Habituellement, je n’aime pas trop les jeux du type « si vous deviez partir sur une île déserte avec 5 albums… », parce que, bon, les cartes µSD de 128Go fonctionnent bien, quand même. En plus, 2014 a été un bon millésime, même si pas forcément au niveau de 2013. On va quand même essayer […]

[Zik] Mes 5 meilleurs albums D&B de 2014

Habituellement, je n’aime pas trop les jeux du type « si vous deviez partir sur une île déserte avec 5 albums… », parce que, bon, les cartes µSD de 128Go fonctionnent bien, quand même. En plus, 2014 a été un bon millésime, même si pas forcément au niveau de 2013. On va quand même essayer de sélectionner ce qui, à mon avis, s’est fait de mieux en 2014, en Drum’n’bass

La résurgence des styles syncopés n’est pas réellement une nouveauté et 2014 n’a pas été l’année de la révolution du breakbeat. Dans la continuité des années précédentes, les artistes nous ont livré une musique majoritairement formatée et orientée EP, dancefloor, mais aussi quelques albums publiés par les labels les plus courus. Parmi le lot, et en admettant n’avoir pas tout écouté, je vous livre ma sélection thématique de 5 perles que vous devriez découvrir aussi ; si vous aimez le style, bien entendu.

Meilleur album Drum’n’bass

Alors là, c’est tendu. Vraiment difficile parce qu’il y a deux prétendants qui s’écharpent pour le titre. Aussi étrange que cela puisse paraître à l’heure du two-step, on a vu débarquer en 2014 deux artistes décidés à remettre au goût du jour les « Amen breaks » et autres rythmiques un peu passées de mode. Dans les deux cas, on a un son qui rappelle furieusement l’âge d’or de la drum’n’bass. On ne va pas avoir du Brown Paper Bag, certes, mais on va avoir du bon.


Drum’n’bass

Mouvement musical d’origine anglaise (principalement Londres et Bristol) dont l’essor remonte au début des années 90. Le genre est caractérisé par son rythme rapide (150 à 180 bpm), l’emploi systématique de breakbeats avec des lignes de basses ou de sub-bass très présentes et mises en avant. Les lignes de basses peuvent être soit samplées, soit créées par des synthétiseurs. On peut l’écrire « drum and bass » ou « drum’n’bass » ou « drum & bass » et l’abréger en « D&B » ou « DnB » ou « D’n’B ». Notez que l’abréviation « B&B » signifie « bed and breakfast » et n’a vraiment aucun lien.

Les racines de la drum’n’bass sont à chercher, originellement, dans le dub et le reggae jamaïcain ; mais également le jazz, la soul et le funk américain, le morceau ayant le plus façonné le genre étant « Amen Brother » des Winstons (voir la note sur le « Amen Break »). À la fin des années 80, apparait un mouvement nommé « rave music », mêlant des rythmes syncopés et des samples, à un rythme plus soutenu que la house. Il est rapidement libellé « hardcore rave » puis « jungle techno » quand les lignes de basses s’intensifient et qu’apparaissent les premiers samples reggae. Au milieu des années 90, le genre se développe et croît en influence jusqu’à ce qu’un schisme survienne, en 1995, séparant les productions jungle influencées par le ragga de ce qui allait, en perdant une partie de son influence jamaïcaine, être connu sous le nom de drum and bass.

Ce dernier se sophistique et se diversifie, amorçant un retrait des samples pour une synthèse plus courante et allant chercher dans ses sous-genres des influences dans la techno, la house, le jazz, la musique symphonique, le hardcore, le hip-hop, … (ad nauseam). Le mouvement amorce un léger déclin commercial au début des années 2000, alors que d’autres styles de musiques électroniques se développent. Pour autant, il reste solide, porté par la popularité, fluctuante, de ses sous-genres (comme le désormais très vendeur liquid funk) et genres affiliés (grime et dubstep en tête de liste). L’assimilation grand public de la drum’n’bass est désormais complète, et son implantation très solide, portée par des labels et des artistes influents, ce malgré le désintérêt toujours patent des majors (les grosses maisons de disque) pour l’ensemble du mouvement.

 

And the first winner is…

Ulterior Motive – The Fourth Wall (6 octobre – Metalheadz)
album cover

Il n’y a pas forcément de surprise à voir que le premier album de la sélection est signé chez Metalheadz, la turne de Goldie : le label est toujours attaché à une production presque traditionnelle, et n’a pas trop suivi la mouvance dubstep.

