Nous débutons le blog en cette année 2018 avec une critique musicale de Lucius. Il nous propose son analyse d’un album nerveux, condensé, sans doute exigeant… L’électrochoc idéal pour nous remettre d’aplomb après les fêtes ? Je vous laisse juge et vous souhaite bonne écoute. Dead Cross est né de l’initiative de Dave Lombardo, venant […]

[Ziq] Dead Cross

Nous débutons le blog en cette année 2018 avec une critique musicale de Lucius. Il nous propose son analyse d’un album nerveux, condensé, sans doute exigeant… L’électrochoc idéal pour nous remettre d’aplomb après les fêtes ? Je vous laisse juge et vous souhaite bonne écoute.

Dead Cross est né de l’initiative de Dave Lombardo, venant de quitter son groupe Philm, et de Ross Robinson.

En studio avec son acolyte (responsable de nombreux albums cultes de Sepultura ou Deftones entre autres), Lombardo va rapidement faire naître un concept : créer la musique la plus extrême possible tout en allant à contre-courant des productions actuelles qui, selon lui, sont d’un ennui mortel et au final pas franchement originales. Pour parvenir à un résultat satisfaisant, il fallait donc bien choisir ses compagnons. Michael Crain (Retox principalement) à la guitare et Justin Pearson à la basse (Retox et Locust). Retox, avec son dernier album « Beneath California » avait réussi un coup gagnant. Michael et Justin ensemble, c’était l’assurance de morceaux à tiroirs de deux minutes environ : imaginez les Pink Floyds dans un Shinkansen !

Là où certains groupes vous servent des titres de cinq à dix minutes, Retox condensent le maximum d’idées en un minimum de temps. Cela donne une musique très anxiogène le temps d’un album, dépassant rarement les 20 minutes.

Quand le groupe de hardcore le plus efficace du monde se retrouve en studio avec le batteur ayant participé aux trois premiers albums culte de Slayer, on est en droit d’espérer une musique dense, rapide et révolutionnaire. En deux semaines, le groupe va accoucher d’une dizaine de titres afin de vite partir en tournée car celle-ci est programmée depuis longtemps avec un groupe de mexicains en guise d’ouverture. Philm ayant splitté (ancien/nouveau groupe de Dave), la tournée risquait d’être annulée. Mais Dave tenait à ce que les mexicains ne perdent pas d’argent ! Donc il a bossé dur pour assurer la prestation.

Pour le chant, c’est Gabe Serbian (The Locust, Cattle Decapitation, et Holy Molar) qui s’y colle. Mais, après réflexion, il contact Dave : « j’arrête, je veux passer du temps avec ma fille (ndr : qui vient de naître) ». Alors, l’entourage de Dave le pousse à contacter Mike Patton même s’il est persuadé qu’il déclinera l’offre vu l’agenda chargé . C’est au même moment que Patton propose à Lombardo de signer Dead Cross sur son label « Ipecac ». Ce à quoi Dave répond : « ok, super, mais il nous faudrait un chanteur pour accoucher d’un album, ça te dirait ? ». 30 secondes plus tard Mike Patton acceptera, et cerise sur le gâteau, donnera son accord pour participer à la tournée. Pour le reste du groupe, c’est une immense opportunité de voir leurs créations agrémentées de l’originalité dont peut faire preuve Patton. A ce propos, le groupe va insister pour qu’il édulcore son chant. Et effectivement, rarement sa voix fut autant mise à l’épreuve le temps d’un album.

Patton descend donc dans sa cave, et durant trois mois, va enregistrer sa voix (en alternance avec d’autres projets) sur les compositions ultra-speed du crew. Au fil du temps et des enregistrements, le groupe va modifier ici et là ses morceaux pour obtenir le son adapté à la voix ultra élastique du Général. Chacun va échanger à distance sur les éventuels parties à modifier en fonction du résultat VOIX + COMPO. Puis viendra la prod de Ross : un son riche, épais, impactant. On est aussi loin des productions punk/hardcore vieillissantes et caverneuses que des albums gras à la sauce new/néo metal.

Courant 2017, les extraits tombent… Mais on est encore loin d’imaginer ce que l’écoute des 27 minutes et 38 secondes vont procurer comme sensation. Le morceau le plus court ? 1:59. Le plus long ? 4:21. En moyenne ? 2:30. Finalement, ce n’est pas « si court que ça » et peu de groupe hardcore dépassent 1:30 par track.

L’artwork ? Ce squelette tentaculaire en noir et blanc annonce la couleur d’emblée.

