Après quelques semaines d’attente, voici la suite des pérégrinations musicales de Patton… Les albums qui suivent sont souvent décrits de manière à leur trouver un genre, un style. Il suffirait d’écrire « Disco Volante, c’est du rock néo-progressif » pour déchaîner les passions. Il est même possible qu’en vous penchant sur la carrière de Patton, vous ayez […]

[ZIK] King For a Life

Après quelques semaines d’attente, voici la suite des pérégrinations musicales de Patton…


Les albums qui suivent sont souvent décrits de manière à leur trouver un genre, un style. Il suffirait d’écrire « Disco Volante, c’est du rock néo-progressif » pour déchaîner les passions. Il est même possible qu’en vous penchant sur la carrière de Patton, vous ayez lu à quel point Disco Volante est génial et progressif ou « King For a Day » c’est le top du top de la fusion… Ici, on se contentera de dire : inclassable,  à essayer pour comprendre.

La musique et son double.

 

Avant le prochain album, Faith No More renvoie son guitariste par fax suite à de nombreux désaccords artistiques. Dans le futur, il se contentera de quelques apparitions scéniques (avec Infectious Grooves notamment, groupe de funk metal).  Il a aussi sorti un album solo : Milk and Blood  en 1997. Avec le reste de l’équipe (FNM), cette galette aurait pu être un très bon cru…

« James? Tu viens crier sur mon album pour être sûr que j’en vende au moins quelques-uns? »

Dans la foulée, Jim Martin va se mettre au vert… Et remporter le prix du plus gros potiron au monde !

« J’en avais marre de participer à des projets qui se vendent à plusieurs millions d’exemplaires sur toute la planète. Tu as vu derrière? Pas mal hein?! »

1995 : King For A Day… Fool For A Lifetime

« Notre plus grande fierté, c’est d’être resté nous-mêmes pour chaque album » Billy Gould

Album complet

Rappel des faits :
En 1989 sort The Real Thing, FNM, soutenue par MTV est propulsé sur le devant de la scène mais il se retrouve catalogué. Malaise. FNM n’a pas du tout prévu de garder cette ligne directrice: mélanger le métal et le funk entre autre. Alors, FNM prépare Angel Dust, leur album le plus compliqué et expérimental. L’accueil est difficile aux USA, le public regrette l’ancien FNM mais ces derniers se font un nouveau fan club (moins nombreux). Le groupe doit faire face à une rage entretenue par des tournées parfois éprouvantes, la rencontre avec les Gun’s, notamment, se passe mal et la direction qu’a pris Nirvana fait réfléchir les artistes sur la façon dont ils contrôlent leur art. Le suicide de Kurt Cobain (grand ami de certains membres du groupe) n’aide pas non plus à surmonter certaines épreuves à cette époque tout comme le licenciement de Jim Martin. Enfin  Roddy Bottum qui doit se désintoxiquer (« Cette période est la pire de ma vie », sa patte est d’ailleurs peu présente sur l’album) n’aide pas le groupe à surmonter toutes ces énergies négatives.

 Trey Spruance de Mister Bungle (compositeur et guitariste) vient donc aider à la composition des morceaux et  c’est Dean Manta qui partira en tournée avec le groupe, Trey étant effrayé par l’agenda des tournées. Enfin Faith No More fait pour la deuxième fois le constat  des étiquettes collées sur son dos, ce qui motive le groupe à créer  un album loin de  Angel Dust. Les ventes de l’album ont chuté de moitié par rapport à TRT mais la force morale de Billy Gould et Mike Bordin maintient le navire.

C’est donc dans ce contexte très sensible que FNM retourne en studio accompagné de Andy Wallace pour effectuer sa troisième métamorphose. Ce dernier situé loin de la vie active de la ville, les artistes vont pouvoir se concentrer pour donner le meilleur d’eux mêmes.

Trey Spruance, compositeur pour cet album (et de Faxed Head, Mister Bungle, Secret Chiefs 3 principalement) n’apprécie pas vraiment le rendu final.

