Électrodynamique, orthodynamique ou électrostatique ? Tels sont les choix offerts à l’amateur, le plus souvent sommé de choisir son camp. Mais n’existerait-il pas une autre voie moins sectaire ? Ma foi oui, et l’Enigmacoustic Dharma est bien là pour nous le prouver. En effet, ce nouvel arrivant sur le marché du casque audio haut de […]

[Feedback] Enigmacoustics Dharma D1000

Électrodynamique, orthodynamique ou électrostatique ? Tels sont les choix offerts à l’amateur, le plus souvent sommé de choisir son camp. Mais n’existerait-il pas une autre voie moins sectaire ? Ma foi oui, et l’Enigmacoustic Dharma est bien là pour nous le prouver.

En effet, ce nouvel arrivant sur le marché du casque audio haut de gamme présente une singularité que l’on rencontre finalement assez rarement. Il embarque des transducteurs de 2 types : un électrodynamique de 52 mm, dont la membrane est en papier « washi » d’origine japonaise, et un électrostatique de type électret (c’est-à-dire autopolarisant, contrairement à un driver électrostatique classique qui demande une tension de « bias » fournie par un amplificateur externe). Voilà donc de l’innovation dans un monde du casque pourtant bien assis sur des classiques éprouvés.

En outre, l’intérieur de l’oreillette fait apparaître ce qui peut ressembler à une chambre acoustique obturée par une feuille de papier. Je n’ai pas trouvé d’information sur le fonctionnement et  le but de cette chambre. On peut imaginer qu’elle n’est toutefois pas là par hasard.

interieur

En réalité, ce n’est pas à proprement parler une innovation, mais plutôt la remise au goût du jour d’une technologie déjà utilisée voilà quelques dizaines d’années par un casque réputé : l’AKG K340.

schéma transducteur 1schéma transducteur 2

Tout intéressant qu’il soit, ce choix d’utiliser deux transducteurs a toujours posé des problèmes complexes aux designers. En effet, cela demande de faire fonctionner de manière harmonieuse les deux « parties » du casque pour assurer un rendu techniquement et musicalement homogène.

Évidemment, nous étions donc très curieux de découvrir ce qu’Enigmacoustics, marque réputée pour ses enceintes, avait pu faire sur la base de ce concept.


Mais avant toute chose

Ce test a été rendu possible grâce à la société l’audioDistribution, qui assure l’import de ce casque en France. Nous tenons à remercier vivement son PDG Jean-Claude Nantois pour sa confiance. Merci à notre partenaire Audiophonics qui a rendu cette coopération possible.

 

 

Déballage et premier contact.

dharma in box

L’Enigmacosustics Dharma offre un excellent niveau de finition qui aura la bienséance de ne pas décevoir l’acheteur venant de débourser la rondelette somme de 1700€ pour se l’offrir.

Cuir de bonne facture, arceau métallique, travail soigné : le logo légèrement apparent sur la grille métallique fermant les oreillettes fait notamment son petit effet. Le casque respire la qualité de fabrication. Le poids en main, sensible, contribue à l’impression générale de solidité.

dharma cups

Le câble, épais, gainé de tissu et terminé avec un jack 6,35 de bonne facture, est détachable grâce à des connecteurs similaires à ceux du HD800. Ces derniers sont fiables et fonctionnels, mais leur spécificité obligera l’amateur de câble « custom » à s’acquitter d’un surcoût alors que de très classiques jack 2,5mm, comme ceux utilisés dorénavant par Hifiman, nous semblent tout aussi fonctionnels et bien plus « standards ».

câbles

Les coussinets sont peut-être le point faible du lot, avec une apparence quelque peu « légère », à la fois en matière de finesse du cuir (simili cuir ?) et en qualité du rembourrage. Le reste du casque n’attire aucun reproche particulier.

cuir cups

Une fois sur la tête, le poids se ressent, mais sans se transformer en gêne pour autant, selon moi. J’ai pu porter le casque plusieurs heures de suite sans difficulté. Le réglage du casque se fait « automatiquement », à la manière des AKG par exemple. L’arceau métallique gainé de cuir assure la fonction de serrage, tandis qu’un bandeau en cuir doublé en tissu « mesh » repose sur la tête, laissant les oreillettes se suspendre naturellement sur les oreilles via des élastiques. Aucun point de pression excessive n’est donc à déplorer.

