La bande repousse les limites de l’amour, de nos émotions. Avec Moonchild, Patton est libre de partir dans des extrêmes peu communs. On est fasciné mais effrayé, envoûté mais pas réellement attiré. Il faut reconnaître que c’est plutôt une musique « d’homme », même si j’ai connu une Hongroise qui se laissait aller au plaisir charnel sur ce groupe. Le nom de l’album et la pochette évoquent un empereur Romain désireux d’étouffer ses invités avec des pétales de roses… Patton continue donc son expérimentation de sons tous plus ignobles les uns que les autres, pour nous ramener à nos instincts les plus enfouis au fond de nous : en proposant une musique capable de faire passer Cannibale Corpse (groupe de death metal américain) pour de la ballade avec Mamie (je sais, Mamie en a pour son grade avec Patton, mais elle a eu droit à sa petite reprise des Beatles et de Bob Dylan l’année dernière…).
Moonchild représente l’aboutissement de l’œuvre de Zorn à cette époque, on y retrouve tous les ingrédients qui ont forgé son CV. Tout prend son sens depuis quelques albums, on est très loin des expérimentations inécoutables pour 99% de la planète… PainKiller, Naked City et Moonchild sont vraiment des œuvres très travaillées, musicalement maîtrisées, élevant la musique extrême au-delà de ses limites complexes et proposant une source d’inspiration pour beaucoup. Mes respects.

Eyvind Kang sort en 2007 ATHLANTIS. Un album de nouveau aux sonorités hantées. Le genre de composition qui peut très bien s’accorder avec un « 2001 : l’odyssée de l’espace » par exemple. A écouter les jours où votre esprit s’embarque dans des pensées philosophiques sur l’univers. Au moment où tout semble devenir mystique et inconnu autour de vous, lancez l’album.


En 2007, Patton compose avec Duane Denison un album inspiré des sonorités indiennes du 19ème siècle. Je vous vois venir : « super un album cool à la mode Roots de Sepultura » ou « Moi j’adore les chants indiens, j’ai d’ailleurs acheté un CD à Nature & Découvertes ».
« Ras le bol » s’expriment les fans de Patton, qui avec Tomahawk espéraient de la musique « normale »… De tous les virages qu’a pris Patton dans sa carrière, celui-ci est le plus dangereux car beaucoup de personnes l’ont abandonné, désespérés, tellement le monsieur ne parvient pas à rester homogène, même avec Tomahawk.
Pourtant, après plusieurs écoutes, on est absorbé par cet univers « Indiens d’Amérique ».

Me’ Gatu Gigsug algwiaq…
Le ciel se couvre…
Depuis que ces hommes, apparus sur la ligne d’horizon, nous ont affirmé vouloir nos terres, je pense de plus en plus que la vie des miens est en danger. Nous ne sommes plus à l’abri des esprits conquérants, j’ai lu dans les yeux des wasichus un désir d’expansion sans partage ni respect. Ce conquérant pense que la terre lui appartient mais c’est l’Homme qui appartient à la terre. Nous n’avons jamais été parfaits mais notre désir de vivre ne s’accompagne pas de la volonté de gouverner tout un territoire. Je sais déjà ce qui va se passer: notre peuple va dépérir de lui-même, la pression de ce prédateur va rendre certains d’entre nous au bord de la folie, alors on racontera sur la terre entière que nous étions des sauvages sans valeurs ni morale. La guerre qui se prépare ne sera jamais à notre avantage, nous ne sommes pas assez malins pour cela et surement pas assez équipé. Tout ce que nous respectons n’a pas de valeur aux yeux de ces wasichus qui défendent d’autres valeurs, oubliant notre mère première à tous: la terre. Leur monde est si éloigné du grand esprit. Des maisons fixes alors que l’homme doté de jambes est prévu pour se déplacer, ces mêmes maisons construites dans l’insouciance de la vie naturelle aux alentours peuvent devenir de véritables guet-apens pour ses occupants. Ces maisons soi-disant propres qu’il faut nettoyer sans cesse et où le soleil et l’air frais peinent à rentrer. Non, nous ne croyons pas en ces valeurs et l’homme blanc n’entend pas faire un pas vers nous, si on veut vivre en paix avec, nous devrons alors nous plier à ses valeurs…
Plutôt mourir en passant pour des sauvages aux yeux de l’homme blanc que de décevoir le grand esprit de la terre.
La terre tremble, le bruit que provoque la course effrénée des chevaux provoque en moi des frissons qui changeront mon âme à tout jamais : ce tonnerre « animal » ressemble au cri du diable, je prie mes dieux que le sort de mes adversaires se retrouve entre de mauvaises mains le moment venu. D’un coup la vie m’apparaît hostile, je ferme les yeux une dernière fois: le visage doux de ma femme apparaît, ma fille me dit que les souris ont encore joué des heures autour du tipi. Lorsque mes yeux s’ouvrent à nouveaux, les reflets du soleil sur les cheveux de ma femme ont disparu, le sang, les cris, la joie des adversaires dans un combat perdu d’avance apparaissent, il ne me reste plus que la satisfaction de voir mes ennemis hurler sous mes coups de hache vifs et précis.
Je prends le temps de fermer les yeux pour imaginer les rayons du soleil réchauffer mon peuple un soir d’été sur ces terres. Lorsque je reviens à la réalité, ma dernière vision est un fusil et une barbe. »