Pour sa troisième mue, le groupe devient plus mature dans ses propos mais cet album sera moins accessible. Les changements de style entre les morceaux (14 titres, 14 styles différents) sont déstabilisants pour certains…  Selon Bordin, cet album est le bilan de leur vie, étant un peu pessimiste pour l’avenir du groupe, ils ont enregistré/créé comme si s’agissait de leur chant du signe. King For A Day est principalement composé par Patton, Gould et Bordin. Les lyrics sont en grande partie de Patton.

Alors quelle logique y a-t-il dans ce KFAD?
Cet album, c’est un peu l’histoire d’une vie:  triste, joyeux, violent, passionnant, délicat, tortueux, rageur, engagé. Musicalement brutale, excessif porté par une production intemporelle (pour le moment). Cette période représente beaucoup de changements personnels et artistiques pour chacun des membres.
Le fil conducteur semble être aussi lié à la célébrité, la vie de débauche que provoque les tournées, la sensation brève mais intense du succès/pouvoir   d’un disque  à la haine et la rage (parfaitement symbolisé par le design rouge et noir de l’art-design signé Eric Drokker ) que peuvent provoquer les uns chez les autres comme semble l’exprimer l’ouverture de l’album.

Comment interpréter la baisse des ventes aux USA pendant leurs croissances ailleurs dans le monde… Auraient-ils mauvais goût? Ou est-ce l’inverse?

Faith No More compose donc un album hétérogène et pour évacuer sa rage, il ouvre son mémoire avec le très rock  Get Out (entièrement composé par Patton) puis passe au métal planant de   Ricochet   (et son intro proche de celle de « Killing In The Name » des Rage Against The Machine). Patton semble s’inspirer  d’un homme qui mène une vie de débauche et laisse un message à ses proches: pensez à vous, je suis une épave, ne perdons pas de temps à se jouer du violon, je n’en vaux pas la peine. Comme pour amener un peu de gaieté  et surtout pour composer sa propre chanson pop, le groupe envoie  Evidence , aussi belle qu’humoristique avec ses parties de guitare très travaillées. Ce morceau fut enregistré en trois langues : anglais, espagnol et portugais.

The Gentle Art Of Making Enemies  Happy birthday … FUCKER ! (extrait des paroles) Titre hardcore à la rythmique de folie : la basse et la batterie sont en parfaites harmonies (Gould et Bordin forment un duo d’exception).  Pour évacuer sa haine, Patton hurle, rappe, chante avant d’imiter Joe cocker sur le très jazzy Star A .D. (composé en partie par Billy Gould),  où Faith No More aborde les risques de l’ivresse de la célébrité. Patton cite même un film  en milieu de chanson: ‘Quand vous mourrez …… Vous allez devenir quelque chose de pire que mort ….. Vous serez devenu une légende « , « Alphaville », film français réalisé en 1965 par Jean-Luc Godard. Puis vient certainement le morceau le plus violent de toute leur discographie : Cuckoo For Caca; un hommage à Freud ?  La terreur de la musique et toutes les métaphores de Patton font de ce morceau un enfer musical, lyrique et fécale (une métaphore du ressenti des pires périodes de nos vies). Aucun autre morceau n’atteint cette sensation malsaine que procure Cuckoo For Caca. L’orgue en fond, la voix usée/déchirée/haineuse, les riffs sombres, le break inspirant le désespoir, la batterie tribale tout au long du morceau semblent tout indiquer pour un moment de pure folie avant de passer à la musique d’ascenseur.

L’heure n’est plus au dixième degrés. Le groupe veut casser son image puérile. Dean Manta est au centre : un fan du groupe qui les suivait sur chaque tournée, sélectionné pour sa capacité à jouer aussi bien que Jim Martin.