bandeau

En revanche, l’arceau induit un serrage assez prononcé de la tête. Combiné à des coussinets que j’aurais aimés un peu plus moelleux et/ou épousant mieux le tour d’oreille, ce « clamp » légèrement fort nuit à la fois au confort général du casque et au positionnement idéal des « cups » autour des oreilles. Évidemment, cela variera considérablement selon votre morphologie. Dans mon cas, j’ai toujours eu envie de le repositionner sans avoir le sentiment de trouver la position parfaite.

arceau

Globalement, le Dharma D1000 est un très beau casque, à la finition valorisante et parfaitement corrélée à son tarif.

dharma d1000

Fiche Technique

  • Réponse en fréquence : 5Hz – 40kHz
  • Impedance : 26 Ohm
  • THD : inf à 0.3% (1 kHz, 1mW)
  • Sensibilité : 103dB @ 1Vrms
  • Configuration : Autour de l’oreille, Ouvert
  • Jack : Standard 1/4” (6.35mm) stereo
  • Poids : 450g sans cable
  • Longueur du Cable : 3 m

Mesures

Réponse fréquentielle moyenne

DHARMA_FR_AVG

Réponse fréquentielle par canal

DHARMA_FR_D_G_AVG

Comme on peut le constater, l’Enigmacoustics Dharma affiche des mesures… très moyennes.

La réponse fréquentielle très linéaire et cohérente jusqu’à 4 khz affiche ensuite une impressionnante série de pics et de creux qui peuvent laisser craindre un aigu agressif à l’écoute.

Distorsion

disto dharma L

gauche
disto dharma R

droite
Plus impressionnantes encore sont ces mesures, qui font apparaitre des niveaux terribles de distorsions dès le bas médium jusqu’à l’extrême grave. On note d’ailleurs que les niveaux de distorsion ne sont pas identiques pour les canaux droit et gauche. Les graphiques de CSD montrent clairement la résonance associée au pic à 5khz. Plus visible à droite qu’à gauche, ce pic corrobore la différence de distorsion D/G. Par ailleurs, le spectrogramme offre une vision différente du caractère heurté/haché de l’aigu, affichant en effet les traînages plus ou moins importants associés aux différents pics.

CSD (Cumulative Spectral Decay)

Dharma_CSD_L

gauche

Dharma_CSD_D

droite

Spectrogrammes

Dharma_Spectrogram_L

gauche

Dharma_Spectrogram_D

droite

Impédance

rf retaillée

Enfin, la mesure d’impédance réalisée par Tyll Hertsens de Innerfidelity.com démontre que le chiffre constructeur en la matière n’est qu’une moyenne. Dans les faits, cette impédance varie du simple (15 Ohms) au double (plus de 35 Ohms) sur toute la plage de réponse. On peut dès lors imaginer que ce fait est imputable à l’utilisation de deux transducteurs aux caractéristiques électriques différentes. Logiquement, on aura donc tout intérêt à utiliser des amplificateurs dont la sortie casque offre une impédance minimale, sous peine de faire varier considérablement la réponse fréquentielle du casque, faute d’une adéquation idéale entre l’impédance du casque et celle de la sortie de l’amplificateur.

À l’écoute

Les premières impressions à l’écoute de ce casque sont vraiment bonnes : une belle ouverture, une solide assise dans le grave, assortie d’une excellente extension dans le sous grave comme dans l’extrême aigu ; de quoi présager du meilleur. Allons à présent plus loin.

La signature sonore

Ce premier contact plaît à l’amateur de signature claire que je suis, mais ne laissera pas sur le bord du chemin celui qui fuit les signatures analytiques. Dans les faits, je trouve qu’il sonne un peu plus chaud que ce que mes mesures laissaient supposer.

Analytique, le Dharma ne l’est point. Il respire de prime abord le plaisir d’écoute sans trop sacrifier la fidélité et on se prend vite à apprécier le casque sans arrière-pensée ; chose qui prouve le bel équilibre de l’ensemble. J’ai d’ailleurs profité de cet équilibre pour explorer différents genres musicaux. À ce jeu, le D1000 m’a paru très polyvalent, à l’aise dans des styles assez différents. Globalement, le Dharma semble subjectivement offrir une belle dynamique d’ensemble au service d’un rendu fun et très vivant.