En 2007 sort un live de Patton et Kaada enregistré en 2005. Une prestation énergique, loin de la version studio de leur album.
J’ai toujours pensé que Patton devrait se concentrer sur la fin de sa vie à composer des BO de films d’horreur : Patton remixe How to vibrate de Foetus, angoissant à souhait. Foetus est un groupe qui mélange le Punk, l’Electro, le Metal et un peu tout ce qui lui passe entre les mains…Comme avec How to Vibrate, il ressort des samples de la BO d‘Entretien avec un Vampire pour l’étouffer dans un orchestre de sons industriels peu rassurants.

En 2008, sur l’album Another sound is dying de Dub Trio édité chez Ipecac, le groupe invite Patton pour le morceau No Flag : mélange de Dub, de Stoner et DeathMetal. Les fans de Faith No More seront ravis.


Crucible ou « la BO de Sin City », si le film s’était déroulé en 1650. Moonchild ajoute une grosse guitare électrique à ses compositions teintées de folies et de sorcelleries en tous genres. La pochette représente l’esprit du groupe où chaque membre vient forger d’une chaleur extrême son précieux métal pour donner naissance à une statuette vaudou.

A perfect Place : Première BO de Patton

Grand Fan de cinéma, personne n’est vraiment étonné de retrouver Patton derrière les commandes d’une BO d’un film en noir et blanc, aux accents très « à l’ancienne ». L’expérimentateur laisse de côté son appétit pour les essais libres et sans limite pour composer une BO efficace et mélodique, au thème principal récurrent et assez entraînant.
Si vous lancez cette BO chez vous, les murs deviendront blancs, votre micro-onde se transformera en vieil émetteur radio, vos meubles s’abaisseront et s’épaissiront pour devenir crasseux et poussiéreux. Votre voisin sonne, veste en cuir, chapeau vissé sur la tête et le regard de Frank Miller au bout de sa vie pour vous annoncer un gros coup… Vous le remerciez mais le bougre joue des coudes en vous rappelant qu’on ne la lui fait pas… Les fins de mois sont difficiles à boucler et un plan de ce genre, ça n’arrive qu’une fois dans une vie…

Dans un autre genre, Patton et Serj Tankian (le chanteur de System of A Down) s’associent le temps d’un morceau « Bird’s eye » pour la BO de Body Of lies.

Ce morceau très popisant ne réinvente rien, on se demande même ce qu’il fait ici. Une collaboration entre deux hommes de cette trempe laissait présager le meilleur, on a eu le pire…

La voix élastique et ultra puissante de Patton s’adapte parfaitement au rythme Dub Step de The Qemists (groupe d’Electro d’origine anglaise), morceau joué en live avec guitare, basse et batterie – point d’électronique – même si l’album voudrait nous faire croire le contraire.

Ensuite Patton s’associe à Praxis.

Album sur lequel Serj Tankian intervient également. Praxis, c’est une bande type Faith No More ; ils piochent un peu partout pour accoucher d’une musique variée et agressive. L’intervention de Patton sur cet album est un prétexte pour lâcher des sons improbables sur une compo schizophrène, alternant chant du Moyen-Orient et passage Dub sous acide.

The Tango Saloon, groupe du label Ipecac, reprend « Dracula Cha cha » de Bruno Martinot, avec Patton au chant qui s’en sort à merveille, faisant passer l’original pour un débutant. L’accent est parfait, l’humour surabondant.

Dans un registre beaucoup moins détendu, Patton chante « Fire Ikuma ».

Ce morceau tiré de l’album « Auk/Blood » de l’artiste Tanya Tagaq Gillis nous ramène à nos émotions les plus sombres, tentant de faire ressortir les souvenirs lointains qui forment notre être d’aujourd’hui. Un travail intéressant mais toujours en marge de Bjork dont heureusement la chanteuse canadienne a su s’inspirer sans jamais imiter ou copier.

Il va être temps pour Mike Patton de revenir sur son passé qu’il a quitté avec amertume en 1997. En Effet, Billy Gould insiste pour que Faith No More revienne !

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