Caralho Voador ou « Bite volante » en français… Arrive comme le calme après la tempête. Titre planant, limite lounge aux accents bossa-nova. Puis, la tempête revient… Ugly at the Morning et son final  très « zornesque » donne un morceau effrayant d’une rare violence ( une version live , déjantée et très efficace) avant de réciter sa prière avec   Digging the Grave   où Patton livre une de ses meilleurs performances: un petit face à face avec la mort. Gros tube en puissance (il passait sur Fun  Radio et en live sur Canal + NPA). En cas de coup de blues, c’est exactement le genre de musiquament qu’il vous faut au cas où Take This Bottle  vous a grisé le moral. Une belle ballade country/rock où tout le monde reste bien sage, le tout sonne très « américain »; on retrouve un peu cela sur certains morceaux de Load (sixième album de Metallica). Un titre  plein de mélancolie  parlant des Hommes trop imbibés (décrit par le groupe comme une chanson à la GNR).

« Cette fois nous avons suivi nos pulsions » Mike Patton

Après nous avoir balancer dans tous les sens, à ce stade de l’album, on se demande ce que le groupe peut encore nous réserver… King For A Day  (ici une version live excellente) fait ressortir beaucoup d’émotions en mixant un style gitan au rock progressif. C’est un peu la chanson adapté au bilan de votre vie   : tour à tour hargneux, envoûtant et planant, parfait pour refaire le film de sa vie et cette fin expérimentale/ambient qui prend tout son sens en live. Etre roi, ça ne dure jamais bien longtemps… et ça FNM l’a bien compris (comme le rappelle souvent le batteur « Si tu penses que tu n’as plus rien à apprendre, t’es foutu » ou encore « Je ne suis pas le meilleur, comme c’est écrit dans certains journaux. Le seul compliment qui peut me faire plaisir, c’est quand un groupe m’appelle pour participer à leur projet comme Robert Plant qui me propose de jouer avec Led Zeppelin« ). What a Day (composé par Patton et Spruance) et son punk hardcore  représentent très bien la folie créatrice du groupe. The last To Know  est plus classique (refrain/couplet/refrain/etc). Un peu comme si FNM voulait dire « On peut faire du rock comme tout le monde ». Trey Spruance (rappel : compositeur pour cet album uniquement) trouve des riffs très classe et un solo remarquable chargé de « vie ». Le groupe définit ce morceau comme  » Pearl Jam mushrooms » (Pearl Jam, groupe de rock américain). L’album se clos sur le trip rock/gospel Just a Man   (composée par Gould et Bottum) fermant le chapitre sur la célébrité et ses déboires en concluant « Finalement, nous ne sommes que des Hommes, rien de plus , des êtres qui cherchent à s’élever en oubliant le triste destin d’Icare. » Ce final est une des plus grandes fiertés du groupe, il sera même repris par un  orchestre .

C’est donc l’album le plus éclectique du groupe sans réel équivalent dans le monde du rock. Malgré la diversité, malgré la folie contenue, cet oeuvre est  hors du temps, chaque écoute permet de mieux la cerner et elle ne semble jamais vieillir. Impossible de déterminer son époque si vous ne connaissez sa date de sortie, impossible de classer l’album et de toute façon, les classements, les cases, ce n’est pas bon pour l’art en général : soyez comme l’eau disait Bruce Lee, l’eau n’a pas de forme, elle s’adapte. Si cet album a demandé beaucoup d’effort au groupe, les ventes ne le récompenseront pas : elles continuent de baisser depuis The Real Thing. Pendant la tournée King for a Day, la troupe annule des dates pour finalement retourner en studio et sortir un ultime album avant le split que plus personne n’ignore au sein du groupe. En 2011, FNM jouera l’album dans son intégralité avec en soutient Trey Spruance, et pas mal de musiciens pour accompagner Star A.D. et quelques choristes pour  Just a Man (revisitée à l’oriental par le guitariste pour l’occasion).

Liste des différentes chutes et remix sortis à l’époque:
Le remix de Caffeine par Billy Gould, nommé pour l’occasion « Englove » sur la compilation Metallurgy sortie en 1995. Ce remix met en valeur toute la mélancolie du titre.
Parmi les chutes de l’album, on retrouve Absolute  Zero  (composé par Patton). Cet inédit dénote un peu avec l’ensemble de King For A Day tout comme un  instrumental  enregistré après la sortie de l’album et le trop enragé I Won’t Forget You par ailleurs répétitif et jugé trop « haineux » par le groupe. Reste Hippie Jam Song (composé par Patton et Gould), qui semble revenir des années 70 grâce aux nappes de synthés très marquées.
Greenfields  une cover des The  Brothers Four  (un groupe américain de folk fondé en 1957) paru avec le single Digging the Grave.