Le premier qualificatif qui vient à l’esprit après l’écoute de l’album est « cohérence ». Ici, on ne trouvera pas de digressions rythmiques, pas ce côté « fourre-tout » qui donne des œuvres variées mais difficiles à définir. Le tempo est stable, constant, drum’n’bass jusqu’au bout des nappes. Au fil des morceaux, le duo a réussi à créer des ambiances différentes, jonglant au fil des titres entre plusieurs styles. Il sera difficile de leur dénier une influence industrielle qui trouve ses racines, à les écouter, dans leur jeunesse très hardcore/hardtek. Il n’est donc pas étonnant de trouver des morceaux à la limite du neurofunk et des nappes très synthétiques.

Pour autant, à l’écoute de la première piste, Stay, ou à l’écoute du premier single, Tape Pack, difficile de ne pas entendre dans les samples et nappes choisis, assez datées pour certains, une référence au Bristol Sound des années 1990.

Pourtant (bis),Sideways et sa tonalité très funky apporte un Amen break, une guitare électrique très jazzy et une ambiance très peu sombre. Ambiance qu’on retrouve, bien qu’atténuée, dans Searchers.

Pourtant (ter), les featurings (le choix de James Sunderland et son timbre doux assez éloigné des MC « habituels » est très pertinent) montrent une facette plus groove et sensuelle dans Stay ou Muted et un côté fusion dans Chapters.

Mais Open Up, avec sa reese bassline typique, Keep it Moving dont la construction intriquée rappelle énormément le mythique The Raven de Ed Rush, INTA national dont l’énorme ligne de basse évoque beaucoup celle de Rene LaVice, ancrent l’album comme un descendant direct des pionniers du neurofunk, mais avec une production moderne. À ce titre, Edges est sans doute la piste la plus emblématique de l’album : la construction (pas de recours à des drops artificiels), la rythmique choisie (une base de tramen, a priori) et la saturation systématique donnent au morceau une sonorité 90’s.

Résumer l’album en deux mots ? Funk et sombre. Débrouillez-vous.

And the second winner is…

S.P.Y. – Back To Basics (1&2) ( – Hospital Records)
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La tricherie va commencer à se voir puisque « Back to Basics » est en fait composé de deux albums (« part one » et « part two » ; quelle originalité). L’artiste brésilien avait produit en 2012, pas longtemps après avoir rejoint Hospital Records, un premier album, « What the Future Holds », qui avait impressionné par sa densité, sa cohérence et la qualité de sa production. Il marquait un peu le pas, côté variété, avec le reste de la production de S.P.Y. au profit d’une liquid d’une homogénéité sans faille.

Dans ce contexte, ce n’est pas forcément une surprise que « Back to basics » soit une réussite : c’en est plus une que l’album ne soit pas liquid. En effet, il s’agit bel et bien de drum’n’bass et, comme le titre de l’album le laisse entendre, ça sonne un peu « old school ». Pas au niveau de la production ou des sonorités, tout à fait contemporaines, mais au niveau de la construction des morceaux et de la rythmique.

Par rapport à « What the future holds », on se retrouve avec quelque chose de plus dépouillé, de plus sombre aussi. Le double album est très, très varié. On perd parfois en cohérence en passant de morceaux assez calmes à d’autres très pêchus, mais dans l’ensemble, on a un très bon panaché de drum’n’bass. Nombreux sont les morceaux qui évoquent d’autres artistes, d’autres périodes. Pour peu qu’on aime le genre – ou qu’on ait envie de le découvrir – le double album semble incontournable.
Quant à choisir entre les deux parties chapter one ou chapter two pour n’en garder qu’une, je passe mon tour.

Les alternatives

Dans des styles assez différents, il pourra être intéressant d’aller jeter une oreille sur le dernier LP de State of Mind « Eat The Rich » (Blackout Records), ou sur la nouvelle version du « Lazers Not Included » de Wilkinson (RAM) – je triche encore, la première version est sortie en 2013.

Le premier est un très bon représentant du neurofunk version 2015, avec Audio (dont le dernier album n’est pas forcément au niveau des deux premiers).
Le second est ce que peut donner de meilleur, à mon avis, la drum’n’bass commerciale. C’est certes très facile d’accès (tant mieux, non ?) mais l’album est varié, bien produit et la plupart des morceaux sont d’une efficacité redoutable. On pourra d’ailleurs lui attribuer le titre de « album ayant donné naissance au plus de clips en 2014 », en évitant de discuter la valeur artistique des vidéos…


Neurofunk

On l’appelle aussi Neuro, et il s’agit d’un sous-genre de la Drum’n’bass, caractérisé par des influences jazz et funk, radicalisées par la mise en avant des backbeats (la percussion à contretemps) et l’apparition de staccatos sur les lignes de basses. On note aussi une baisse de l’importance des bassdrops dans la composition. Le style est considéré comme plus « violent » et, pour ses dérivés récents, plus industriel dans ses sonorités que les autres sous genres.
Si V-Recordings et les légendaires (dans mon cœur tout au moins) artistes Ed Rush et Optical en sont le fondement, les artistes « du moment » sont à chercher certes en Angleterre (Ed Rush, Spor) mais aussi aux pays bas (Noisia, Black Sun Empire), en Allemagne (Phace et le label Neosignal) voire en Nouvelle-Zélande (The Upbeats).