On est d’autre part séduit par la cohérence globale, les registres semblant s’articuler harmonieusement, sans qu’aucun d’entre eux ne domine. Pour autant, après quelques minutes, un agacement s’installe doucement. Les aigus : y piquent pas un peu là ?

Les aigus

Ben oui ils piquent, et pas qu’un peu ! Les sibilances s’invitent assez rapidement à la fête. Pas de miracle, les bizarreries qui apparaissent aux mesures s’entendent. En matière d’aigu, j’ai par expérience remarqué que l’apparition de la gêne est vraiment une affaire personnelle. Je suis profondément allergique au Beyerdynamic T1 là ou d’autres ne peuvent pas supporter le HD800, par exemple.

Alors, concernant le Dharma, la règle devrait être respectée ; pour savoir si ces aigus vous gênent ou non, il faudra l’essayer.

En ce qui me concerne, ils me gênent indubitablement, mais ne me rendent pas le casque insupportable pour autant. Exactement comme pour certains Ultrasone dont j’entends les défauts et les colorations, sans pour autant qu’ils ne me gâchent le plaisir d’écoute. Le fait est que l’aigu du Dharma a un grain évident et parfois déplaisant. Ça scintille un peu, parfois ça sonne un peu comme si on frappait les cymbales avec des fourchettes. Les violons peuvent se révéler un poil agressifs, les timbres des trompettes ou des saxophones un peu trop métalliques.

L’effet n’est pas massif, mais il est, à mes oreilles du moins, bel et bien là. Très sincèrement, j’ai eu très envie d’essayer pendant la période de prêt de rajouter de l’absorbeur acoustique dans les oreillettes du casque. Pour autant, et de manière assez surprenante, ce défaut ne le disqualifie pas pour autant.

Les basses et les médiums

La responsabilité en incombe certainement à l’équilibre général légèrement chaud, avec un médium dense et quelque peu en avant, associé à des basses légèrement rondes et mais néanmoins étendues. Le grave ne « coupe » pas comme trop de casques à transducteur électrodynamique, mais il manque un poil de texture et de tension. La rondeur comme le centrage autour des mid-bass le rend agréable et fun toutefois.

Bon point en revanche, j’ai trouvé son impact très satisfaisant, c’est là encore assez rare pour un casque électrodynamique. Les basses « claquent » bien nettement et rendent les écoutes d’électro (Noisia, Infected Mushroom) très physiques. L’impact et le corps des mid-bass ne nuisent pas à l’excellente présence du sous grave, d’ailleurs. Très sympa !

Autre point positif à porter au crédit de ce Dharma, le grave n’empiète absolument pas sur le médium qui, me semble-t-il est le point fort du casque. Le D1000 offre en effet un beau médium, plein, avec une touche de coloration ; ce qui n’est pas sans me rappeler le HE-6. On a à la fois du corps dans le bas médium et de la présence dans le haut médium sans qu’aucune gêne (dureté, voix nasales, timbres plastiques) ne gâche le tableau. Un vrai beau médium très plaisant, même si celui d’un HE-6 sera encore plus chargé en émotion, plus tendu, plus mordant aussi. Les timbres offerts par le Dharma ne sont pas dénaturés tant que les instruments n’ont pas trop d’harmoniques dans la zone au-delà de 4kHz. Dans ce cas, les résonances métalliques, sibilances et autres joyeusetés pointent le bout de leur nez.

La scène sonore et la résolution

En ce qui concerne la scène sonore, elle me paraît rester assez « casqueuse », avec une taille générale dans la moyenne haute, mais qui n’atteint pas les cadors en la matière que sont l’Abyss et le HD800. Idem en matière d’image, où le Dharma n’approche pas non plus le top niveau. Reste que la prestation est tout à fait convaincante dans l’absolu et réussit à offrir une présentation cohérente (rapport largeur / profondeur), située devant soi et dont on perçoit bien l’étagement des plans sonores (avant scène / fond de scène). Si vous n’attendez pas du Dharma une scène holographique et ultra précise, vous ne serez pas déçu.