I Started a Joke. A nouveau une reprise, cette fois des Bee Gees où Mike Patton excelle  dans son rôle de crooner. Le groupe s’amuse également à reprendre Spannish Eyes (l’originale) de Al Martino (chanteur et acteur américain 1927-2009). Je vous laisse apprécier la reprise de Faith No More.

Le groupe reprend une chanson de GG Alin.   I Wanna Fuck MySelf : (l’originale)  et la reprise de Faith No More. GG Alin était un chanteur de punk hardcore, et le mot est faible : son attitude sur scène n’est que provocation, violence et  mauvais goût pour contraster le conformisme. Il n’est pas étonnant de voir la bande reprendre cet artiste déclaré fou par son médecin.

1995 marque le départ également pour le marathon de Mike Patton et ses 100 collaborations. La première étant avec le groupe Milk Cut (groupe de San Francisco jonglant entre le rock, l’electro et l’ambient) sur le morceau « Psychoanalytwist » . Un des premiers titres où Mike alterne cris, rires, chants extraterrestres. Le caméléon ressemble de plus en plus au fils caché du Joker qui aurait couché avec la mère de Frank Zappa.

The méta-musique: la musique et sa cruauté.

Disco Volante a coûté 80 000 dollars. Selon Trey Spruance, le premier opus a rapporté 8000$ à chaque membre du groupe.

Mais, surtout, en 1995, sort Disco Volante  de Mister Bungle. Oubliez les clowns du passé… Le monde du rock n’a qu’à bien se tenir. Beaucoup se sont essayés à  expliquer  ce projet. Pour ma part, il restera un voyage unique au cœur de la musique, le fruit d’un grand nombre d’heures de sessions d’improvisations du groupe, ce qui donnera un Shuffle musicale  hanté de personnage qui pourrait être votre voisin. Un album semblable à nos rêves les plus bizarres mais attirants.
Alors si Faith No More a raccroché son look puérile depuis 1992 en prenant à contre-pied tous les fans de la première heure, Mister Bungle va enregistrer son album le plus expérimental, le plus difficile à écouter tout en proposant une sorte de zapping musical d’une heure mixant 1000 ans d’histoire musical. C’est à nouveau un projet qui renverse les codes que le groupe s’imposait à ses débuts pour accoucher d’un monstre « C’est une fille ou un garçon docteur ? Heuuu, je ne peux encore me prononcer Madame ! Mais mon enfant a neuf ans maintenant ! ». Il semble qu’à chaque nouveau projet, Mister Bungle renaît des cendres déposées par les  clowns du passé…

Une douzaine de personne interviennent sur les compositions de Trevor Dunn et Trey  Spruance (qui compose l’album en grande partie) pour produire un album unique. Mike Patton assure le chant, l’ocarina et l’orgue ainsi qu’ une compo, celle de Backstrokin. Certaines parties de Disco Volante sont tirées de sessions d’improvisation du groupe toujours enregistrées « pour ne pas perdre de temps » nous confie Mike Patton. Si les deux autres albums sont enregistrés note par note, ce Disco Volante vient et doit beaucoup aux sessions d’improvisations (reprise en studio au millimètre). Selon Trey SpruanceDanny Heifetz est le musicien le plus talentueux du groupe.