 

À surveiller en 2015

Ed Rush a sorti fin 2014 un LP Scarabs/Boxcar et ça envoie du pâté au point que l’on espère que cela préfigure ce nouvel album attendu depuis si longtemps. Après, cela fait maintenant plusieurs années qu’il nous promet quelque chose de nouveau – seul ou avec Optical ,son acolyte de toujours– et si on excepte les deux titres, le label de l’anglais Piranha Pool n’a rien produit. Mais j’ai envie d’y croire.

Le label Neosignal, sinon, sera cette année encore à suivre (par exemple avec ce nouvel album de Phace qui devrait être jeté dans les bacs d’ici peu).

Meilleur album Liquid

Là encore, le choix est difficile ! Deux gros albums peuvent prétendre au titre cette année, mais il ne faut en garder qu’un, on va donc prendre une pièce et jouer à pile ou face.


Liquid

La dénomination « liquid » est une abréviation du terme « liquid funk », un autre sous-genre de la drum’n’bass. On attribue le nom Liquid au DJ Anglais Fabio, en 2000. Les inspirations du Liquid Funk sont à chercher dans l’ambiant, dans le funk, dans la disco, la house ou la trance (rien que ça).
On y trouve une ambiance moins agressive, caractérisée par l’utilisation de nappes synthétiques plus douces, plus longues et plus mélodiques et par le remplacement assez fréquent des samples par de vrais instruments. La ligne de basse reste profonde, mais le backbeat est très peu accentué et la rythmique est plus souvent basée sur des breakbeats complexes et peu souvent sur du two-step.
Hospital Records est sans doute le label le plus influent du genre, suivi par Shogun, et les artistes emblématiques sont Calibre, Logistics, London Elektricity (le taulier d’Hospital), Lenzman, Nu:tone (le fère de Logistics) ou Dj Marky.

 

And the winner is…

Keeno – Life Cycle (30 juin – Med Shool)
album cover

La jeune génération arrive : Keeno, producteur et étudiant anglais nommé Will Keen dans la vraie vie, a eu 20 ans en 2014 et a commencé à produire des morceaux à 16 ans. Il a rejoint dès 2013 le side-label de Hospital Records, Med School, et a pu produire son premier album en 2014. Notez qu’il a une vraie tête de gamin, en prime.

À l’écoute de Life Cycle, il est difficile de concilier l’âge du compositeur avec la qualité de sa production : le résultat montre une maturité impressionnante et une virtuosité certaine sur la composition. Dès le premier titre de l’album, As one, on est porté par les voix de Pat Fulgoni et les lignes de cordes, mélodieuses, qui s’imbriquent pendant tout le morceau. Ça rappelle S.P.Y. (période « What the Future Holds » ), à vrai dire. Le deuxième morceau n’abaisse pas le niveau, et si la ligne de basse, très sèche dans le précédent, s’épaissit un peu, que le piano remplace les cordes, on reste sur une construction très émotionnelle.

Arrive alors ce que je pense être le morceau phare de l’album, Nocturne. L’introduction au piano, accompagnée assez rapidement de violons (un style B.O. qui semble encore d’inspiration S.P.Y.) s’ouvre sur une ligne de basse très profonde, pour un morceau plus viscéral qu’aérien. Ce n’est pas avec Innocence qu’on va trouver le premier morceau médiocre de l’album… Ok, ça fait penser à du Netsky mais, déjà, il y a pire comme référence, et, ensuite, je ne pense pas au Netsky récent, médiocre, mais bien aux premiers morceaux du belge. Des nappes synthétiques accompagnées de chœurs créent une mélodie accrocheuse, très rythmée.

*Interlude* mais pas dans la chronique, dans l’album : A wheel within a wheel.

Puis arrive Break the Silence qui porte très bien son nom : vous iriez associer des nappes aériennes de piano et de synthés, une intro très cinématographique (comportant des violons) avec des percussions jungle syncopées ? Keeno y arrive. Le morceau est assez particulier, mais les transitions sont tellement bien fichues que ça marche…. On pourrait continuer encore longtemps.