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Les 25 premières secondes sont là pour nous transporter loin du quotidien. 25 secondes pour y parvenir, c’est court ! Surtout si The Locust et Retox vous sont totalement étrangers. Après cette intro noisy, pas de doute : on reconnaît la batterie du metaleux et la rythmique de folie qui caractérise les deux gratteux. Quant à la voix de Patton, elle nous martèle les tympans avec ses cris, ses cœurs et ses refrains si caractéristiques. On retrouve les breaks si efficaces de tous ses projets. Globalement l’album est très homogène, et ce n’est qu’après plusieurs écoutes que toutes les subtilités des morceaux apparaîtront. La piste 5 vient marquer et ralentir la cadence, même si on reste au fond du trou avec la reprise de Bela Lugosi’s Dead de Bauhaus. De 9:36 pour l’original, on passe à 2:34. Patton chante avec ses burnes, imaginez Barry White croisé avec Marilyn Manson ! Comme j’ai pu le dire régulièrement au cour de ma rétrospective sur Patton, on retrouve à nouveau cette ambiance de maison hantée, mystique et chère à l’artiste. Après ce court ralentissement rythmique, on en reprend pour son grade pendant trois titres. L’apogée de violence de l’album étant surement atteinte sur Grave Slag (ce smack de Patton pour clôturer le carnage, démontre la volonté de rajouter de l’humour là où on s’y attend le moins). Gag Reflex et Church Of The Motherfucker sonnent plus comme du Hardcore croisé avec Faith No More.

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Dead Cross se veut être une musique rédemptrice … Et bien le pari est relevé haut la main ! On bouge la tête comme un névrosé tout au long de l’album. C’est incroyablement groovy et inventif. Alors certains enrageront de voir la musique édulcorée par l’alchimiste Patton mais grâce à l’intensité ténébreuse et écrasante qu’il distille durant tout l’album, on lui pardonnera quelques lignes de chants clairs. Dead Cross démontre que la rage prend encore plus d’ampleur lorsqu’elle explose après le calme.

La reprise de Bauhaus n’est pas anodine car ce morceau vieux de 40 ans bientôt marque le début du style gothique/rock. Dead Cross sublime ce titre en lui donnant ses lettres de noblesses et de sang. Avec Divine Faith (ce chant !) et Church of the Motherfucker ne cachent pas leurs intentions… Si la croix est morte, sa musique d’enterrement est impériale.

Dead Cross ne semble pas réinventer le style ou un des aspects du rock mais parvient à le hisser, à l’amener là où personne ne l’attend. Les définir comme un groupe de Punk ou de Hardcore n’est pas adapté, même si leurs compositions ne réinventent pas forcément le genre, il faut bien avouer que l’on a eu rarement l’occasion de la voir aussi bien exploser. La recette est très efficace, endiablée et calibrée pour tout écraser en live. Finalement Dead Cross sonne comme un mélange de Slayer, Retox, le trio gagnant Patton (Tomahawk, Faith No More et au choix : Bungle/Fantômas/Irony is a dead scene) avec comme toile de fond le Hardcore et tout un paquet de références : Bad Brains, Deep Wound, The Dillinger Escape Plan, Botch,… Vous allez pouvoir caser un CD de Patton entre At The drive In et Cro-Mags. Pour sûr, y’aura des arcades pétées dans la fosse. Surtout si les morceaux composés en plus pour l’occasion sont du même niveau que l’album (et oui, faudra tenir 45 minutes, au bas mot, selon le contrat de leur tournée).

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Et l’idéologie dans tout ça ? Car le groupe est motivé par des ambitions nées de l’attentat du Bataclan (entre autre, mais ce triste évènement est le déclencheur de la thématique de l’album) et vise à hurler sa rage à la face des prédateurs usant des moyens les plus lâches pour parvenir à leurs fins. Ce Dead Cross possède quelques aspects très critiques vis à de certaines croyances et de leurs dogmes.

L’intensité, la durée de l’album, la diversité et l’énergie. Tout a été longuement pensé et ça s’entend. Sans pour autant être un projet sonnant comme trop intellectuel, il n’en est pas moins diaboliquement varié et intrusif (comprendre : les rythmes vous martèlent la tête, même pendant le silence qui suit la fin de l’album). Leur son est direct, sans fioriture : le groupe nous retourne le cerveau sans concession et sans détour. Chaque artiste sur cet opus a donné le meilleur de lui-même, on le ressent à chaque seconde. Comme quoi, les chefs de guerre ont peut-être raison « C’est grâce à la guerre que l’être humain se surpasse et vit à fond ». Serait-ce alors le prix à payer pour se gaver de bonne production ?
Irony is a dead scene ? Not sure…

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2 réponses à “[Ziq] Dead Cross

  1. Merci beaucoup pour ce CR qui donne bien envie !
    Fan de Patton depuis Mr. Bungle, il me tarde de découvrir ce Dead Cross !

Répondre à lucius Annuler la réponse.

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