Sur ce projet, l’hyperactif, chante aigu, grave, comme un vieillard, parodie Louis Armstrong, rentre dans la peau d’un tueur, menace en italien, s’arrache les cordes vocales, etc. Chaque morceau propose son ambiance drôle, bizarre, dérangeante, paranoïaque, repoussante, …Parfois, tout cela en même temps. Assis, entouré de bougies, l’album vous emporte, on ne sait plus si on rêve, si on nage en plein cauchemar (le deathmetalleux  Merry Go Bye Bye à l’intro dérangeante, désaccordée), autant surpris par les compos complètement désaxées correspondant parfaitement à la pochette de l’album tiré d’un film de 1928 « Un chien Andalou » de Salvador Dali et Luis Bunel que par la poésie et la beauté de certains passages. Oubliez le groove funky de 1991, cet album ce place aux antipodes du premier, nous avons eu la thèse, voici l’anti-thèse du groupe (on verra pour la synthèse en 1999). Ce mix improbable de genre avec des instruments à profusion répartis sur 1000 plans, vous demandera de multiples écoutes avant de capter l’essence du projet. Disco Volante est un incontournable de la musique moderne, inclassable, culte pour beaucoup, intemporel pour d’autres, insupportable pour certains également. Cet album place ses auteurs sur un trône où personne n’a su vraiment s’imposer… Et le petit frère  Fantômas  (futur groupe de Mike Patton) n’est toujours pas né. Disco Volante est une expérience à vivre, se rapprochant des œuvres expérimentales de Frank  Zappa et des grands jazzmans avant-gardistes. La bande a démocratisé le passage de cette mouvance vers le monde du métal, influence qui va se diriger 15 ans plus tard  jusque Maximum The Hormone (groupe de metal Japonais). Si quelqu’un définit les limites, Mister Bungle est là pour les dépasser même si Patton pense que « Faith No More a des limites que Bungle n’a pas et vice/versa, chacun a/à sa place ». Limites qui semblent être repoussées à chaque album.

En 1996, sortira le premier album de Secret Chiefs 3, dans la veine de ce Disco Volante, en plus mystique et moins « multi-genre ». Trey Spruance en est le maître d’œuvre. Un grand homme que ce Trey, qui associe sa musique à sa quête spirituelle. Il va parfois chercher des manuscrits d’époque pour tenter de reproduire certaines notes ou certaines tonalités complexes. Mieux que mon texte, laissons Trey parler de son oeuvre sur les radios françaises.

La même année, pour la plus grande joie de tous et surtout les allergiques aux délires solo et Bungliesque de Patton, il rejoint Sepultura (groupe de metal Brésilien culte) le temps d’un morceau sur l’album The Roots: « Lookaway » avec Jonathan Davis  (chanteur du groupe de Metal Korn) au chant également. Le morceau est devenu un classique mêlant à la fois le côté graveleux de Sepultura, des sonorités Roots justement et une folie que l’on n’avait pas retrouvé depuis Angel Dust. Mike Patton reste dans un registre malgré tout peu accessible (hurlement cauchemardesque) et commence à posséder sa marque de fabrique hardcore extrême, comme il le pratique en live avec le groupe.

En 1997, il apparaîtra sur un morceau dans la veine de Caffeine, à nouveau avec Sepultura, Mine . Morceau qui alterne passage Shamanique et traversée en enfer… A écouter au fond de votre forêt, entouré de loup, en dansant autour d’un feu alimenté par les corps de vos victimes avant de célébrer la mort imminente du monstre étrange qu’est Faith No More

Ce n’est qu’un au revoir

 « Faith No More sort l’album de l’année » .

Le groupe entame donc sa dernière mue avant de rentrer en hibernation… La pochette représente le président Tchèque Tomas Guarrigue  Masarik considéré comme le symbole de la démocratie en ce pays. On peut aussi lire dans le livret « Pravda vitezi » soit « La vérité l’emporte ». C’est Gould et Hudson (le nouveau guitariste du groupe) qui envoient les premières compos définies comme « dark » par Patton et annoncent le déclin du groupe ; « Nous commençons à faire de la mauvaise musique », affirme le chanteur. L’ambiance de l’album est très sombre mais pas à la façon du black metal, sombre dans son propos, dans ses tempos, dans son chant. L’album est très cohérent et transpire la noirceur d’un triste bilan.