Certes, il y a des morceaux moins bons au milieu, mais il y a assez de talent dans le trio de fin Fallen, Borderless et Moonrise pour le diluer et en faire deux ou trois albums normaux. La fin de Moonrise est épique, émouvante, belle et on ne pouvait rêver meilleure conclusion.
Il va falloir le suivre, ce petit jeune, sa capacité à mélanger de vrais instrumentaux (guitare, basse, piano, …) avec des nappes et des rythmes synthétiques ainsi que son potentiel pour créer des ambiances cinématographiques laissent présager du meilleur.

Alternative

Celui qui est arrivé deuxième, quasiment premier ex aequo, c’est « Presence», de Tokyo Prose (Samurai Records). Le premier album de Sam Reed, neo-zélandais de son état, est une perle. Très soul, très mélodieux, on se retrouve avec une œuvre qui puise son inspiration, à écouter l’artiste, dans les morceaux de Calibre, London Electricity, Lenzman, etc. Il y a pire comme références, surtout qu’il s’en montre digne.

Sinon, on pourra aussi tirer parti des mixes de Fabric et aller jeter une oreille (qui reviendra ravie) sur le Fabriclive mixé par Calibre et qui est extrêmement réussi.

On pourrait aussi ajouter l’album de Lenzman, « Looking at the Stars », parce qu’il est bien bon également.

À surveiller en 2015

Med School et Hospital Records, bien entendu. Ça fait longtemps que le label fait office de référence du genre (London Electricity, bien entendu, Nu :Tone, Logistics, High Contrast) et les sorties récentes d’albums sur Med School (Keeno, Lung et Etherwood, rien que ça) montrent que la relève est présente. Aucune raison pour que ça cesse en 2015.

Meilleur album dubstep

Dès la sortie en mars du nouveau Skrillex, avec sa tête d’Alien (l’album, pas Skrillex… quoique), on pouvait penser avoir l’album de l’année, hop, c’est bon, emballez c’est pesé. Mais c’eut été aller trop vite en besogne. En 2014 il y a eu du lourd, mais pour le coup, je n’ai pas eu trop de mal à retenir un vainqueur.


Dubstep

Mouvement musical d’origine anglaise (oui, ça commence pareil, mais après, c’est différent) apparu à la fin des années 90 (vous voyez ?), ayant comme parents la drum’n’bass, la house 2-step garage, le dub et le reggae. Plus lent que la drum’n’bass, le dubstep oscille entre 138 et 142 bpm, il est généralement caractérisé par une ligne de percussion syncopée ainsi qu’une infra-basse omniprésente et modulée via un oscillateur (on parle de « wobble bass ». La présence de « bass drops », ou « drops », héritée de la drum’n’bass est ici quasiment systématique et est considérée comme une signature du genre.

Les précurseurs du mouvement sont à chercher au sud de Londres, avec El-B, Steve Gurley, Oris Jay et Zed Bias, l’apparition du terme « dubstep » remontant à 2002. Son développement international survient en 2005, avec son arrivée sur le continent américain, où le genre va rapidement s’offrir un succès que n’y a jamais eu la drum’n’bass. On considère que c’est à partir de 2009 que le dubstep est devenu « mainstream » (commercial) ce qui se traduit par des influences et interactions croisées très nombreuses avec les autres styles musicaux établis, notamment et surtout la variété, la pop et le hop-hop. A partir de 2010, au Royaume-Uni et aux Etats-Unis, il n’est plus exceptionnel qu’un morceau de dubstep atteigne le sommet des charts.

 

And the winner is…

Must Die ! – Death and Magic (30 septembre – OWSLA)
album cover

La sortie du premier album de MUST DIE ! correspond à l’atterrissage de l’américain, Lee Austin Bates de son vrai nom, chez Skrillex, ou plutôt sur son label OWSLA. L’artiste a auparavant pas mal voyagé : Dim Mak, Rottun, Play Me Records, Firepower, Never Say Die encore récemment et OWSLA depuis cette année.

S’il est difficile à suivre, il en va un peu de même de son album. Death and Magic n’est pas, contrairement au LP de Zomboy, une compilation de morceaux taillés pour ravager le dancefloor. Certes, on y trouve des gros titres capables de retourner une foule (Hellcat et ses remixes) ou de faire twerker la plus pudibonde de vos copines (Together), mais il y a une variété immense. Le côté compilation demeure parce qu’on n’a pas, honnêtement, quelque chose de cohérent ou de construit. On est loin du concept album et ça ratisse assez large.