La résolution est à mon avis très bonne sans être exceptionnelle. L’aigu permet certes d’avoir une impression de détail et de clarté, mais la résolution des micros-détails, textures et ambiances n’est pas au niveau du gratin mondial du casque haut de gamme. Rien d’inquiétant toutefois si ce n’est pas une priorité pour vous.

Finalement, à chaque fois que j’ai eu le casque sur les oreilles, j’ai toujours réussi à prendre du plaisir à écouter ma musique, malgré mon sentiment mitigé sur l’aigu ; c’est là l’essentiel. Je dois en outre préciser que j’ai majoritairement testé le Dharma branché sur l’ampli/DAC Naim DAC V1, que j’ai trouvé absolument remarquable de neutralité et de transparence. Lorsque j’ai tenté un ampli plus chaud (Schitt Vali 2 doté d’un tube RCA NOS 6bQ7a), le problème posé par les aigus s’est bien atténué. Le Dharma semble donc sensible aux électroniques associées.

Si le casque vous plaît, mais que vous êtes sensible à ces aigus, visez la chaleur et la douceur en amont, vous en serez récompensé.

Conclusion

en tête dharma

Indubitablement, ce casque est très intéressant pour l’amateur que je suis.

Comme son nom le suggère, la performance offerte par le Dharma est… énigmatique. Tout d’abord, il est intéressant de constater le contraste entre la prestation sonore générale et les mesures constatées. Une fois n’est pas coutume, l’ensemble des défauts relevés par le micro ne se transforme pas forcément en horreur sonore et, en dépit de mesures inquiétantes, le Dharma reste un casque plus qu’agréable à l’écoute.

Ensuite, même si on peut identifier ici ou là des défauts assez nets lors des écoutes, il semble que, pris dans l’ensemble, ils s’accordent suffisamment bien pour que la prestation générale n’en souffre pas trop. Pour le coup, le terme de « synergie » semble prendre tout son sens. Certes, comme moi, vous serez peut-être gêné par son aigu abrasif – que l’on ne peut décidément pas oublier -, mais, globalement, vous serez sûrement aussi ravi de prendre du plaisir à l’écoute d’un casque offrant un rendu très vivant et vraiment plaisant.

Finalement, comme d’habitude, tout est affaire de choix et de préférences personnelles, mais, assurément, le Dharma mérite le coup d’oreille si l’occasion vous en est donnée. Le tarif Français souffre un peu du passage à la frontière puisque les 1200$ du prix américain se transforment ici en 1700€. Là encore, à vous de voir si le rapport entre ce prix et la prestation offerte vous sied.

On reste en tout cas impatient de voir ce que le futur des casques hybrides nous réserve.

8 réponses à “[Feedback] Enigmacoustics Dharma D1000

  1. Merci pour ce feedback très bien rédigé et vraiment agréable à lire.
    Personnellement j’avais adoré ce caque connecté aux amplis et dac Questyle.
    Les aigus semblaient être calmés par cet ensemble.
    Dommage encore que le prix à enfler en France

    Et si vous ne l’avez pas essayé n’hésitez pas si vous croisez son chemin

  2. Encore un super feedback ! Une question pourtant me taraude , le père Sorrodje a t’il fait le test à l’éclairage de la bougie histoire de s’immerger un peu plus dans la musique d’époque lol …

  3. Comment sonne la viole de gambe à l’ombre de cette bougie ? ;-)

    Merci Sorrodje, encore un test au très haut niveau auquel tu nous as habitué.

  4. Très bon feedback, comme d’habitude : c’est clair, efficace à lire, sans sombrer dans la pauvreté lexicale, je ne peux qu’applaudir (et avoir envie de tester la bestiole).

  5. Merci pour ton long retour.
    Je reconnais le côté abrasif de ce casque, bien que je lui trouve plusieurs techniques acoustiques très intéressantes et un côté design très assumé.
    Attention toutefois avec les mesures de %THD; ton système de mesure se fait berner par une modification acoustique sur les harmoniques de manière volontaire (comme sur d’autres casques récents).
    De longues discussions avec plusieurs reviewers casques sont en cours (Tyll est dans la boucle) sur ce point, dont comment mesurer de manière plus détaillée cet effet d’amélioration sur les infra-graves et les basses.

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