FNM parvient toujours à surprendre, même dans des conditions difficiles de cohésion de groupe. 5ème album, 5ème OVNI: le chant de Patton est à nouveau différent, la batterie moins tribale qu’avant mais plus énervée, plus rock,… Les samples de Bottum semblent revenir sur le devant et semblent retrouver l’inspiration d’un Woodpecker from Mars (instrumental paru sur l’album The Real Thing), tout en restant créatifs et non répétitifs vis-à-vis du passé. Billy Gould, toujours égal à lui même est le comparse parfait de Mike Bordin.
L’album dans son ensemble est teinté d’une ambiance planante tout en donnant un sentiment de puissance, d’assurance très agréable. On est loin de la rage inhumaine de Cuckoo for caca ou Get Out (sortie sur King For a Day). Certains morceaux sont très violents évidemment, mais on ne parle plus de haine ici.
Collision,ouvre l’album de manière explosive puis enchaîne les break  très envoûtant grâce au chant et au synthé pour mieux nous surprendre dans une explosion de violence. Toujours cette volonté de nous permettre de nous accrocher à un espoir (les breaks), pour nous l’arracher subitement dans un élan de riffs métalleux aiguisés aux barbelés comme le fera aussi Naked in front computer. 2:10 de rock and roll énervé avec un réflexion sur les gens scotché à leur ordinateur. L’intro est chaotique, l’outro apocalyptique. Dans le même genre mais trop long, Mouth to Mouth, envoi son petit lot de charbon.

Sûrement le morceau de FNM que j’apprécie le moins. Il lui manque peut-être un final dantesque façon « Ugly at the morning » contrairement à   « Got that feeling » . En deux minutes FNM   résume 10 ans de création frappa-dingue en évoquant un joueur de poker prêt à sombrer dans la défaite… Ensuite, à l’exception de She Loves me not (qui souffre de la comparaison avec sa grande sœur « Evidence » et ne sera jamais  joué en concert, tout comme « Smaller and Smaller« ) tout le reste de l’album est très sombre.

Stripsearch dégage une ambiance très hypnotique, avec ses samples lounge, ce chant envolé du plus bel effet puis lentement susurré… On se sent emporté loin dans les regrets du personnage créé par Mike Patton qui admire Serge Gainsbourg. On commence à y entendre cette influence sur ce morceau (repris avec classe par Race To Space) .
Last cup of Sorrow   où Mike semble s’inquiéter des jeunes bambins de nos sociétés. La façon dont John Hudson joue ses riffs et le sample de Bottum qui nous aspire permettent au morceau de se finir en nous laissant dans l’espace si particulier de FNM. Helpless est une ballade au relent de western où Mike s’inspire à nouveau de Serge Gainsbourg. C’est encore une fois, un morceau très planant et assez noir. Un homme admire sa propre mort devant laquelle il  paraît impuissant. Ashes to Ashes  est perdu entre la ballade, le grunge et le style Faith No More avec toujours cette atmosphère noire qui caractérise la plupart des titres.

Le triptyque final ne changera rien à la direction prise par le groupe. « Path of Glory ». Les chemins de la gloire, une thématique chère à la troupe qui a toujours essayé de garder le plus possible les pieds sur terre même si cela n’a pas dû être facile tous les jours. « Home sick Home ». Décidément les trois derniers titres ne comptent pas nous faire décrocher un sourire. Encore une fois, j’ai vraiment l’impression (c’est une interprétation personnelle) que Mike nous parle de fermer la porte, de partir d’une route qui les éloigne de leur but principal: être des créateurs libres. L’outro de l’album, « Pristina » (capital du Kosovo), se rapproche plus de l’ambient que du rock : simple, efficace et toujours du côté dark de l’univers où un défunt semble parler à sa/son protégée.