L’entrée en matière, Gem Shards, un morceau dubstep abouti et brutal, pourrait donner le la. Mais dès Together, une piste 100% trap, on prend un nouveau virage ; la seule constance étant la qualité de la production. Troisième morceau, troisième style, Zipper, produit avec Datsik et avec les Ragga Twins comme MC, flirte avec l’inclassable : à mi-chemin entre le moombahton et la drum’n’bass… Et ça continue : Filter System, morceau de minimal électro house mâtinée de jump-up (ça « clap » dans tous les sens). Imprint, c’est du Trap minimaliste. Je continue ? Feathers c’est du brostep. Hellcat, la tuerie de l’album, est un mélange de Moombahton et de dubstep « à la » Knife Party. Project ghost, une sorte de terrorstep, lancinant et très sombre. Pay me, 100% brostep. Et… c’est tout. 10 morceaux, 10 styles différents.
Plutôt que la cohérence, Must Die ! a cherché la variété. Chaque morceau étant bon, à titre personnel, je ne m’en plaindrai pas.

Alternatives

« The Outbreak » de Zomboy (Never Say Die Records), qui est plus une compilation de morceaux dancefloor qu’un vrai album, certes, demeure une valeur sure. Si on trouve des gros titres (« Nuclear» explose dans remix exclusif, « Airborne» bombarde et « Survivors » décime), reste que l’artiste (et son œuvre) fonctionne mieux en live qu’à la maison (ou en balade).

On attendait forcément beaucoup de « Recess » de l’américain Skrillex (OWSLA), mais le hipster et sa coupe de cheveux ridicule déçoivent un peu. Ok, on y déniche des bombes (« Ease My Mind », « Ragga Bomb », « Dirty Vibe ») qui font que c’est un des albums à retenir en 2014, mais on y trouve également des choses qui ne méritent pas d’avoir été produites, même pour déconner. Monsieur Sony John Moore, j’attends que vous vous expliquiez sur « Doompy Poomp », parce que c’est vraiment de la merde.

Depuis que Rob Swire et Gareth McGrillen ont laissé tomber Pendulum pour passer au dubstep, ils se font appeler Knife Party. Le premier album du duo « Abandon Ship » n’est pas ce à quoi on pouvait s’attendre : il ne s’agit pas d’une compilation de leurs meilleurs morceaux issus des EP (il y avait de quoi en faire un facilement), mais bien d’une création nouvelle, sans doute plus « electro house » que dubstep. L’album a reçu un accueil plutôt défavorable, à mon avis principalement parce qu’il ne s’agit pas uniquement de morceaux à la « Internet Friends » ou « Bonfire ». Je ne m’associe pas à ce rejet, et je trouve l’album très intéressant, varié et bien construit. Il faut par contre prendre le temps d’en profiter, ce n’est pas un truc qui saute à la gueule, c’est plutôt le genre qui s’agrippe à la jambe.

A surveiller en 2015

Bon, je vais tricher, parce que l’album est déjà sorti : Excision « Codename X » est la tuerie du moment. Ok, pas de finesse ici, que du gras. À mi-chemin entre le brostep et le drumstep, l’album alterne le brutal avec le violent. Et quand on voit ce que l’artiste canadien donne en live, on attend avec impatience qu’il nous livre en France les « Live Wire », « X Up » et « Out Of Time » que l’album présente.

Meilleur album compilation/mix

Comme toutes les années où Andy C sort un « Nightlife », le choix pour 2013 n’est pas été complexe : l’opus numéroté 6 affiche une telle maîtrise que le triple-mix est incontournable, encore maintenant. Pour 2014, le choix est moins évident, mais la victoire ne doit pas être pour autant assimilée à un choix par défaut…

And the winner is …

Never Say Die Records #3 (23 juin- Never Say Die Records)
album cover

Toutes les personnes qui s’intéressent au Dubstep depuis quelques années ont entendu parler de ce label, devenu incontournable. Les autres auront nécessairement croisé les productions de ses artistes, puisqu’on compte au rang de ces derniers : SKisM (le fondateur du label), Zomboy, Eptic, Must Die !, 501, Dodge & Fuski, Habstrakt, BAR9… n’en jetez plus.

Le troisième opus de la compilation du label est encore une fois redoutable : plus qu’un best of dubstep, il suit l’évolution du label, son ouverture vers de nouveaux genres ou sous-genres, et présente de nombreux titres inédits (13 sur 20 à sa sortie). On va donc trouver pas mal de moombahton et de trap : Freak de Diskord risque de faire bouger pas mal de popotins et, côté trap, Cake Dough Cheddar de Buku ou Up My Slang de Torqux, ralentis jusqu’à la rupture, envoient du lourd, sachant que le ton est de toute manière donné par la première piste : Step Two, de LAXX.

La partie dubstep n’est pas en reste et les ténors du label ont tout fait pour maintenir le niveau : Eptic ouvre le bal avec un Space Cats sous acides,dans un style « avec les lasers » qui rappelle les premiers titres de Delta Heavy et un (certes énième) remix de Like a Boss (oui, il y a bien un drop à 0’55’’, c’était joué d’avance). Zomboy a fait remixer son Raptor par SKisM et LAXX pour un résultat particulièrement lancinant. Megalodon délivre un Danger Zone qui pourrait être au dubstep ce que « The Raven » de Ed Rush est à la Drum’n’bass : un titre lourd, puissant, industriel et oppressant. Mantis, Tampa, MUST DIE ! et 501 assurent leur partition également.

La liste n’est pas exhaustive, et il est vraiment difficile de prendre un titre en défaut. C’est solide, très solide.

Ceux qui, enfin, pourraient noter l’absence de SKisM à la production, quand Experts était le titre phare de la compilation précédente, pourront se rassurer en voyant qu’il signe le mix accompagnant le LP. Mix qui est, à tout point de vue, un gros parpaing, à la technique parfaite, jetée à la gueule des auditeurs. Mangez, c’est bon !

Les alternatives

RAM annual 2015 (RAM) : la compilation RAM. Forcément, rien qu’à voir la liste des artistes, on sait qu’on va avoir droit à du lourd : Audio, Frankee, Hamilton, Delta Heavy, Rene LaVice, June Miller et celui qui a sorti LE gros album de l’année chez RAM, Wilkinson.
La compilation laisse par contre un gout de « on pourrait encore augmenter le niveau », vu le talent des artistes qui forment le label. « I’m n°1, so why try harder ? »

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Trap

Si vous lisez les chroniques de Barz, vous risquez de vous demander ce que ça fait là. En fait, et à l’instar de pas mal de termes qu’on retrouve plaqués sur les sous-genres de styles très différents (fusion, hardcore, acid, etc.), « Trap » a du sens pour le hip hop et pour le dubstep. Dans le contexte qui nous intéresse, le Trap est un sous-genre du dubstep, qu’on peut aussi trouver sous le nom de « EDM Trap » pour éviter les ambiguïtés. Toujours calé sur le même rythme, mais avec une production minimaliste et downtempo, l’EDM Trap se caractérise par ses drops particulièrement marqués et la présence fréquente de claps.
Parmi les artistes influents, on trouve Diplo, Baauer, THGHT ou Buku.

Moombahton

On devrait parler pour les morceaux inspirés par le dubstep de Moombahcore, mais c’est déjà assez confus comme ça. Initialement, le moombahton est un courant musical mixant house et reggaeton, construit sur une rythmique two-step, avec une ligne de basse assez lourde. Dès 2010, le moombahcore ajoute des influences dubstep, comme une ligne de « wobble bass », des sons distordus et une construction typique basée sur un enchainement build-up/drop.
Il n’existe pas d’artiste typique pour le moombahcore, mais on y retrouve les grands noms du dubstep : Excision, Datsik, Zeds Dead, etc.

Brostep

Encore un sous-genre du dubstep, initié en Angleterre mais plutôt associé aux États-Unis. Rusko est considéré (malgré lui) comme son précurseur, en cherchant à caricaturer le dubstep. L’esprit plus « rock » du brostep est caractérisé par l’emploi systématique d’un oscillateur pour les basses (wobble), par l’arrivée de sons de percussions synthétiques à la sonorité métallique et par le fait que dans le brostep, la ligne de basse accompagne la percussion mais n’est pas prédominante, donnant une sonorité moins sourde, ce qui est souvent renforcé par l’utilisation de sons synthétiques stridents. Les artistes phares du genre sont Skrillex, Datsik ou NERO.



Hardcore / hardtek : style musical dérivé de la techno, basé sur des rythmiques linéaires très rapides (180 bpm) et des sons industriels. Le Hardcore possède une sonorité plus brutale et plus « bruitée » que la hardtek (ou hardtechno), ce dernier étant le style associé le plus souvent aux free-parties du début des années 2000, notamment en France, et porté par Heretik, FKY, puis Narkotek et d’autres.(retour)


Breakbeat : le terme peut être associé à un style musical (pas ici) ou à une structure de percussion (voilà). Cette structure, donc, est caractérisée par l’utilisation d’un pattern 4/4 non linéaire ou syncopé (les intervalles entre les percussions sont inégaux). On va quasi systématiquement trouver une ligne de grosse caisse qui va « rater » des mesures et un charleston syncopé.
L’origine du terme est intéressante, parce que duale : initialement, un « break » est un moment dans un morceau où les lignes mélodiques sont interrompues pour ne garder que la ligne rythmique (c’est un peu l’inverse du drop). Une théorie veut que le nom « breakbeat » vienne du fait que les boucles rythmiques ont été samplées en utilisant les breaks dans les morceaux dont elles sont originaires (le meilleur exemple est l’Amen Break).
Une autre théorie veut que le nom de breakbeat vienne de la structure fracturée et imprévisible du rythme, mais on parle plus dans ce cas-là de « broken beat » (broken = cassé / fracturé).
Les plus connus : « Funky Drummer » (issu du morceau du même nom de James Brown) et « Amen break » (issu du morceau « Amen Brothers » des Winstons).(retour)