« Après 15 longues et fructueuses années, FNM a décidé de mettre fin à toutes les rumeurs circulant sur la rupture imminente du groupe… en se séparant. Cette décision est mutuelle, et il n’y aura aucun pointage de doigt, aucune accusation autre que d’affirmer, officiellement, que « Puffy (Mike Bordin) a tout commencé ». De plus, la rupture permettra à chaque membre du groupe de continuer ses projets individuels sans gêne. Finalement, et c’est d’une grande importance, FNM veut remercier tous ses fans et associés qui ont supporté et soutenu le groupe à travers son histoire. »

« C’est affolant de voir que le public ne veut écouter que ce qu’il connaît déjà. » FNM

Le groupe, loin des clichés du rock, a su mener un bateau à la coque peu avantageuse sur une mer très agitée, guidé par un équipage constitué uniquement de capitaine rêvant chacun d’une destination différente. Malgré tout, arrivés à bon port, ils ont tous survécu, et ce qui ne tue pas, rend plus fort et plus bizarre. Chacun d’eux  créera son propre navire pour finalement revenir plus tard…  Le chapitre est clos.
Les habituelles chut d’album :
Light up and Let Go
The Big Kahuna
Et différents remix parus sur la réédition de l’album en Europe:
Ashes to ashes
She Loves me not
Last Cup Of Sorrow:
Big foot and Wild Boy remix
BoneHead Mix

Un remix de Pristina par Billy Gould et une reprise de Burt Bacharach (chanteur, compositeur et pianiste américain): This guy’s in love with you paraît également cette année-làCette reprise surpasse, selon moi, toutes leurs covers! Le groupe rejoue ce morceau en live régulièrement et le fait avec une classe très charismatique. Vous retrouverez tous les clips du groupe depuis leur début jusque 1997 sur la toile. Je vous fais l’impasse sur les nombreux best of du groupe créés pour remplir le contrat qui relie FNM avec sa major.

Avant de splitter, Faith No More participera à un album de Plagiarism « Faith No More vs Sparks » ,en 1998. Cela donne des morceaux très énergiques, Faith No More surprend à nouveau en jouant différemment, dans un registre totalement étranger à ses habitudes.

La même année, Faith No More remix un morceau de Ramstein (Groupe de métal Allemand)« Du riechst so gut ». Grâce à internet, Mike participe à beaucoup plus de projets désormais.

Mike Patton est convié à un hommage de Serge Gainsbourg, dont il ne manque pas de louer le talent. On le retrouve donc sur la compilation Great Jewish Music sur laquelle Patton chante Ford Mustang et joue tous les instruments sur le titre. Morceau très bien repris et surtout, Mike nous évite la caricature en mettant de côté ses Pattoneries pour parvenir à un résultat respectueux de l’œuvre de Gainsbourg. Sur la même compilation, Patton participe à la reprise de Burt Bacharah avec le morceau She’s Gone Away.

Dans la foulée, le crooner intervient sur un album de Bob Ostertag : Fear No Love, mélange de funk, trip-hop et de sons façon Patton. Il intervient également sur le projet Collected psyche The Art Of Fistfucking). Dans un tout autre genre, il compose « Romance for a choking Man/Woman » pour le festival Angelica  ainsi que « cudegokalalumosospasashatetéwao » . Eh non, je ne me suis pas endormi sur mon clavier, c’est bien le titre de la chanson, qui vous vous le doutez bien, est complètement à l’ouest et vous inspirera pour écrire une nouvelle sur vos rêves les plus étranges.

C’est le moment pour Mike Patton de passer à la vitesse supérieure. Tout va s’enchaîner très vite: respecté par le plus grand nombre, le caméléon va enchaîner projet sur projet, nouveau concept alternant surprise, album culte, réussite artistique et commerciale tout en restant intègre et totalement libre de sa musique. En 1998, dans le monde du rock, voire de la musique en général, peu nombreux sont ceux qui refuseraient une chanson avec le nouveau « King ». Mike Patton va donc tout faire pour tacler ses fans et ses détracteurs en lâchant l’OVNI « Fantômas » : son nouveau projet dont aucune maison de disque ne veut signer la production, qu’à cela ne tienne! Patton va tout simplement créer son label et dans la foulée signer les Melvins et Ennio Morricone, rien que ça! On se retrouve donc la prochaine fois pour aborder la meilleure époque créative du bonhomme (cela n’engage que moi!).

 « We need you »

3 réponses à “[ZIK] King For a Life

  1. Merci à l’équipe du blog qui travail jour et nuit !

    Quelques coquilles subsistent encore, elles disparaîtront bientôt.

    Bonne lecture!

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