Two-Step : le two-step est une rythmique breakbeat synthétique, plutôt que samplée, basée sur une syncope simple de la ligne de batterie avec une mise en avant du back beat via la caisse claire.(retour)


Amen Break : break le plus utilisé de l’histoire de la drum’n’bass, ou presque. Il est issu d’un morceau des Winstons « Amen Brother », auquel il doit également son nom. Sa première utilisation samplée a été faite pour la composition du morceau « king of the Beats », de Mantronix.
Pour l’anecdote, le compositeur du morceau n’a jamais rien touché pour l’utilisation du beat, ce qui fait qu’un mouvement de financement communautaire a été créé pour le récompenser.(retour)


Reese bass : ligne de basse synthétique très saturée et basée sur un oscillateur, typique des morceaux de drum’n’bass industriels.(retour)


Tramen : boucle de breakbeat assez populaire, construite par combinaison de trois beats particuliers : le « Amen Break », « Flow » de Model500 (Alex Reece remix) et « Samurai » de Trace (Pete Parsons Babylon remix).
Le nom est une contraction entre « amen » et « Trace », l’artiste ayant popularisé en premier. Pour autant, la boucle a été créée par Dominic Angus (artiste connu sous le nom Dom and Roland).(retour)


Dancefloor : littéralement « piste de dance », détermine le caractère dansant d’un morceau ou sa faculté à être adapté à une utilisation en mix (par opposition à une écoute du morceau seul).(retour)


EP : « Extended Play », se dit d’un format d’enregistrement plus long que le single (un seul morceau) mais plus court qu’un album. Un EP contient en général 4 plages et le nom provient des disques vynils (on peut parler de « super 45 tours »). Le nom a survécu au passage en musique dématérialisée.(retour)


LP : « Long Play », qu’on peut traduire tout simplement par album et dont le nom provient du format vinyle, puisque LP est le nom original des 33 tours. Comme pour EP, le nom survit encore.(retour)


Nappes : rien à voir avec les tables ou les réserves d’eau souterraines, il s’agit ici d’une suite de sons synthétiques, construites à partir d’un ou plusieurs instruments, et jouée de manière répétitives dans un morceau. Les nappes sont à séparer de la rythmique d’un morceau de musique électronique et forment sa mélodie. La longueur et la complexité des nappes varient en fonction des genres et sous-genres.(retour)


Samples : échantillon sonore prélevé dans un morceau musical existant (ou enregistré à l’aide d’un microphone) et réutilisé pour la composition d’un morceau, avec ou sans modification. On oppose au sample la création des sons par synthèse sonore.(retour)


Bristol sound : le bristol sound correspond à la mouvance musicale accompagnant l’essor artistique « underground »de la ville anglaise dans les années 90. On l’associe majoritairement à deux styles musicaux : le trip hop et la drum’n’bass. Les artistes les plus représentatifs du mouvement artistique Bristolien sont Robert Del Naja (ou 3D, le cœur de Massive Attack), Roni Size pour la drum’n’bass et un certain Banksy. Côté drum’n’bass, on associe au son de Bristol une sonorité inspirée du hip-hop et du jazz et l’emploi assez fréquent de lignes de basses samplées.(retour)


Twerk : style de danse caractérisé par une attitude sexuellement provocante, via des mouvements suggestifs des hanches et des postures accroupies. La danse est généralement réalisée par des danseuses, souvent de dos. Alors c’est un tantinel vulgaire, certes.(retour)


Drop : construction musicale, dans un morceau, réalisée par le retour brutal de la ligne de percussion après une courte période de retrait (voire de silence) elle-même suivant très souvent un crescendo. Ce qui précède le drop est appelé le « build-up » et consiste en une phase sans (ou avec peu de) percussions destinée à générer l’attente chez l’auditeur via un crescendo. La construction musicale de la drum’n’bass, et encore plus celle du dubstep, prévoit au moins un, souvent deux, parfois plus drops dans un morceau. Le drop peut être l’occasion de modifier la rythmique d’une piste, on aura aussi tendance à caractériser le drop par le style de rythmique qu’il introduit (on parlera ainsi de « drop dubstep » pour un drop introduisant un passage dubstep dans un morceau de drum’n’bass). La construction du style musical « drumstep » est, par exemple, liée à l’alternance de drops dubstep et de drops drum’n’bass.
La technique de mixage du « double drop » consiste à aligner les drops de deux morceaux pour passer de l’un à l’autre au moment précis du climax. (retour)


Like a BOSS : ou « like a B0’55’’ ». Il s’agit d’un mème qu’on associe à la diffusion des morceaux de dubstep sur Youtube ou soundcloud et aux commentaires associés. Le dubstep étant un style très contraint (la variation rythmique est très faible, le tempo étant quasi systématiquement calé sur 140BPM), le premier drop d’un morceau arrive très souvent à la 8ème mesure, soit à la 55ème seconde du morceau. Donc : 0’55’. « Like a B0’55’’ » caractérise ainsi le premier drop. Dans les commentaires Youtube, cela équivaut à créer un lien vers la 55ème seconde du morceau et de bénéficier ainsi d’une sorte de lien de « drop replay ».(retour)

15 réponses à “[Zik] Mes 5 meilleurs albums D&B de 2014

  1. Chapeau pour l’article !
    Je connais pas tout, et ça donne envie de jeter une oreille et de découvrir ce que j’ai pu manquer.
    Encore un bon prétexte pour brutaliser mes tympans à coup de TH-900 ^^

  2. Ce sont typiquement les sonorités et la musique que je déteste…..et je m’aperçois que c’est tout un pan d’une culture musicale que je méconnais. Bravo pour m’avoir donné, non seulement envie de lire, mais plus encore celui d’écouter.
    Respect pour le travail de fou et l’apport culturel dont tu nous fais part : chapeau !

  3. Wow! Enorme! Tous ces artistes, tous ces liens, ces vidéos, ces définitions… Quel boulot! Et quel beau résultat, excitant et pédagogique à la fois!
    Attention: cet article ne s’avale pas comme un éclair au chocolat en s’en mettant plein la bouche: il se savoure comme un single malt, à petites gorgées bien dures, pour en savourer toutes les saveurs…
    Style à l’avenant, clair et maîtrisé… Burndav, bravo et merci! Bravo et merci! Bravo et merci!
    Bon, maintenant, je dois avouer que j’en suis resté à la D’n’B « classique » et que le « reste » me paraît plus constituer un ensemble d’autres styles musicaux empruntant ses rythmiques à la D’n’B… sans pour autant en partager l’esprit qui, pour moi, reste (et doit rester) essentiellement sombre, lancinant, menaçant, sans rien de cheezy ni de festif. Du coup, la liquid (et surtout la zik à twerk!) sauf occasionnellement, j’ai un peu de mal à avaler. (Tiens, c’est comme si tu me proposais de mettre du soda dans mon single malt: sacrilège!) MAIS je suis un vieux con, donc ça se comprend.
    Toute ma gratitude, en tout cas, pour certaines découvertes dont, bien évidemment, Ulterior Motive qui m’ont scotché par leur science du beat, cette façon de procurer le maximum d’émotion avec un minimum d’effet, juste par des petits stimuli judicieusement dosés et placés. (A ce titre, certains passages de « Sideways », par exemple, m’ont laissé bouche bée d’admiration!)

  4. Ne connaissant pas le Drum’n’Bass je m’en vais d’une oreille enjouée, m’initier aux plaisir des infras-basses et autres sous-genres backbeatés!

    Merci en tout cas!

    1. Oui, Life Cycle est très, très bon, je suis heureux que ça t’aie plu.
      N’hésite pas à jeter une oreille sur Etherwood ou sur S.P.Y « What the Future Holds » si tu veux découvrir d’autres artistes similaires.

      1. J’y manquerai pas merci.

        Du coup je me suis dégotté encore un autre son de Keeno : « Dignity Found » dans l’album (ou le maxi) « Preludes EP ».
        Et ce son, mais c’est juste une tuerie !!! Il est magnifique, je me le passe au moins 5 fois d’affiler à chaque fois.

        J’ai découvert la Drum’N’Bass grâce à toi (moi qui vient du RnB Oldschool puis qui est passé par la House, DeepHouse et Naked Music) et je kiffe.

        Si tu connais d’autres sons genre Gorgon City « Imagination feat Menditta » ou « Real feat Yasmin » (c’est de la Dubstep je crois) je suis preneur !

        Merci en tout cas pour cet article qui m’a fait découvrir d’autres style de music !

        Bonne journée

      2. Je viens d’écouter Etherwood, mais c’est juste un album de dingue !!!
        Du lourd, du très lourd en son!!!

        Merci Burndav !

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